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La Russie et le Sahel : Déclaration du président du Tchad, Idriss Deby, au sommet de Sotchi

28.10.2019
Article de la rédaction AFRIC
L'un des résultats géopolitiques significatifs du sommet russo-africain de Sotchi a été l'invitation des pays africains en Russie à résoudre les problèmes de la zone du Sahel. Car face à la propagation du danger terroriste, les associations régionales (G5 Sahel, CEDEAO) et la communauté mondiale restent impuissants. Il n’est pas surprenant que la Russie, qui possède une expérience considérable et une réputation de lutte efficace contre le terrorisme, puisse participer à la résolution des problèmes de la région du Sahel, qui constituent à bien des égards la clé de la paix et de la stabilité en Afrique.

Situation en Libye et au  Sahel

Dans son discours d’ouverture au sommet Russie-Afrique, le président russe Vladimir Poutine a accordé une attention particulière à cette région de l’Afrique, soulignant notamment que la déstabilisation de la Libye avait entraîné une flambée de violence au Sahel. Pour lui le terrorisme, la propagation de l’idéologie extrémiste, la criminalité transnationale et la piraterie entravent le développement du continent africain. De nombreux pays sont confrontés aux effets du prétendu printemps arabe, qui a déstabilisé la situation dans toute l’Afrique du Nord, ainsi que dans la zone Sahara-Sahel, et la région du lac Tchad. Dans la Corne de l’Afrique, de nombreuses organisations terroristes opèrent aussi, notamment ISIS, Al-Qaïda, et Al-Shabab.

À son tour, le président Idriss Deby, lors d’un discours prononcé au sommet Russie-Afrique, a condamné l’intervention militaire de 2011 en Libye, qui a entraîné la déstabilisation de la sous-région et du Sahel, et appelé à un soutien militaire et diplomatique à la Russie.  «Depuis 10 ans dans la région du Sahel, nous assistons à une grave crise terroriste en Libye malgré de sérieux efforts privés et collectifs, cette menace jette un doute sur nos efforts de développement. Les États touchés, que ce soit dans les pays du bassin du Tchad ou dans les autres pays du Sahel, consacrent entre 18 et 32% du budget aux efforts de sécurité. Dans cette lutte contre le terrorisme, la Fédération de Russie est un partenaire essentiel pour renforcer la stabilité régionale », a-t-il  déclaré.

Cinq pays de la région africaine du Sahel (Niger, Mali, Burkina Faso, Mauritanie, Tchad) ont l’intention de discuter directement  avec la Russie de l’assistance possible  pour lutter contre le terrorisme, a déclaré le chef du secrétariat permanent du G5, Maman Sambo Sidiku. Selon lui, la région ne peut pas faire face aux menaces du terrorisme « sans un pays comme la Russie », membre important du Conseil de sécurité des Nations unies, qui peut également apporter une aide importante dans la prise des décisions nécessaires.

Contre le terrorisme dans le Sahel

Pour résoudre les problèmes de sécurité, les États du Sahel et la communauté internationale dépensent de plus en plus d’argent. Entre 2013 et 2018, les dépenses militaires du Mali ont presque quadruplé, passant de 132 millions de dollars à 495 millions de dollars, alors qu’au Niger, elles ont été multipliées par deux, passant de 91,6 millions de dollars à 230 millions de dollars. Au Burkina Faso également ces dépenses  sont passées  de 142 millions à 312 millions de dollars, et en Mauritanie, représentaient l’équivalent de 4,1% du PIB en 2016.

Le G5 Sahel (G5 du Sahel) était la base institutionnelle de la coopération régionale en matière de sécurité elle  a été créée le 16 février 2014 à Nouakchott et  comprend 5 pays de la région du Sahel: le Burkina Faso, le Tchad, le Mali, la Mauritanie et le Niger.

En août 2014, la France a lancé la mission antiterroriste de l’opération Barkhane, déployant 3 000 soldats dans les États membres du G5 Sahel. L’Union européenne, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, les États-Unis et la France se sont engagés à constituer 423 millions d’euros pour former les forces armées conjointes des pays du G5 du Sahel. Mais aujourd’hui, les troupes qui y sont engagées  sous le seul commandement du général maure Hanan Ould Sidi, ne totalise que 4 000 personnes. Après son sommet extraordinaire à Ouagadougou le 14 septembre, la CEDEAO a décidé d’approuver un plan d’action pour la période 2020-2024 afin d’améliorer la lutte contre le terrorisme. Les chefs d’État ont annoncé que l’organisation sous régionale mobiliserait des ressources d’une valeur d’un milliard de dollars.

«Cette contribution financière témoigne de notre volonté de faire la différence», avait alors déclaré le président en exercice  de la  CEDEAO, Mahamadu Issufu, lors du sommet d’Ouagadougou. Le président de la commission CEDEAO, Jean-Claude Brau, a rappelé qu’au cours des quatre dernières années, il y a eu «2 200 attaques, 11 500 morts, des milliers de blessés», des millions de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays, tout ce qui a affecté de manière significative l’activité économique au Sahel. Ainsi donc l’organisation sous régionale prend également le contrôle de ce problème, tout comme le G5.

Des résultats décevants

Malgré l’utilisation de ressources militaire et financière importantes, la stratégie existant au Sahel n’a pas permis de résoudre le problème du terrorisme, une situation paradoxale se dessine, la situation s’aggrave à mesure que l’attention et la participation de la communauté internationale à ce problème augmentent. Même les Français et la mission Barkhane, qui semblent se battre uniquement pour justifier sa présence plutôt que le contrôle et la sécurité dans la région. Résultat, la population locale conteste de plus en plus la présence des forces armées internationale dans la région. Pire encore, ces dernières années, des conflits ont éclaté entre communautés à l’instar des Dogon, et les Peuls, Mousses, Arabes, Baules, Malinké. Des conflits habilement utilisés par les stratèges islamistes, maîtres de l’attaque, de l’évaporation et de la communication de terreur.

Participation russe imminente

Il est logique que dans une situation similaire, les gouvernements des pays de la zone sahélienne se soient tournés vers la Russie. Le format de la participation de la Russie à la résolution des problèmes de la zone sahélienne n’a pas encore été déterminé. Mais même la participation minimale des forces armées russes et le résultat positif qui en découlera deviendront sans aucun doute la plus grande victoire de la diplomatie russe ces dernières années.

La diplomatie russe a toujours préconisé la protection de la souveraineté nationale et le respect des intérêts des petits pays par les principaux acteurs mondiaux. D’où le slogan « Problèmes africains – solutions africaines » devisent du sommet Russie-Afrique qui vient de se terminer à Sotchi.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit :google image/illustration

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