Association for Free Research and International Cooperation

La grande problématique du Made in Africa, comment accroître son attractivité ?

25.10.2019
Article de la rédaction AFRIC
Cantonner pendant assez longtemps à un rôle réducteur pour son apport dans le développement et l’émancipation du continent, le Made in Africa parvient de nos jours à faire peu à peu ses classes et s’attirer de la lumière. Cette nouvelle effervescence combine aujourd’hui assez bien avec la prise de position salvatrice des dirigeants africains pour un grand retour parmi les priorités du continent de la marque made in africa. En lui accordant une place de choix dans l’Agenda 2063 de l’Union Africaine, les décideurs du continent ont compris que sa vulgarisation pouvait non seulement avoir un impact salutaire sur l’image d’ensemble du continent, mais aussi contribuer à transformer les économies du continent pour créer une croissance partagée, des emplois décents, des opportunités économiques pour tous. Si les efforts dans ce sens sont chaque consentis pour une pérennisation de la marque africaine, il reste que nombreux sont ceux qui, africains ou étrangers, sont encore réfractaires ; d’où le problème d’attractivité.

Même aujourd’hui encore, à l’heure des grands slogans sur le patriotisme et le panafricanisme, ce n’est un secret de polichinelle pour personne que de dire que les africains n’aiment pas consommer ce qu’ils produisent. Pour faire la démonstration, il suffit juste de faire le tour des supermarchés présents sur le continent pour savoir que plus de 80% des produits exposés dans les rayons sont des produits outre atlantique. Dans ce sillage, s’il fallait faire une évaluation sur une échelle de un à dix pour sonder la fréquence et l’attractivité de consommation des produits africains par les africains déjà, on se retrouverait en dessous de la moyenne. Fort de cette constatation et dans de telles conditions, il devient alors presque impossible de pouvoir faire acquérir aux produits locaux une image à l’international.

Que ce soit dans le domaine de l’industrie textile, de la sécurité technologique, de l’architecture et de l’urbanisme, ou de la distribution agroalimentaire, tout y passe. Pourtant, il serait grand temps que tout le continent et ses forces vives se mobilisent. Qu’il s’agisse des décideurs, des producteurs et des consommateurs, chacun doit alors jouer, au millimètre près sa partition pour pouvoir permettre au Made in Africa de prendre son envol.

Une participation en amont des décideurs

Comme avec l’Agenda 2063 de l’Union Africaine, les dirigeants africains doivent se montrer beaucoup plus offensifs s’ils veulent réellement favoriser l’essor du made in africa. Le seul fait de créer des slogans ou encore de prendre des résolutions purement théoriques ne suffit pas. Il faut encore monter au créneau, avec tambours et trompettes, pour montrer aux autres couches impliquées dans ce travail le made in africa constitue l’une des solutions les plus complètes pouvant participer fortement au développement du continent. Pour ce faire, il serait alors judicieux que ces dirigeants, chacun en ce qui le concerne, apporte sa pierre à la construction de l’idéal africain. La meilleure solution voudrait alors qu’une vision africaine soit développée. Elle pourra porter sur le développement de politiques d’imposition du made in africa quit à faire du protectionnisme ou encore agir localement et à grande échelle dans la formation des savoir-faire africains.

À l’instar de la Chine et des autres pays de l’Asie, l’Afrique devra a un moment ou un autre choisir entre s’adonner complètement à la culture occidentale tout en perdant ses bonnes pratiques, ou se concentrer sur elle-même pour permettre l’éclosion d’une marque respectée propre au continent. La première partie du travail devra être pour les dirigeants de se doter d’une vision constructive fondée sur des éléments pragmatiques et hiérarchisés de mise sur pied de moyens visant à inciter les producteurs et les consommateurs à s’intéresser prioritairement à ce qui est local. Ces politiques, devront pour être acceptées, être d’application générale. Même aux États-Unis aujourd’hui, première puissance mondiale, on rencontre ces politiques avec le président Donald Trump qui veut mettre les américains au cœur de la production et de la consommation locale.  Il n’hésite d’ailleurs pas à entrer en guerre contre d’autres puissances comme la Chine qui fondent leur développement quasiment dans le même idéal.

En plus des politiques qui devraient fixer le canevas et la feuille de route à suivre, les dirigeants africains doivent comprendre qu’il va falloir, pour atteindre la promesse d’un made in africa, miser sur les entrepreneurs locaux en mettant sur pied des mesures d’accompagnement et en facilitant les exportations de produits certifiés made in africa. Pour ce faire, il va falloir créer des chaînes logistiques d’exportations fiables qui mettent à mal les problèmes courant de corruption et des coûts élevés de transport.

Un positionnement hyperactif des producteurs

À la suite des décideurs, les producteurs locaux doivent prendre le relais pour assurer une conservation des valeurs et traditions africaines. Ils doivent partir avec l’ambition de créer une valeur ajoutée pour le continent et non pas seulement de faire du business. Il serait donc important de miser sur la production, la stratégie et la créativité pour atteindre des standards de fabrication certifiés. Pour l’architecte urbaniste nigérienne Mariam Kamara, lauréate du Global LafargeHolcim, le plus grand concours d’architecture durable au monde, pour son projet Legacy Restored Center, il serait irresponsable aujourd’hui de s’entêter à copier l’architecture occidentale alors que l’Afrique en elle-même offre des modèles de qualité pouvant servir l’appropriation d’une marque de construction africaine.

Plus souvent, elle prend en exemple la ville japonaise de Kyoto, qui a su allier tradition, identité et modernité pour montrer que l’Afrique doit repenser son rapport à la création des espaces, en trouvant elle-même, sur place, des solutions pour les adapter aux besoins de la population. Une fois ses prérequis posés, ce serait alors nous accorder un minimum de respect en imaginant notre propre culture et en inventant notre propre modernité.

 Une remise en cause primordiale des consommateurs

Dans le combat pour l’accélération de l’attractivité du made in africa, les consommateurs représentent la couche la plus importante sur laquelle il faut s’appuyer. Les consommateurs africains doivent alors comprendre que dans l’échiquier de la lutte pour le développement du continent, ils sont la force la plus essentielle. En prenant simplement le facteur démographique de la population du continent qui, aujourd’hui estimée à 1,2 milliards d’habitants et qui devrait normalement doubler d’ici 2050, on se rend très vite compte qu’il va falloir miser sur les dépenses de consommations, en essayant de se tailler la part du lion, qui elles, devraient tripler pour atteindre 2 200 milliards de dollars d’ici 2030. En le faisant, le modèle africain, même s’il encore loin des espérances escomptées pourra permettre un développement accéléré du continent.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit:google image/illustration

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