Association for Free Research and International Cooperation

Sommet Russie-Afrique : quelles retombées espérer pour le continent ?

23.10.2019
Article de la rédaction AFRIC
Le monde des relations diplomatiques entre l’Afrique et les puissances étrangères n’a presque jamais été un long fleuve tranquille. Réputé pour la multitude de richesses que regorgent son sol et son sous-sol, le continent a toujours été l’objet de convoitises diverses. Que ce soit la France, qui s’y est taillée la part du lion, la Chine qui, depuis quelques années multiplie des partenariats stratégiques et des investissements dans le continent, la course à une coopération bilatérale avec le continent africain bat son plein. Dans cet ordre de choses et de multiplicité d’offres de séduction, d’importants sommets, devenus pour certains comme des rituels annuels, se sont multipliés entre l’Afrique et ces puissances. Au milieu de tous ces rapprochements, l’Afrique, qui recherche toujours de meilleurs partenaires pour accélérer son développement, n’hésite plus aujourd’hui à se tourner vers des partenaires dont les politiques sont presque totalement en déphasage avec celles de leurs partenaires traditionnels. Dans la lignée de ces nouveaux partenaires d’un autre genre qui se disent favorables à une concurrence « civilisée » avec l’Afrique, figure en bonne posture la Russie qui tient actuellement son premier sommet avec le continent. Après donc la Françafrique et la Chinafrique, voici qu’est venu le tour de la Russafrique.

Organisé dans le but de parachever le retour de la Russie sur le continent africain, le sommet russo-africain débuté ce 23 octobre 2019 à Sotchi marque le « début d’une nouvelle ère de coopération russo-africain ». Avec près d’une cinquantaine de chefs d’États et représentants de gouvernements présents, ce premier sommet inédit confirme la volonté manifeste du président russe Vladimir Poutine qui, déjà lors du dernier sommet des BRICS tenu à Johannesburg, le 27 juillet 2018, avait annoncé les couleurs d’un sommet russo-africain ressemblant l’ensemble des dirigeants du continent et lui-même. Si rien que l’organisation de ce sommet permet déjà se positionner la Russie dans la liste des rares puissances habilitées à mettre un regard dans les affaires du continent, il faut également relever que les pays africains lui sont favorables dans la mesure sa légitimité représente une aubaine dont les retombées seront énormes pour le continent.

Le renforcement de la coopération militaire

Originellement posée comme une alternative à l’Occident et la Chine avec son idéologie anticolonialiste et anti-impérialiste, la Russie se présente aujourd’hui comme un élément de stabilisation qui ne vise pas à s’ingérer dans les affaires internes des pays. Pour faire montre de sa bonne foi dans ce nouveau partenariat qui s’ouvre depuis la disparition de l’Union soviétique en 1991, le président russe, pour ménager la susceptibilité de ceux qui percevraient l’invitation de la Russie comme une énième convocation a tenu à placer l’évènement sous le prisme d’une co-présidence avec le président égyptien Abdel Fattah AL-Sissi qui jouit déjà de l’avantage légitime d’être est le président en exercice de l’Union Africaine. Mêlant à son investissement économique, son soft power et son soutien diplomatique, la Russie se montre de plus en plus entreprenante en Afrique sous le secteur de la coopération militaire. La lutte contre le terrorisme étant inscrite à l’ordre du jour de la majeure partie des pays du continent, c’est tout naturellement que ces pays, pour bénéficier de la technologie militaire en termes d’armes et de formation du Kremlin, sont enclins à nouer des relations avec lui.

Flatté par son discours anticolonial et sa volonté de se positionner comme un des partenaires stratégiques des pays du continent, les dirigeants africains ont à l’ouverture de ce sommet réaffirmé leur volonté de revisiter les vingt nouveaux accords signés entre les deux parties depuis 2017, même si ceux-ci sont déjà en augmentation comparativement aux sept accords qui avaient été signés jusque-là entre 2010 et 2017. À la suite des quelques évènements spectaculaires, tels que « l’offensive » russe en Centrafrique ou la signature de plusieurs accords de coopérations militaires, les dirigeants africains appellent également Moscou à la multiplication des signatures d’accords de coopération militaire et à l’intensification du déploiement de conseillers militaires sur le continent. Les ventes d’armes étant le levier de la puissance russe en Afrique, il serait également important qu’en plus du renforcement de la priorité qui lui est accordée dans le domaine sécuritaire, que son expertise dans le domaine soit mise à contribution afin de lutter efficacement contre le terrorisme qui sévit actuellement dans la région. En plus des coopérations militaires importantes comme celles établies avec l’Algérie et l’Égypte,

les pays africains appellent de tous leurs vœux la Russie à renforcer sa participation aux opérations de formation et de maintien de la paix sur le continent ; comme en témoigne l’appel lancé par la RDC avec la résurrection d’un projet militaire datant de 1999.

Le renforcement des échanges économiques

Comme en atteste le nombre et la diversité des chefs d’États africains reçus à Moscou et des visites d’officiels russes sur le continent depuis le début des années 2010, les deux parties veulent tenter d’élargir leurs offres de partenariats pour ne pas les limiter au seul aspect sécuritaire. Outre le secteur militaire, qui reste le principal point d’ancrage de la Russie sur le continent, les dirigeants africains veulent également profiter de ce sommet pour renforcer leur coopération dans le secteur des énergies et de l’extraction avec Moscou. Pour des pays comme la République Centrafricaine et la République Démocratique du Congo, qui disposent de ressources minières importantes, le renforcement de relations économiques constituées de vecteurs comme l’extraction et l’énergie ne représentent que des avantages à coupler, car ces garanties se sont accompagnées depuis quelques années d’une forte création d’emplois.

D’autres pays comme le Kenya, la Zambie ou encore le Nigéria espèrent également qu’au sortie de ce sommet, le renforcement de leur accords de développement et de recherche visant à terme, la fourniture de centrales « clés en main » entamées avec la compagnie nationale Rosatom, qui possède une direction dédiée à l’Afrique subsaharienne, sera actée.

En dépit du secteur minier, les échanges commerciaux entre la Russie et l’Afrique qui ont connu une croissance spectaculaire ne sont pas à négliger. Passant de 760 millions de dollars en 1993 à 17 milliards en 2018, ils demeurent toutefois insuffisants et seize fois moins importants que ceux entre le Chine et le continent africain. Les représentants de pays africains au cours de ce sommet entendent aussi plaider pour un effacement de l’ardoise de la dette qui avait déjà connu une amélioration conséquente avec l’annonce faite en 2017 par le président Vladimir Poutine qui, cette année là avait concédé aux pays africains un effacement de 20 milliards de dollars de dettes.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit: google image/illustration

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