Association for Free Research and International Cooperation

Les lycéennes enlevées de Chibok : que sont-elles devenues ?

22.10.2019
Article de la rédaction AFRIC
Que sont devenues les 112 lycéennes enlevées à Chibok le 14 avril 2014 et toujours détenues par les éléments de la milice à mouvance islamiste Boko Haram ? l’effervescence médiatique et émotive internationale qu’avait suscité leur rapt il y a cinq ans et six mois a laissé place aujourd’hui à une indifférence totale. Le 05 octobre, journée marquant les 2000 jours de leur captivité ils n’étaient qu’une centaine d’activistes du mouvement « Bring back our girls » parmi lesquels des parents des victimes à se réunir à la place de l’unité d’Abuja pour exiger du gouvernement le retour ou des nouvelles des écolières toujours portées disparus. Malgré les nombreuses promesses des autorités nigérianes 112 filles sur les 276 enlevées manquent toujours à l’appel. Leur sort à ce jour reste un mystère. Pour les parents et proches qui gardent l’espoir de revoir un jour vivantes leurs filles le silence d’Abuja est pesant et l’interminable attente traumatisante.

Abuja accusé de laxisme

L’ONG Human Rights Watch soutient que depuis 2009, Boko Haram a enlevé plus de 500 filles. De tous ces kidnappings, le plus emblématique reste celui de Chibok. Le 14 avril 2014 dans l’Etat de Borno, plus de 200 lycéennes étaient arrachées à leur quotidien par des insurgés de Boko Haram ayant fait irruption dans leur établissement scolaire. Alors que 57 d’entre elles ont réussi à s’échapper, le gouvernement grâce à des négociations ayant aboutis à des échanges de prisonniers a pu obtenir la libération de 107. A ce jour 112 filles restent toujours entre les mains de leurs bourreaux. Malgré les efforts entrepris par l’exécutif nigérian, Abuja est accusé de laxisme dans sa manière de gérer cette affaire. De l’avis de nombreux parents, si les filles avaient été celles du président ou de hauts fonctionnaires de l’Etat, des mesures plus sérieuses auraient été prises pour leur libération. Des accusations que rejette le clan Buhari qui soutient la détermination de ce dernier à assurer le retour de toutes les filles toujours en détention entre les mains des combattants de la milice. Pour assurer la libération des captives, Buhari et son entourage ont décidé d’abandonner la force pour privilégier la voie de la négociation selon eux plus efficace.

 Un calvaire entre les mains des ravisseurs

A la question de savoir ce que sont devenues les filles retenues par Boko Haram, les thèses les plus probables sont celles de mariages forcés, de conversions contraignantes à l’islam, d’esclavage sexuelles et domestiques, et de participations aux combats et opérations militaires. Dans une vidéo de propagande publiée en 2014 cinq mois après l’enlèvement des jeunes filles, Abubakar Shekau annonçait dans un rire sarcastique, qu’elles avaient été toutes mariées et se trouvaient dans leurs foyers conjugaux. Dans une autre de ses apparitions le leader du groupe terroriste menaçait de vendre les filles et d’en faire également des esclaves sexuelles et des domestiques. Une autre vidéo publiée plus tôt, présentait les écolières visages et corps entièrement couverts récitant des versets coraniques. D’autres témoignages ont laissé entendre que certaines lycéennes auraient été conduites par leurs ravisseurs hors des frontières nigérianes notamment au Tchad et au Cameroun où la secte possède des bases arrières. Dans leurs témoignages, les filles libérées ont souvent évoqué avoir été victimes de viols, d’abus sexuels, physiques et psychologiques de tout genre. Parfois enceintes elles n’ont bénéficié d’aucun traitement de faveur de la part de leurs bourreaux. Livrées à la famine, la fuite est la seule option envisagée par les plus courageuses.

Boko Haram qui en langue haoussa veut dire l’éducation occidentale est un pêché s’oppose farouchement à la scolarisation des filles. Depuis l’enlèvement spectaculaire de Chibok, le groupe qui opère dans le Nord-Est du Nigeria depuis 2009 a continué de mener d’autres rapts dans les zones rurales du pays. Le 19 février 2018, la secte a procédé à l’enlèvement de 116 lycéennes à Dapchi.  Les 110 libérées un mois après leur kidnapping contrairement aux filles de Chibok déclarent n’avoir pas été maltraitées durant leurs captivité, mais soutiennent avoir été retenues dans des pièces pour faire de la cuisine. Ce rapt est attribué à la faction de Boko Haram dirigée par Abu Musab al-Barnaoui qui s’est séparé en 2016 d’Abubakar Shekau qu’il accuse de meurtre de civils musulmans et de l’utilisation de jeunes filles comme bombes humaines.

La secte islamiste que le gouvernement nigérian déclare être affaiblie a jeté son dévolu sur les jeunes filles, notamment celles qui sont chrétiennes et scolarisées. Selon l’UNICEF, plus de 1000 enfants ont été enlevées depuis 2013 par le groupe extrémiste. Alors que l’enlèvement de Chibok reste à ce jour le plus emblématique, de nombreuse organisations plaident pour la rééducation des filles qui ont pu se détacher des griffes de leurs ravisseurs et pour la sécurisation des établissements laïcs cibles des insurgés afin que ne se reproduisent plus des évènements tels que celui de Chibok et Dapchi.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit: google images/illustration

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