Association for Free Research and International Cooperation

Mutations du journalisme en Afrique : l’heure du data journalisme

14.10.2019
Article de la rédaction AFRIC
Partout dans le monde et particulièrement en Afrique, les populations en proie pour la majorité, à des difficultés financières, ne sont plus éprises par le journalisme traditionnel et ses avatars. Avec l’avènement du numérique, des réseaux sociaux et blogs, il est devenu naturel de savoir que la manière de faire du journalisme de nos jours à évolué, vers une image de data journalisme ou journalisme tout numérique. Avec une jeunesse de plus en plus connectée, déconnectée de la presse et dans une certaine mesure de celui des médias, plusieurs spécialistes de la matière, en relation avec des avis extérieurs ont défini le data journalisme comme celui sur lequel il va falloir miser pour prendre en compte et impliquer toutes les composantes de la société.

Le data journalisme, encore connu sous l’appellation de journalisme de données n’est plus une nouveauté. Même s’il a tardé à conquérir le milieu, il s’affirme aujourd’hui comme la bouée de sauvetage d’une profession appelée à jouer un rôle important dans la régulation des démocraties. Consistant au traitement de l’information à partir de l’exploitation de données selon le site journalism++, le journalisme de données, qui est basé sur des chiffres, des statistiques, des cartes qui seront traitées, analysées et mises en forme pour les rendre intelligibles, a l’avantage d’offrir de la pertinence au journalisme, de permettre un traitement numérique des données, de mieux informer sur l’actualité, de permettre aux données d’améliorer une historique complexe combinés aux techniques de reporting traditionnelles, aider les journalistes à dire la vérité au pouvoir et enfin d’aider le journalisme de données à devenir l’avenir de demain.

Nouvelle valeur sure du journalisme

Auréolé d’une approche nouvelle dans ses moyens d’expression, le journalisme de données s’inscrit de nos jours comme une valeur sure du marché du journalisme même si un modèle de pérennisation de la pratique reste encore à trouver. Contrairement à l’Afrique où il déploie encore ses pratiques, le data journalisme apparait déjà comme une référence en Europe avec de nombreuses initiatives qui ont déjà été lancées dans ce sens comme OWNI en France ou encore le Data Blog Guardian en Angleterre.  Cette situation n’empêche pourtant pas de conclure que, dans les pays émergents, la valeur ajoutée du data journalisme n’est plus à démontrer. Plusieurs acteurs africains du métier comme les représentants le blog de Yoroba Pene, en Côte d’Ivoire, n’ont d’ailleurs pas tarder à affirmer que ce type de journalisme est l’avenir du métier sur le continent.

L’exercice de la profession, qui prône l’ouverture des données pour une meilleure investigation met en avant le fait que la collecte, le traitement et la diffusion des informations ne pourront plus échapper aux bonnes pratiques du métier. Au Cameroun, l’ONG Code For Cameroon, avec l’appui financier et technique de la Communauté Afrique Francophone des Données Ouvertes (CAFDO) a même organisé le 29 décembre 2018 à Yaoundé, une session de formation, à laquelle était conviés plus 30 journalistes rattachés à différents supports médiatiques, visant à renforcer la capitalisation des connaissances dispensées par les pionniers du journalisme de données au Cameroun, la crédibilisation les contenus qu’ils disposent au public, la promotion le data journalisme sur le triangle national et la formation des journalistes à la maîtrise de  ses techniques. Contrairement aux méthodes classiques de collecte des données qui s’avèrent inopérantes et peu crédibles, le data journalisme vient rompre avec les barrières de la routine dans la procédure d’accès aux sources. Dans cette veine, pour les professionnels kényans et sud-africains qui l’ont adopté comme leur méthode d’investigation, les données issues des enquêtes de l’Institut National de la Statistique du site d-portal présentent les journalistes qui utilisent ces données comme source secondaires comme ceux donnant plus de valeurs à leurs productions, car les données présentées sont réputées plus fiables.

Les résultats probants du data journalisme

Si l’ouverture des données contribue, par le biais du data journalisme, à améliorer la gouvernance au niveau des États, des collectivités territoriales décentralisées, des institutions et organisations privées, son concours dans la restitution d’une efficacité de l’action publique dans ses missions de journalisme de solution ne peut également être nié. Au Sénégal , il a par exemple permis d’engranger des résultats probants avec son inscription dans la lutte contre le Virus Ebola. Ici, il avait été question pour les ateliers « Editor Labs », tenus les 14 et 15 janvier 2015 à Dakar, de créer un prototype d’outil innovant en matière d’informations sur le virus Ebola. Le Global Editors Network , un réseau mondial de journalistes, l’Open Society for West Africa et l’Union pour la Presse Francophone avaient alors invité treize équipes de médias sénégalais à participer à une compétition sur le thème Ebola, afin d’y apporter un début de réponse. Les résultats de la compétition dénommée #HackAgainstEbola, où il était question de réaliser, en deux jours, le prototype d’une nouvelle offre éditoriale au sein de leurs rédactions pour une meilleure couverture de l’épidémie avaient alors été spectaculaires. Traduite en quatre langues nationales du pays, l’un des prototypes vainqueur avait été à la base d’une grande campagne de sensibilisation des groupes dans les campagnes, des non-voyants et des sourds-muets.

La destruction des blocus juridiques et opérationnels

Sur le continent africain, où le data journalisme connait aussi un bel essor, il est nécessaire de lutter contre les difficultés liées aux blocus juridiques et opérationnels pour permettre un envol complet du métier. Ces barrières juridiques, encore trop importantes dans les pays émergents, laissent entrevoir que les lois en vigueur sur ce sujet, y sont à ce jour peu adaptées contrairement aux pays comme la Suède ou encore la Norvège. Au Cameroun par exemple, ces blocus juridiques traduisent à bon escient des carences réglementaires qui existent en la matière. Pour Dorothée Danedjo Fouba, qui note que le Cameroun est certes une référence en Afrique sur le journalisme en ligne, on devait pouvoir éviter la complexité de la classification des journaux en ligne en faisant ressortir une nomenclature dans le domaine du web journalisme.  L’autre véritable obstacle étant l’accès public aux données, il faut encore faire face à la fiabilité des données existantes.

Pour Cheikh Fall, fondateur de sunu2012 au Sénégal et Nicolas Kayser-Bril, co-créateur de journalism++ et animateur d’un atelier de formation au data journalisme à Dakar, l’accès aux données fiables est largement insuffisant et très peu fiable ; d’où l’intérêt du fact-checking qui permet de pouvoir vérifier et contester les données officielles reçues.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit : google image/illustration

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