Association for Free Research and International Cooperation

SOTCHI : Place à la RussAfrique

26.10.2019
Article de la rédaction AFRIC
Après un passage à vide en raison de la dislocation de l’Union Soviétique, les Russes espèrent marquer leur retour sur le continent Africain à la faveur du premier sommet Russie -Afrique que vient d’organiser Vladimir Poutine. Co-présidé par le président en exercice de l’Union africaine, Abdel Fattah al-Sissi, cette rencontre internationale a permis aux représentants russes de conclure des accords avec plusieurs gouvernements Africains.
A l’entame de cette rencontre qui s’est tenu sur les bords de la mer Noire avec plus de 47 dirigeants Africains, Vladimir Poutine s’est empressé de déclarer que la Russie pourrait offrir son aide à l'Afrique sans toutes les conditions fixées par les puissances occidentales.

« Nous voyons comment certains pays occidentaux ont recours à la pression, à l’intimidation et au chantage contre des gouvernements souverains africains », a déclaré l’homme fort de Moscou. En poursuivant son allocution, Poutine précisa de plus : « Ils utilisent de telles méthodes pour tenter de se redonner une influence et une domination perdues dans leurs anciennes colonies sous une nouvelle forme et ainsi pouvoir en tirer le maximum de profits en exploitant le continent ».

Il faut toutefois préciser que le regain d’intérêt de Moscou pour l’Afrique ne date pas d’hier. Lorsque les Russes annexèrent la Crimée, l’Occident a répondu par des sanctions économiques en 2014  à l’endroit de cet état à cheval entre l’Asie du Nord et l’Europe . A l’époque, il était important pour la Russie de trouver de nouveaux débouchés afin de relancer sa croissance, qui commençait à s’essouffler depuis 2008. Très rapidement, Moscou décide alors de miser sur le continent africain. A première vue, les enjeux économiques servent de ciment à cette démarche. De fait, à l’instar du Nigéria, du Congo Brazzaville, de Madagascar ou de la Libye, l’Afrique regorge d’importants minerais et hydrocarbures. Dans le même temps, les stocks russes ne sont pas inépuisables. Consciente de cette situation, la Russie a ainsi établi dès 2018, une stratégie nationale de développement des ressources minérales du pays à l’horizon 2035. Pour ce faire, le pays avait pris le soin d’identifier les ressources dont elle manque.

Il importe de souligner que cette stratégie vise à fournir de manière durable des ressources minérales capables d’alimenter l’économie russe. Sur la liste des ressources minérales identifiées par les autorités russes, figurent le manganèse, dont le déficit est de 100%, ou le chrome dont le déficit est de 80%. A l’heure actuelle, la vente d’armes occupe  une place de choix dans la stratégie déployée par la Russie . A ce sujet, Laurence Ndong, une activiste de la société civile Gabonaise qui était à Sotchi, se dit favorable à ce partenariat car pour elle, la livraison d’armes par la Russie ne menace pas la paix en Afrique. Toutefois, Laurence Ndong estime que « si la Russie veut venir en Afrique pour ajouter du soutien aux dictateurs Africains ça ne marchera pas ».

Parmi les pays africains présents à Sotchi, le Kenya, la République démocratique du Congo et Djibouti, disposaient de stands dans les allées du premier sommet en l’honneur de l’Afrique. Pour Qemal Affagnon, le responsable Afrique de l’ONG Internet Sans Frontières, cette présence montre l’attrait de l’Afrique en termes de marchandises, de services et de données. Pour le responsable Afrique de l’ONG Internet Sans Frontières, quand on connait la démographie de l’Afrique, Moscou pourrait également étendre son offensive commerciale via ces canaux.

A travers le volet économique de sa stratégie nationale, le président russe a déclaré devant le parterre d’invités de marque de la station balnéaire de Sotchi, qu’il souhaite doubler au minimum ses échanges économiques avec le continent africain d’ici  cinq ans. En termes de retombées du Forum de Sotchi, la société publique russe Rosgeo a signé un accord avec le pays des mille collines. Au Rwanda,la Russie va ainsi  monter un laboratoire d’exploration pour la recherche des hydrocarbures dans le lac Kivu. Spécialisée dans les études géologiques et sismiques, la firme Rosgeo a aussi signée des protocoles d’entente avec le Soudan du Sud et la Guinée équatoriale pour faire de la prospection de matières premières. Comme autre avancée, Rosgeo prévoit désormais la recherche, l’analyse et le développement de gisements de métaux ferreux, non ferreux et rares, de terres rares et d’autres minéraux hautement liquides au Soudan du Sud.

Pour sa part, le producteur de pétrole brut russe LUKOIL a signé un mémorandum d’accord avec la République de Guinée équatoriale afin d’explorer et de produire des hydrocarbures dans la région. Active en Afrique depuis 1995, LUKOIL a développé plusieurs projets dans les pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale tels que le Ghana, le Cameroun, la République démocratique du Congo et le Nigéria. Si le sommet de Sotchi représente une occasion rêvée pour les entreprises russes de s’aventurer dans de nouveaux secteurs économiques, la stratégie politique n’est pas à exclure. En effet, à la suite de son retour sur la scène diplomatique du Moyen-Orient, en raison de la crise en Syrie, la Russie souhaite affirmer son statut de puissance mondiale.

En renouvelant son amitié aux pays africains qui représentent près d’un tiers des voix à l’Assemblée générale de l’ONU, la Russie garde à l’esprit que ces pays constituent du fait de leur nombre  un important réservoir de soutiens dans les instances des Nations Unies. Pour sceller son amitié avec l’Afrique, Poutine a par ailleurs précisé qu’il envisage également d’offrir des financements aux pays africains qui ont peu d’accès aux marchés financiers.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit : google image/illustration

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