Association for Free Research and International Cooperation

Soudan : les premiers aboutissements des pourparlers de paix

27.10.2019
Article de la rédaction AFRIC
Depuis la destitution du Président Omar El-Béchir le 11 avril 2019, sous la pression populaire et la prise de pouvoir par les militaires au Soudan, de nombreuses voix se sont élevées pour appeler à des pourparlers de paix afin de taire tous les multiples conflits armés qui minent plusieurs grandes régions du pays. Ces différents conflits qui ont déjà fait des centaines de milliers de morts et des millions de déplacés dans des régions qui s’estiment marginalisées par le pouvoir central empêchent depuis toujours par la même occasion l’exploitation des ressources naturelles de ces zones, qui pourtant regorgent de richesses importantes. Depuis la fin des premières négociations qui avaient eu lieu au mois de septembre 2019 et qui, à leur terme, avaient donné lieu à l’adoption d’une feuille de route, il devenait alors urgent pour les parties en cause de faire des efforts pour aboutir à un véritable consensus de paix. pour plusieurs des parties impliquées dans ces pourparlers, la paix représente un objectif très stratégique pour le Soudan, car sa transition après tant d’années de guerre y dépend.

Sous l’impulsion du président Sud Soudanais Salva Kiir, les pourparlers de paix a repris le 14 octobre 2019 à Juba, capitale du Soudan du Sud, voisin et ancien ennemi qui cherche à mettre lui-même fin à sa propre guerre civile. Exhortant les parties en présence à faire preuve d’une véritable volonté politique pour résoudre leurs différends, et à faire davantage de compromis dans l’intérêt de la paix et de la prospérité du peuple soudanais, le président Kiir s’est fait accompagnée dans son initiative par les présidents ougandais Yoweri Museveni, kenyan Uhuru Kenyatta et le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, tout récent prix Nobel de la paix. À l’issue de complexes négociations entre le Conseil souverain de transition du Soudan et les groupes armées soudanais qui ont combattu le président Béchir, plusieurs solutions, représentants les premiers aboutissements de la paix en construction ont été formulées. Elles alternent pour l’essentiel entre le renouvellement du cessez-le-feu permanent et l’aboutissement de l’acheminement de ‘aide humanitaire finalement négociée et obtenue.

Le renouvellement d’un cessez-le-feu permanent

Les pourparlers de paix hébergés par Juba, la capitale du Soudan du Sud ont ceci de particulier qu’ils représentent déjà une première victoire pour le retour de la paix ; ceci rien qu’en regardant la constitution numérique des parties impliquées. Que ce soit pour le Mouvement de Libération du Peuple du  Soudan-Nord (SPLM-N) du rebelle Abdulaziz AL-Hilu, actif dans les régions du Nil Bleu et du Kordofan-Sud ou encore pour le Front Révolutionnaire du Soudan (SRF), un mouvement qui uni les insurgés ayant combattu le président Béchir et exigé des pourparlers de paix avec les autorités de transition de Khartoum, l’accord de paix conclu à Juba représente une bonne étape. Même les autorités soudanaises dont en première ligne le premier ministre Andalla Hamdock ont souligné en amont l’importance du dialogue pour résoudre les conflits. pour ce dernier, « Résoudre les conflits et parvenir à la paix est important pour la démocratie du Soudan et pour résoudre la crise économique. C’est pourquoi ont aussi été inscrits à l’ordre du jour des négociations sur la sécurité, le développement, la gouvernance et l’administration.

Pour renforcer les positions de toutes les parties, le gouvernement soudanais a, quelques heures après l’ouverture des pourparlers, annoncé un cessez-le-feu permanent au Darfour (Ouest), au Kordofan-Sud (Sud) et au Nil Bleu (Sud-est). Ce cessez-le-feu qui a été obtenu au prix de grandes discussions et concessions est venu renforcer le cessez-le-feu officieux en place depuis la chute de l’ancien régime du président Béchir. Il intervient notamment après les accusations du SPLM-N qui conditionnait sa participation au retrait de ces forces pro-gouvernementales, reprochant au gouvernement de continuer de bombarder certaines de ses positions au Kordofan-Sud. Le gouvernement de Khartoum qui démentait ces accusations a toutefois dans une logique anticipative pris des mesures jugées positives en vue de régler la question. Bien plus, il a même tenu a apaisé les tensions avec une autre force rebelle importante qui pourtant n’a pas pris part aux pourparlers, celle de l’Armée de Libération Soudanaise-Abdel Wahid Nur (SLA/AW), en libérant 24 de ses prisonniers de guerre détenus dans les prisons de Port Soudan et de Khartoum, pour démonter ses bonnes intentions.

 

L’aboutissement de l’acheminement de l’aide humanitaire

Le plus grand aboutissement des pourparlers de paix engagés à Juba le 14 octobre 2019 a été de pouvoir déboucher sur l’acceptation par le gouvernement de Khartoum  de l’acheminement de l’aide humanitaire dans les régions du pays déchirées par la guerre. Les nouvelles autorités de transition, chargées de préparer l’avènement d’un régime civil après l’éviction du président Béchir, étaient confrontées à la délicate question de l’acception ou non que l’aide humanitaire soit acheminée dans les zones en conflit sachant que cette aide allait par la même occasion profiter aux groupes rebelles qui y avaient établis leurs bastions. Seulement, une fois que les responsables de toutes les parties ont déclaré que Khartoum et les groupes avec lesquels il négocie avaient signé une déclaration qui maintiendra la porte ouverte à des négociations entre le nouveau gouvernement du Soudan et les rebelles, l’intérêt du maintien de la paix devenait alors primordial. pour ce faire, il fallait dès lors ouvrir de vrais négociations politiques sur l’aide humanitaire qui devaient constituer un pas vers une paix juste, globale et définitive au Soudan.

Dans cette construction progressive, la date du 21 octobre 2019 a marqué un pas certain vers la consolidation de la grande paix puisque c’est ce jour que les autorités de Khartoum ont autorisé l’acheminement de l’ d’aide dans les régions marginalisées du pays, ravagées par les conflits, et où l’accès humanitaire avait longtemps été coupé sous le régime du président Béchir. Les premières régions à bénéficier de cette mesure ont par la suite été le Darfour, la région des Monts Nouba et la région du Nil Bleu.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit:google image/illustration

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