Association for Free Research and International Cooperation

Jean Yves le Drian au Cameroun : une visite pour sauver les intérêts français ?

28.10.2019
Article de la rédaction AFRIC
Paris se sent-il menacé par les grandes puissances économiques qui ne cachent plus leur intérêt pour l’Afrique dont elles souhaitent en faire une partenaire dans multiples domaines ? Une question qui revient au bout des lèvres de ceux qui s’interrogent sur les réels enjeux du regain d’intérêt que la France accorde au Cameroun et qui est matérialisé par la visite dans ce pays de Jean yves Le Drian. Alors que les relations entre les deux nations ont connu une détérioration durant l’ère Sarkozy, la France est engagée depuis peu dans une soudaine lune de miel avec le pays dirigé par Paul Biya.

La visite inopinée du chef de la diplomatie française intervient à quelques jours du retour à Yaoundé du président Paul Biya après un séjour en France ou il a pris part à la conférence de reconstitution du Fonds de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme. Un rendez-vous durant lequel le chef de l’Etat camerounais, attendu une fois de plus en France au mois de Novembre, s’est entretenu avec son homologue français Emmanuel Macron.  Autre fait étrange, le voyage plus ou moins surprenant du ministre français, tombe à un moment où le continent s’est vidé de ses dirigeants réunis à Sotchi en Russie sous l’initiative de Vladimir Poutine qui souhaite redynamiser les relations avec l’Afrique. Invité six mois à l’avance à prendre part à ce grand forum, le président Biya a surpris plus d’un en brillant par son absence lui qui a pourtant fait de la Russie depuis quelques années une alliée indispensable dans sa lutte contre l’insécurité.

Qu’est venu faire Le Drian au Cameroun ?

De manière officielle, le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères a fait savoir que sa visite de travail de deux jours au Cameroun avait pour vocation de relancer la coopération entre la France et son ancienne colonie d’Afrique centrale. Situé dans le temps comme un prolongement de l’entretien du 10 octobre dernier à Lyon, entre les présidents Paul Biya et Emmanuel Macron, en marge de la conférence de reconstitution des ressources du Fonds mondial de lutte contre le Sida, la tuberculose et le paludisme, ce voyage a permis au chef de la diplomatie française de procéder à l’inauguration à Douala du deuxième pont sur le Wouri financé par l’agence française de développement.

Dans cet agenda visiblement très chargé on note également des rencontres avec des membres du parti au pouvoir et figures de l’opposition camerounaise dont le professeur Maurice Kamto récemment libéré de prison. A cela s’ajoute un déplacement dans la région de l’Extrême Nord dont l’économie subit de plein fouet la menace terroriste incarnée par Boko Haram. La France par le biais de son émissaire souhaite soutenir le Cameroun dans son combat contre l’insécurité et le terrorisme en particulier. Pour prouver sa bonne foi, elle a annoncé une aide de 45 millions d’euros à la région éprouvée.

Alors que cette visite intervient au lendemain des travaux de clôture du grand Dialogue national initié par le président Biya pour trouver une issue pacifique et efficace a la crise politique qui secoue depuis 3 ans les  régions anglophones du Pays, la France a indiqué Jean yves Le Drian, ne veut pas répondre aux abonnés absents. Elle souhaite accompagner le Cameroun dans ce processus de paix et réconciliation ainsi que dans la mise en pratique des initiatives soulevées lors de la grande palabre nationale dont la mise sur pied de manière efficiente de la décentralisation.

Les non-dits

Les beaux discours de Jean yves Le Drian et les grandes initiatives affichées de la France, n’ont pas réussi à attendrir l’opinion publique camerounaise qui reste convaincue qu’en restant à Yaoundé pour recevoir son hôte français au lieu de se rendre en Russie comme ses paires africains, le président Biya a fait le mauvais choix. Conscients du faible rendement de la coopération franco- camerounaise pourtant vieille de plus de cinquante ans, les camerounais sont nombreux à souhaiter que leur dirigeant se tourne vers de nouveaux partenaires.

En perte de vitesse au Cameroun, la France par ce regain de confiance accordée au Cameroun, prouve qu’elle a pris conscience de l’avance prise par les autres grandes puissances qui veulent également s’attirer les faveurs de Yaoundé. Le voyage de Le Drian apparait dans cette optique comme une contre-offensive. Une stratégie qui semble bien marcher comme en témoigne l’arrêt des procédures sous ordre du chef de l’Etat camerounaise, de l’attribution de la concession du terminal à conteneur du port de Douala à l’entreprise suisse Terminal Investment Limited (TIL). Cette décision qui fait l’affaire du groupe Bolloré le concessionnaire sortant en litige avec le l’autorité portuaire camerounaise au tribunal administratif du Littoral à Douala, a été prise le jour même où Jean-Yves Le Drian, était reçu par le président camerounais.

Le retour de la France au Cameroun, pays stratégique en Afrique centrale est également une mauvaise nouvelle pour ceux qui croyaient à une fin prochaine et éminente de la Françafrique avec l’expiration le 31 décembre 2019 des fameux accords de partenariats économiques. Signés au moment où se négociaient les indépendances des anciennes colonies françaises d’Afrique, ils ont attribué à la France et à ses entreprises pendant des décennies, la priorité aux marchés africains et dans l’exportation de produits agricoles et miniers. Alors que des voix se font de plus en plus entendre sur le continent et ailleurs pour exiger la rupture de ces accords qui ont plus servi l’ancien colon que les ex colonisés, le Cameroun plus que jamais est appelé à ne pas manquer ce tournant important et décisif de l’histoire.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit :google image/illustration

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