Association for Free Research and International Cooperation

Ethiopie l’ « Ukuli », les vertus d’une cérémonie rituelle atypique

20.10.2019
Article de la rédaction AFRIC
L’éducation traditionnelle, dans sa structure globale et ses différentes techniques sont à l’ère de la modernisation soumis à la loi irréversible de l’histoire qui, avec les iconoclastes, tendent à la faire évoluer à tous les prix ou à dépérir à tout jamais. Face à cette mouvance envahissante qui pollue un peu plus chaque jour l’environnement des cérémonies rituelles en y jetant de l’opprobre, plusieurs peuples réputés super conservateurs ont, malgré les difficultés, su garder leur originalité et leurs valeurs ancestrales. Ces peuples, qui se comptent aujourd’hui dans le monde par nombre limité, continuent tant bien que mal de perpétrer l’héritage ancestral qui, parfois souffre du caractère violent de ces rituels initiatiques impressionnants. Si dans le Vanuatu, en plein océan pacifique, au large de l’Australie, l’Île de Pentecôte a su conserver son rituel initiatique défini comme étant le « saut de Gaul », il en est de même du peuple des Hamar, habitants d’Afrique de l’Est vivant majoritairement dans le Sud-Ouest de l’Éthiopie qui, lui aussi a su conserver l’un de ses plus anciens rituels initiatiques qu’est l’ « Ukuli ».

Estimés à environ 40 000 individus, les Hamar, établis majoritairement dans le Woreda Hamer Bena, une zone fertile de la vallée de l’Omo située dans la région des nations, nationalités et peuples et vivant essentiellement de l’élevage et de la culture du sorgho, du millet, du tabac et du coton sont un peuple de semi nomades qui ont su conserver leurs traditions ancestrales. Parmi elles, le traditionnel rituel de passage de l’âge adulte chez les garçons qui, implique aussi directement le destin des femmes de la tribu. Véritable démonstration de force et de courage, l’Ukuli, qui donne généralement lieu à de grandes festivités, est à la base un rite initiatique, qui marque le passage des garçons à l’âge adulte, leur offrant par ricochet la possibilité de contracter un mariage et de posséder un troupeau.

 Consécration du « Donza » ou transition du garçon pour l’âge adulte

L’ « Ukuli », au-delà de son caractère violent, est une véritable fête à l’occasion de laquelle la tribu se réunit pour assister à la consécration d’un homme dont le destin peut changer en quelques secondes. Au risque d’être rejetés par la famille ou le clan, les jeunes garçons désignés pour y participer par le chef de la communauté doivent faire preuve d’une véritable démonstration de force, d’agilité et de courage. Pour devenir un homme et acquérir le statut de « Donza », tous les garçons de la tribu doivent y participer et, c’est le seul moyen qui permettra, à ceux qui auront réussir l’épreuve de pourvoir posséder un troupeau et choisir leur prochaine femme. Pour l’occasion, le jeune homme surnommé l’Ukuli, doit sauter complètement nu par-dessus un troupeau de vaches alignées. Son objectif est de parcourir deux allers-retours sur les dos des bovidés et cela sans tomber. Après seulement, le chef de la tribu le déclare homme au cours d’une consécration bien festive. N’étant pas un tremplin d’élimination systématique, la tradition a néanmoins prévue que le jeune Ukuli peut se permettre une seule et unique chute, car au-delà, il devient la risée de la tribu et est même parfois battu par les membres de sa famille et ne pourra plus par la suite prétendre à devenir un homme.

Une fois l’épreuve réussie, il intègre le groupe fermé des « Maz » qui ont leurs propres rites, leur propre alimentation, leur propre façon de communiquer. Si la cérémonie de l’Ukuli concerne de prime à bord le passage des jeunes garçons à l’âge adulte, elle ne se limite toutefois pas seulement à eux puisqu’à l’occasion, les femmes ont aussi leur partition à jouer dans la mesure où c’est au cours de cette cérémonie que plusieurs d’entre elles trouveront un mari ou un homme qui pourra les venir en aide dans les situations délicates .

Flagellation tribale volontaire des femmes sous fonds de démonstration d’amour

L’autre composante de la cérémonie de l’Ukuli, et pas des moindres, est celle de la flagellation des femmes. Elle intervient en amont de la prestation des nouveaux « Donza » une fois que ceux xi auront intégré les « Maz ». Volontairement, les femmes demandent alors aux hommes  de les fouetter. Le geste est supposé être une démonstration d’amour pour ces femmes à l’encontre des hommes. Au cours de la cérémonie, les jeunes femmes provoquent, par des gestes et des paroles, les jeunes hommes qui ont initialement réussi leur rituel initiatique. Poussés par les provocations des femmes, les « Maz » ripostent en leur assenant des coups de fouet. Dans ce sillage, les meilleures chances de mariage iront alors à celles qui sans pousser un seul cri de douleur, auront montrer qu’elles sont suffisamment courageuses et fortes face aux épreuves. Au cours de la cérémonie, ces femmes au lieu de fuir demandent plutôt, pour faire la démonstration de leur amour, aux hommes de les fouetter à nouveau. Plus elles reçoivent des coups de fouet, plus leur fierté est grande et par la suite elles n’hésiteront surtout pas à exhiber leurs cicatrices comme des trophées.

Pour les femmes de la tribu Hamar, les cicatrices sur leurs corps sont la preuve ultime de leur amour pour les hommes respectifs qui les fouettent et elles leur permettront, à l’avenir, de faire appel à ces derniers. Pour celles qui deviendront rapidement veuves, elles se tourneront peut être, vers ces hommes qui les ont fouettées, pour leur demander de l’aide. Avec les cicatrices sur leur dos, représentant la preuve de leur sacrifice pour l’homme, il serait donc impossible pour ce dernier de refuser de satisfaire les besoins de la femme, dans les moments difficiles ou d’urgence.

Article de la rédaction AFRIC

Photo credit : google image/illustration

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