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Algérie : les magistrats entament une grève illimitée

01.11.2019
Article de la rédaction AFRIC
Depuis l’amorce des évènements de février 2019, ayant fait suite à la volonté de l’ancien président Abdulaziz Bouteflika de se présenter à nouveau aux élections malgré la contestation et son âge avancé, la situation sociopolitique de l’Algérie va de mal en pis. Après le démarrage du gigantesque mouvement de contestation qui sévit dans le pays et dont l’un des succès a été d’obtenir le départ sans condition de l’ancien président, un autre mouvement d’humeur a pris corps dans le pays depuis le dimanche 27 octobre 2019. Mettant aux prises les frustrations du pouvoir judiciaire qui n’a jamais cessé de se plaindre de l’empiètement du pouvoir exécutif sur leur corps, les magistrats, juges et procureurs du pays, réunis autour du Syndicat National des Magistrats (SNM) ont décidé d’opter pour des mesures fortes en annonçant le lancement d’une grève illimité sur toute l’étendue du territoire.

Motifs du déclanchement de la grève

S’inscrivant à la suite des avocats qui avaient déjà manifesté à Alger le jeudi 24 octobre pour une réclamation des mêmes faits à savoir l’indépendance de la justice, les magistrats, réunis autour de leur syndicat national se sont à leur tour mobiliser pour réclamer cette indépendance qui jusque-là n’existe que dans les textes et l’annulation du changement d’affectation de 3 000 d’entre eux. Mobilisation solidaire, la grève a, au premier jour enregistré un taux de suivi de 96%. Pour ce premier jour, toutes les activités judiciaires sont restées à l’arrêt dans la quasi-totalité des juridictions du pays. L’ordre de grève a donc été minutieusement respecté. Tous les tribunaux, les cours, la cour suprême et même le conseil d’État sont restés fermés et paralysés. Pour M. Saad Eddine Merzoug, porte-parole du club des magistrats, ce mouvement d’ampleur inédit au sein de la magistrature en Algérie intervient alors que le pouvoir politique continue d’empiéter sur la justice en y créant chaque fois des frustrations.

Toujours pour ce dernier, l’élément majeur qui a déclenché ce mouvement d’humeur a été le fait, pour le pouvoir politique d’avoir « empiété sur les prérogatives du conseil supérieur de la magistrature (…) en décidant un mouvement de cette envergure (…) en un temps record ». Faisant référence au changement d’affectation décidé pour 3.000 juges et procureurs, soit plus de la moitié des effectifs de la magistrature, il a laissé entendre que les magistrats allaient continuer à dénoncer la mainmise du pouvoir exécutif sur le pouvoir judiciaire jusqu’à ce qu’une réelle séparation des pouvoirs sera observée dans le pays. De son côté, pour se désolidariser de cette initiative, le ministre de la justice, Belkacem Zeghmati, dans un communiqué, a affirmé que les changements contestés ont été « validés à l’unanimité par les membres du conseil supérieur de la magistrature ». Plus loin, il a même fait état de la composition dudit conseil pour établir la preuve de ce que lesdits changements ne pouvaient être pris sans le consentement des autorités concernées. Composé du chef de l’État qui le préside, c’est ce conseil qui décide des nominations, des mutations et du déroulement de la carrière des magistrats. Il comprend notamment entre autres le ministre de la justice, le président de la cour suprême et 10 magistrats élus par leurs pairs.

Sauf que jusque-là, aucune réaction du conseil n’étant intervenue, sa seule composition peut laisser planer des doutes sur le fait que la mutation de plus de la moitié des effectifs de la magistrature à la veille des élections présidentielles et en un temps réduit ne soit plus vue que comme une stratégie politique des pouvoirs.

Risque de répercussions sur les élections présidentielles à venir

Le timing observé dans la réclamation des magistrats peut paraître comme stratégique puisque celle-ci intervient à la veille des élections présidentielles prévue pour le 12 décembre 2019. Avec à sa tête le club des magistrats du pays, organisation qui regroupe le premier noyau de magistrats ayant rejoint le mouvement de contestation qui secoue le pays depuis le 22 février, cette revendication a beaucoup plus de chances d’aboutir puisque ce sont les juges qui sont notamment chargés de superviser le fichier électoral et de recenser les résultats du scrutin dans chaque municipalité.

Avec 22 candidats en lice pour la présidentielle annoncée par la commission électorale, les risques d’entrave du processus électoral en cours dans le pays pour élire le successeur d’Abdelaziz Bouteflika risquent d’être consommés. Déjà, le club des magistrats avait organisé mi-avril un rassemblement devant le ministère de la justice à Alger pour annoncer sa décision de boycotter la supervision de l’élection présidentielle du 4 juillet, qui avait finalement été annulée faute de candidats. Aussi, face à la présence de deux anciens premiers ministres impliqués dans la gouvernance de M. Bouteflika parmi les 22 candidats envisagés, à savoir Ali Benfis et Abdelmadjid, la contestation, hostile à la gouvernance de l’ancien président ne craint que la présidentielle qui est entrain d’être organisée par d’ex figures politiques du pouvoir, en place depuis de nombreuses années, ne trouvent un intérêt politique conséquent dans les mutations opérées au sein du corps de la magistrature.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit :google image/illustration

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