Association for Free Research and International Cooperation

Sommet Russie Afrique : Des absences qui en disent long

26.10.2019
Article de la rédaction AFRIC
L’Afrique avait rendez-vous en Russie du 23 au 24 octobre. Pendant deux jours les dirigeants du continent se sont retrouvés sous l’invitation de Vladimir Poutine à Sotchi pour le tout premier sommet Russie-Afrique axé sur la coopération et l’élaboration d’un partenariat qui se veut selon le chef du Kremlin gagnant-gagnant entre les deux parties. Alors que près de 47 chef d’Etats et de gouvernement du continent étaient attendus certains malgré le carton plein fait, ont brillé de leur absence. Parmi les absences les plus remarquées celle du président camerounais, l’un des doyens en âge des chefs d’Etats africains dont le pays entretien pourtant des relations privilégiées avec Moscou.

De nombreuses promesses pour les présents

La délégation africaine à Sotchi présidée par le président égyptien Abdel Fatah Al Sissi, président en exercice de l’Union africaine est rentrée avec de nombreux accords et promesses dans les domaines économiques et sécuritaires. Parmi les plus retentissants l’initiative de voir doubler d’ici 05 ans les échanges commerciaux entre l’Afrique et la Russie, un accompagnent russe pour le développement du nucléaire, l’assistance militaire et la vente d’armement.La Russie qui a travers ce sommet veut marquer son grand retour en Afrique a mis les petits plats dans les grands pour satisfaire ses hôtes.  Peu présent en Afrique, ce pays nourri pourtant de gigantesques ambitions dans le continent. Le géant russe qui désire rattraper les pays européens et la Chine qui reste le premier partenaire économique de l’Afrique veut rétablir sur le continent, une influence comme celle au temps de l’Union Soviétique.

Frappé de sanctions économiques depuis cinq ans par les pays occidentaux, approfondir ses relations avec l’Afrique serait une aubaine pour ses industries et son influence géopolitique. Mais rien n’est gagné d’avance car malgré les sirènes russes certains anciens alliés de l’Afrique qui ne comptent pas se laisser damner le pion ont décidé d’user de nombreuses stratégies pour préserver ce qu’ils considèrent comme leur chasse gardée.

 Les grands absents du sommet

Le président tanzanien John Maghufuli invité comme le reste des présidents africains au ballet de Sotchi s’est fait représenter par son premier ministre Kassim Majaliwa. Une autre absence et non des moindres, celle du roi Mohammed VI du Maroc dont le pays qui a connu des progrès de développements spectaculaires ces dernières années est considéré comme un « hub de connexion entre l’Afrique et l’Europe ». Le monarque marocain s’est néanmoins fait substituer par le ministre de l’énergie des mines et de l’environnement, Aziz Rebbah et le ministre des affaires étrangères chargé de la coopération africaine et des marocains résidant à l’étranger, Mohcine Jazouli.

Le président gabonais Ali Bongo fait également partie des dirigeants africains qui ont manqué à l’appel de Sotchi. Cette absence coïncide avec une date d’anniversaire moins glorieuse pour le dirigeant gabonais car elle marque l’éloignement il y a un an jour pour jour d’Ali Bongo Ondimba de la scène politique internationale. Il faut en effet rappeler que c’est le 24 octobre 2018 que l’actuel président du Gabon fut foudroyé par un AVC alors qu’il prenait part à un sommet à Ryad en Arabie Saoudite. Ce sommet qui a mal tourné, est le dernier à l’extérieur auquel ait pris part le président gabonais. Retranché au palais du bord de mer depuis son retour définitif au Gabon, il se fait représenter lors des rendez-vous officiels par son premier ministre ou le ministre des affaires étrangères. Pour de nombreux gabonais et observateurs de la scène politique gabonaise, cette absence à un sommet si important est une preuve de plus que celui qui préside aux destinées du Gabon depuis 2009 n’a pas encore retrouvé toutes les capacités physiques lui permettant d’honorer à des engagements constitutionnels politiques tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.

Comme son homologue gabonais le président camerounais Paul Biya n’a pas honoré de sa présence l’appel du président russe Vladimir Poutine. Invité il y a six mois au sommet qui s’est tenu du 23 au 24 octobre, le chef de l’Etat camerounais est resté à Yaoundé pour recevoir le chef de la diplomatie française en visite au Cameroun.  Etrange coïncide, car ce déplacement intervient au moment où se tient à Sotchi le Sommet Afrique – Russie initié par le chef du Kremlin et auquel ont répondu présents la quasi-totalité des dirigeants du continent. Reçu en audience par Paul Biya au palais de l’Unité, Jean Ives le Drian s’est également rendu dans la capitale économique Douala pour prendre part à l’inauguration du deuxième pont sur le Wouri. Un chef d’œuvre financé par l’agence française de développement. Alors que les investissements français au Cameroun se font de plus en plus rares, le pays dirigé par Paul Biya s’est tourné depuis quelques années vers d’autres partenaires pour la réalisation de grands chantiers d’envergure comme en témoigne la construction des stades de Bafoussam et Limbé réalisés par les chinois et celui de Jopama confié à la société turc Yenigun Construction Industry.

Le consortium franco-danois Bolloré-APM qui s’est vu retirer la gérance du terminal à conteneur du Port Autonome de Douala, au profit d’un groupement italo suisse, ne compte pas lâcher du lest. Nouveau rebondissement dans l’affaire. Après le départ de Le Drian, le processus de concession écartant Bolloré du Port Autonome de Douala a été suspendu. Tout laisse ainsi à croire qu’il est urgent pour Paris de sauvegarder ses intérêts menacés au Cameroun et dans ses anciennes colonies en général. Le volte-face  vis-à-vis de Moscou du président Biya en visite il y a quelques jours en France pour la conférence de reconstitution du Fonds de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme serait ainsi selon certaines sources proches de la présidence lié à une certaine pression exercée par Paris qui compte bien contrer les ambitions expansionnistes de la Russie en Afrique.

Article de la rédaction AFRIC

Photo credit:google image/illustration

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