Association for Free Research and International Cooperation

Egypte-Ethiopie : embrouillamini autour du Nil

24.10.2019
Article de la rédaction AFRIC
Devenue une puissance régionale grâce au textile, l’Ethiopie souhaite désormais s’élever au rang des hydro puissances africaines, grâce à la mise en service du Grand barrage de la Renaissance sur le Nil Bleu. Cet ambitieux qu’on pourrait qualifier de pharaonique, ne plait cependant pas à tous les pays de la région.En marge du sommet Russie-Afrique de Sotchi, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, devrait rencontrer le président égyptien Abdel Fatah Al-Sissi pour discuter une fois de plus au sujet de ce projet de barrage.

Yuri Ouchakov, un assistant du Kremlin déclarait  qu’en marge du Forum de Sotchi que le Président russe essaierait d’avoir des conversations séparées avec les dirigeants des 43 pays qui participant au forum.  Yuri Ouchakov  précisait toutefois qu’il était tout simplement impossible de programmer des conversations de 30 à 45 minutes avec chacun des invites de marque présent en terre Russe. Malgré un agenda chargé, Vladimir Poutine pourrait toutefois se positionner en médiateur et tenter un rapprochement inespéré entre Le Caire et Addis-Abeba.

 De fait, le partage des eaux du Nil  alimente des tensions entre, l’Egypte   et l’Ethiopie.  Les désaccords entre ces deux pays remontent à l’époque où la Grande-Bretagne était la puissance de tutelle dans la région du continent qui abrite ces pays. Puissance dominatrice de la corne de l’Afrique dont l’un des grands atouts demeure le Nil, l’Egypte  a toujours eu  depuis lors un droit de véto sur les eaux du Nil, au grand regret de ses voisins que sont le Soudan et l’Ethiopie.

Depuis de longues dates, aussi bien L’Egypte que le Soudan revendique des droits historiques  sur le Nil. Ces droits conférés par des traités qui datent de 1929 et 1959 accorderaient 55,5 milliards de mètres cube  par an du débit des eaux du Nil à l’Egypte et 18,5 milliards de mètres cube   au Soudan, sur un débit annuel estimé à 84 milliards de m3. Sur la base des traités de 1929 et 1959, l’Egypte et le Soudan disposeraient ainsi à eux deux seuls,  de près de 87 % des ressources du Nil. En se basant sur les acquis historiques, le Caire et Khartoum font aussi référence au traité signé en 1902 par lequel l’Empereur éthiopien Ménélik II s’engageait à ce que l’Ethiopie n’aménage pas le cours du Nil Bleu sans autorisation préalable des Britanniques.

A l’époque de la domination britannique, l’Egypte avait réussi à garder le monopole sur les eaux venant aussi bien du Nil Bleu que du Nil Blanc. Ce monopole  donnait au Caire, l’assurance d’un débit minimum d’eau dans le fleuve à son entrée sur le territoire national et un quasi droit de véto sur les éventuels barrages à venir en  amont du Nil.

Les traités de 1929 et 1959, ont cependant été combattus par des pays situés en amont sur le fleuve. En 2011 par exemple, plusieurs pays à savoir  l’Ethiopie, le Kenya, le Burundi  et la Tanzanie, se sont mis d’accord sur une gestion commune du fleuve. L’accord mis en  place par ces pays mise notamment sur une  utilisation équitable et raisonnable des eaux  mais il contrarie les avantages historiques de l’Egypte sur le Nil.

De plus, depuis le lancement du projet du barrage de la Renaissance, des tensions sont apparues entre l’Egypte et l’Ethiopie. Malgré les multiples efforts autour  d’une hydro-diplomatie menée par  les acteurs en  confrontation, ces tensions s’accentuent et le pire reste à craindre. Dans le même temps, les éthiopiens accélèrent dans l’avancée des travaux de cette infrastructure unique en Afrique.  Pour l’heure, l’infrastructure est achevée  aux deux-tiers et Addis-Abeba souhaite désormais remplir le réservoir  au plus vite.

De leur côté, les Égyptiens qui craignent une forte baisse de leurs ressources en eau, ne voient pas cet accomplissement d’un bon œil. En décembre 2017, le ministre des Affaires étrangères d’Egypte s’était rendu en Éthiopie afin de faire avancer les négociations mais son déplacement s’est soldé par un échec. Au début de l’année  2018, l’Égypte souhaitait  discuter directement de nouveau  avec l’Éthiopie. A l’occasion de cette nouvelle négociation, le Caire souhaitait en exclure le Soudan des  discussions et proposa la Banque Mondiale comme médiateur neutre dans le conflit.

Dans une tentative  d’explication, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed assurait  à Khartoum que le méga barrage que son pays construit sur le Nil Bleu n’affecterait pas l’approvisionnement en eau de l’Egypte. Selon Abiy Ahmed, tous ensemble  l’Egypte, le Soudan et l’Ethiopie  bénéficieront  sans préjudices du Nil. Afin de s’assurer que son message soit bien compris, la diplomatie Égyptienne auraient toutefois contacté les États-Unis, la Russie, la Chine ou encore le Conseil de sécurité de l’ONU.

Au cours du mois de septembre 2019, le président Al-Sissi  déclarait  à l’ONU que     « l’Égypte ne laisserait jamais Addis-Abeba imposer une situation de fait  en remplissant le réservoir du barrage sans accord préalable ».  Toutefois, il semble que la partie Ethiopienne ne partage manifestement pas ce point de vue.  Du côté d’Addis-Abeba, les Éthiopiens refusent tout intermédiaire dans le conflit qui les oppose à l’Egypte. Il y’a quelques jours, l’Egypte a annoncé avoir accepté une invitation américaine pour  une réunion des ministres des Affaires étrangères sur un projet de barrage hydroélectrique. La réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Egypte, l’Ethiopie et le Soudan, les trois pays directement touchés par le projet, se tiendra à Washington sous réserve de confirmation des autres pays.

En coulisse, il se rapporte toutefois que certains responsables Egyptiens seraient déçus  par les échecs successifs des pourparlers avec l’Ethiopie.  Certains observateurs estiment  que le pays des pharaons aurait mis  de nombreuses options sur la table sans que les pourparlers ne portent leurs fruits. Pour l’heure aussi bien l’Ethiopie que l’Egypte tentent de sensibiliser l’opinion internationale avec des arguments de poids au sujet de leurs intentions.

En avril 2018, le ministre égyptien des Affaires étrangères Sameh Shoukry disait que « le Caire ne tolérera pas le statu quo et continuera à défendre par plusieurs moyens les intérêts de son peuple concernant le Nil».

Lors d’une séance en plénière au Parlement Ethiopien, le Premier -ministre Ethiopien disait pour sa part aux députés que « Si nous devons entrer en guerre, nous pouvons mobiliser des millions de personnes. Si certains peuvent tirer un missile, d’autres peuvent utiliser des bombes ».

Au vue de cet échange de propos, la controverse qui oppose les deux  pays depuis de nombreuses années, n’est certainement pas prête de prendre fin.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit : google image/illustration

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