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Kenya lutte contre la corruption, les évêques lancent l’opération « briser les chaînes de la corruption »

21.10.2019
Article de la rédaction AFRIC
Continent le plus affecté par la corruption, l’Afrique, plus qu’hier, continue aujourd’hui encore de payer le lourd tribut dû à ce fléau. Que ce soit dans les administrations publiques, dans les affaires et même au sein de l’Église, elle continue d’étendre ses tentacules. Si les acteurs et les moyens de la lutte, ont presque de tout temps été l’apanage des seuls gouvernements des États, à qui il était demandé de se muer en barrière ultime et exclusive contre la propagation du fléau, aujourd’hui, la donne a complètement changé dans la mesure où les dégâts orchestrés n’épargnent plus aucune couche de la société. Pour prêter mains fortes aux États, beaucoup d’acteurs nouveaux, allant jusqu’aux plus insoupçonnés, par des mesures pratiques concrètes, ont alors décidé de leur emboîter le pas en se ralliant à la cause. Parmi eux, l’épiscopat catholique.

Réputé pour être un socle de moralité certaine, l’Église catholique, sous l’impulsion de son premier représentant, outre ses moyens traditionnels, a décidé de passer à l’action. Déjà, dans une de ses homélies, en l’occurrence celle du 3 juin 2013, prononcée lors de la messe célébrée à la maison Sainte-Marthe, le Pape François, qui fustigeait la corruption au sein de l’Église, faisait état de la non chrétienté des chrétiens corrompus. Il déclarait que : « les chrétiens corrompus sont amnésiques, car ils ont oublié l’amour de Dieu. Ils font beaucoup de mal à l’Eglise ». Au Kenya, vue l’ampleur du phénomène, les évêques du pays alors rapidement décidé de lui emboîter le pas, en s’impliquant avec vigueur dans la lutte. Réunis au sein de Conférence des Évêques Catholique du Kenya, le clergé, pour s’inscrire dans la lignée du pape François, a décidé d’entrer en guerre contre les mauvaises pratiques et de lutter à sa façon contre la corruption en lançant l’opération salutaire : « briser les chaînes de la corruption ».

La mise en place de bureaux anti-corruption au sein de l’Église

Classé en 2018, au 143e rang sur les 180 pays que compte le classement anti-corruption de l’ONG Transparency International, le Kenya a placé la lutte contre la corruption au centre de toutes les préoccupations. Restant néanmoins un grand défi que peinent à relever les autorités kényanes, le Président Uhuru Kenyatta, depuis mai 2018, s’est alors solennellement engagé à mettre fin à ce fléau. Sauf que face à la faiblesse des mesures par lui entreprises, l’épiscopat catholique, qui figure en première ligne de ce fléau a décidé de s’y investir pleinement. Parce que la corruption et les personnes corrompues sont devenues insensibles à toutes les mesures et continuent de faire basculer le pays dans un abîme sans fond de pauvreté et de désespoir, l’épiscopat kényan, qui n’a cessé de dénoncer cette corruption endémique, qui menace le tissu social, estime que les efforts pour combattre ce « cancer » ne semblent porter « aucun fruit ».

Ne figurant pas parmi les vertus cardinales qu’enseigne l’Église catholique, la conférence des évêques catholiques du Kenya, pour emprunter à la qualification de Mgr Ignatius Ayau Kaigama, président de la conférence épiscopale du Nigéria, qui assimile la dangerosité de la corruption à celle d’un groupe terroriste en l’occurrence Boko Haram, a décidé de monter en créneau en mettant sur pied des mesures pratiques fortes. Dans son déploiement, elle a annoncé comme première mesure, dans une déclaration publiée le 10 mai 2019, la création de bureaux anticorruptions qui seront mis en place dans les églises pour permettre aux fidèles de dénoncer des cas de corruption.

Ces bureaux, pour l’essentiel, seront charger de recueillir tous les cas de dénonciation qui se feront de manière anonyme pour éviter les représailles, et d’y donner suite. Tous les cas soumis à ces bureaux devront être traités de la même manière quels que soient les personnes impliquées et, les résultats seront ensuite transmis aux autorités compétentes. Seulement, l’Église catholique, par la voix de son porte-parole, se réserve en amont la possibilité d’infliger des sanctions aux mis en cause. Ces sanctions pourront concerner aussi bien une demande de pardon publique, que des travaux d’intérêt pour la communauté.

Le refus  des dons des politiques

Au sein de l’Église catholique, la plus grande difficulté dans la lutte contre la corruption apparaît comme celle qui l’expose aux dégâts collatéraux provoqués par le politique qui, comme d’habitude semble détourner les discussions engagées pour se frayer un chemin dans toute tentative sérieuse de s’attaquer au mal. Pour contrer cette immixtion des politiciens qui continuent de faire des dons à l’Église avec l’argent de la corruption, les responsables du clergé ont déclaré, qu’ils ne recevront dorénavant que des dons sans numéraires et, tous les dons de plus de 500 dollars devront être accompagnés d’une lettre du donateur. Il s’agit de mettre un point d’honneur sur la vérification de la provenance des dons par l’Église qui ne veut plus être utilisée comme une plateforme politique ou pour d’autres motifs que le culte de Dieu. Twalib Mbarak, le chef de la commission nationale anticorruption du pays, qui a accueillie avec beaucoup d’engouement la nouvelle mesure sur la « traçabilité » des dons, s’est réjouie de l’implication responsable et transparente des fidèles  au tour de cette idéologie afin d’acter l’interdiction de tous les dons sans source appropriée.

D’autres mesures urgentes, saluées par la commission d’éthique et de lutte contre la corruption du Kenya ont été annoncées au cours de cette conférence. Parmi elles, celles qui avaient fait dire au président russe Vladimir Poutine que, « Ceux qui luttent contre la corruption devraient être irréprochables eux-mêmes ». Par ces mesures, l’Église catholique au Kenya, qui appelle toutes les autres organisations religieuses du pays à se joindre à sa lutte n’a pas tardé à faire une démonstration. Mgr Philip Arnold Subira Anyolo, l’archevêque de Kisumu, dans l’ouest du pays, et également président de la conférence épiscopale du Kenya, a dû lui-même rejeté un don d’une voiture d’une valeur de 40 000 dollars provenant du vice-président William Ruto après que des responsables de l’opposition eussent affirmé que la voiture aurait été acheté avec le produit de la corruption. Ces différentes actions ont par la suite porté des fruits puisque selon journal en ligne, « Nairobi News », l’appel de l’Église catholique a été suivi. L’Église anglicane du Kenya, par l’intermédiaire de son archevêque Jackson Ole Sapit, a interdit en juin les dons venant des politiciens.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit : google image/ illustration

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