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Génocide rwandais : un nouveau lauréat du prix du pacte des protecteurs de l’amitié

02.11.2019
Article from AFRIC Editorial
Petit pays de l’Afrique de l’Est qui partage ses frontières avec l’Ouganda, la Tanzanie, le Burundi, ou encore la RDC, le Rwanda, surnommé le « pays des milles collines » a dans son histoire connu des heures sombres entre avril et juillet 1994 avec le génocide des Tutsis.

Cet été là, suite à la mort du président Juvénal Habyarimana, un Hutu, en compagnie de son homologue burundais Cyprien Ntaryamira, le Rwanda s’enlise dans la guerre civile. Les Hutus, ethnie majoritaire du pays, avec leur frange extrémiste accusent le Front Patriotique Rwandais (FPR), un groupe rebelle Tutsi, d’être responsable de la mort du chef de l’État dont l’avion avait été abattu. Malgré la déclinaison par le FPR de toute responsabilité dans cet événement malheureux, les milices Hutus qui avaient été constituées bien avant et qui incitaient déjà à la haine à travers des émissions radio montent au créneau pour mener les représailles. Ces derniers détiennent alors les listes de membres de l’ethnie Tutsi à abattre.  Dès les premières heures du 6 avril 1994, sous les coups de machettes, des balles des Forces Armées Rwandaises (FAR) et des Interahamwe (les jeunes du parti au pouvoir), les tutsis vont commencer à tomber. Sauf qu’au milieu de tous ces massacres, nombreux sont ceux qui, au péril de leur vie, vont se muer en protecteur des Tutsis qui fuiaient les massacres. Parmi eux, l’américain Carl Wilkens.

À la tête de l’Agence International de Développement et de Secours Adventiste rwandaise, Carl Wilkens, né le 20 novembre 1957 à Tokoma Park, dans le Maryland aux États-Unis, est le seul parmi tous les américains présents sur le territoire rwandais qui, malgré les recommandations de son pays, choisit de rester au Rwandais pour aider les Tutsis qui faisaient l’objet de massacres systématiques. Devant l’ampleur des violences et le nombre de morts qui tombait au fil des minutes, Wilkens, le travailleur humanitaire, refuse l’évacuation vers le Burundi pour, dit-il, « aider ses amis et frères » dont les deux Tutsis Juan et Anita qui étaient employés chez lui comme aide de maison. Vingt-cinq ans après le génocide, son engagement pour la cause des Tutsis lui a valu de recevoir, vendredi 25 octobre 2019, le prix du « pacte des protecteurs de l’amitié », traduit par Abarinzi b’Igihango en Kinyarwanda, la première langue officielle du pays, qui le récompense pour ses actions et sa solidarité à l’endroit des les victimes.

3e récipiendaire du prix Abarinzi b’Igihango

Troisième récipiendaire du prix du pacte des protecteurs de l’amitié, Wilkens avait refusé l’évacuation lors du génocide de 1994 contre les Tutsis, même lorsque sa famille, ses proches et ses confrères expatriés avaient été évacués. Tenace et très attaché à ses convictions, il avait su convaincre son épouse, Teresa, d’évacuer vers le Burundi avec leurs trois enfants pendant que lui restait au Rwanda se battre pour la cause qui était juste. Thomas Kayumba, un de ses collègues au sein de l’Agence International de développement et de Secours Adventiste rwandaise qui saluait son engagement témoignait pour lui en ces termes : « tous les étrangers sont partis, mais pas Wilkens. Il était encore jeune. Prendre congé de ses petits enfants et de sa femme, se donner au peuple rwandais, je ne sais pas comment l’expliquer ».

Durant les trois premières semaines du génocide, aux plus forts instants de la violence, alors que des centaines de meurtres et de viols ont déjà été commis contre des Tutsis et des Hutus modérés, et que des milliers d’autres fuient leur foyer à la recherche de sécurité, Wilkens pose son premier geste fort. Il transforme discrètement sa maison en refuge pour les nécessiteux. Par la suite, il va surtout jouer un grand rôle dans la survie de plus de 400 enfants  de l’orphelinat de Gisamba, dans la survie des enfants de l’orphelinat Vatier et des personnes qui avaient cherché refuge dans l’Église Adventiste de Nyamirambo.

Pendant cette période, il était arrivé un jour devant l’orphelinat de Gisamba, au cours de l’une de ses sorties de routine, et y avait trouvé plus de 50 personnes armées de machettes qui n’attendaient que le bon moment pour exterminer tous les enfants se trouvant à l’intérieur de l’orphelinat. Pour les dissuader de commettre leur forfait, Wilkens décidait de passer la nuit avec les enfants de l’orphelinat pour s’assurer de leur sécurité en attendant de pouvoir utiliser ses connexions avec les autorités de la ville pour les sortir de là. Au lendemain matin, il entreprit alors d’aller demander de l’aide chez le Gouvernement de la région. Mais sauf qu’une fois dans son bureau, il est plutôt tombé sur le premier ministre Hutu Jean Kambanda avec qui il a dû mener d’âpres discussions et négociations pour que ces enfants puissent être conduit dans un lieu sûr, sous escorte militaire, la Cathédrale saint Michel.

Le prix d’une amitié forgée dans la douleur

Après la descente de la contre-offensive de la rébellion du Front Patriote Rwandais (FPR) conduit par Paul Kagamé le 4 juillet 1994, celui que les enfants ont surnommé « ADRA SOS », à la suite de son action salvatrice à l’orphelinat Vatier ne s’est pas pour autant arrêter là.

À la demande du FPR, il a continué à aider dans la distribution d’eau, de nourriture, du matériel médical et des fournitures de survie aux réfugiés du Collège Saint André de Nyamirambo et à ceux du camp de Kacyiru. À la fin de sa mission et du génocide, il est rentré aux États-Unis retrouvé sa famille avant que quelques temps après, il ne se décide, en 1995 à retourner au Rwanda avec sa femme Teresa et leurs trois enfants. Ils y sont restés encore pendant 18 mois.

Sans l’engagement de Carl Wilkens durant le génocide qui a coûté la vie à environ 800 000 personnes, l’addition aurait pu être encore plus salée. Alors, en lui décernant le Prix du Pacte des Protecteurs, le Rwanda a sans doute voulu mettre un point d’honneur à sauvegarder une amitié scellée pendant la douleur.

Article from AFRIC Editorial

Photo Credit :google image/illustration

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