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Préparation d’un référendum en Guinée : Que mijote le président Condé ?

12.10.2019
Article de la rédaction AFRIC
La constitution, la loi fondamentale d’une nation, si tant est qu’elle s’inscrit généralement comme garde-fou des velléités et prétentions de certains hommes de pouvoir, n’a pas tout le temps résisté, en Afrique, à la volonté de certains hommes politiques de se maintenir au pouvoir. Légalement ou illégalement, ces hommes, par la ruse, la manipulation ou par la force de leur fonction, procèdent parfois à la modification de la constitution, pas dans l’intérêt général de la nation, mais seulement pour lever les boucliers constitutionnels qui les empêchent de se représenter aux élections. Il en a été ainsi au Cameroun, au Tchad, en Angola, au Burundi, au Rwanda ou en Ouganda. À chaque fois, ces derniers, pour justifier leurs basses manœuvres, avancent des mesures comme le besoin de stabilité, la nécessité de poursuivre une chose inachevée ou encore la réponse à une demande populaire. Que ce soit par voie parlementaire ou par référendum, la finalité est la même, utiliser tous les canaux en leur possession pour briguer un autre mandat à la tête du pays.

Ancien opposant historique et premier président démocratiquement élu de cette ex colonie française d’Afrique de l’ouest, le président Condé, 81 ans, en poste depuis 2010, achève normalement son deuxième et dernier mandat en octobre 2020. Sauf que, désireux de franchir le pas d’un troisième mandat, le président sortant, qui a souvent contesté ouvertement la limitation du nombre de mandat depuis qu’il est aux fonctions, se trouve enferme dans les clous de la constitution actuelle qui l’empêche de se représenter à nouveau. Alors pour servir sa cause, et n’ayant pas assez de légitimité pour lancer une réforme constitutionnelle, il envisage, par une entourloupe que plusieurs opposants qualifie de coup d’État constitutionnel, appeler les guinéens à un référendum pour contourner l’obstacle. Pour se faire, il prend appui sur les consultations nationales engagées dans son pays sous son initiative pour légitimer par la suite le référendum en préparation.

Le nœud de la discorde

Si l’opposition guinéenne dénonce aujourd’hui le coup d’État constitutionnel en préparation et se félicite de sa non-participation aux concertations nationales organisées par le président sortant Alpha Condé, c’est parce que ce dernier avait déjà annoncé les couleurs, redoutées, qu’il n’a fait que réaffirmer lors de son passage à New York pour l’Assemblée Générale des Nations Unies. En marge de ce passage, devant ses militants et sympathisants réunis à l’ambassade pour l’occasion, le président guinéen avait lancé, par ces termes, « je vous demande de vous organiser et de vous préparer pour le référendum et les élections », un appel à ses partisans pour qu’ils se préparent pour les échéances à venir. Une allusion à un référendum sur une éventuelle réforme constitutionnelle qui figure parmi les questions que doivent trancher les concertations nationales qui ont eu lieu à Conakry.

Pour justifier alors son choix, il évoque certains chantiers lancés pendant ses deux mandats et qui méritent un aboutissement sous sa présidence, comme celui du barrage de Souapiti par exemple. Dans cette intervention de près d’une trentaine de minutes du 22 septembre 2019, où il évoque pour la première fois la question du référendum sur la constitution guinéenne, et qui a fait les choux gras des réseaux sociaux, il rappelle aussi, comme pour préparer la communauté internationale du forfait à venir, que seul peuple de guinée doit décider de son avenir. Un discours qu’il avait déjà tenu à plusieurs reprises et qui est plutôt en déphasage à ses aspirations de l’époque où il était le premier opposant du pays.

Le tremplin des consultations nationales

Le 10 septembre 2019, cette date s’inscrit comme une plaque tournante dans l’histoire de la démocratie guinéenne avec l’ouverture de larges consultations nationales qui avait été prescrites par le président de la république.  Depuis cette date, le premier ministre mandaté spécialement pour l’occasion, mène à Conakry des consultations, initiées par le président Condé. Ces concertations nationales ou larges consultations, qui devaient porter sur toutes les questions de société, avait pour thème central la constitution. Sauf que ce débat a été rejeté par les partis politiques d’opposition, en particulier les partisans du non au changement de la constitution, qui voient là, une volonté déguisée du chef de l’État de contourner les dispositions constitutionnelles lui interdisant un nouveau mandat. S’inscrivant dans ce déni du dialogue envisagé, les représentants du Front National de la Défense de la Constitution  (FNDC), dont fait partie Cello Dalein Diallo, le chef de file de l’opposition, sont rapidement montés au créneau pour poser leur véto à l’initiative et à la supercherie qui se dessine derrière.

Sur la question des législatives qui avaient créé beaucoup de remous au sein de la classe politique guinéenne, initialement prévues en mai 2018 et qui avaient été reportées sine die, elle avait été envisagée au cours de ce débat pour sortir de la polémique. Pour trancher la question du choix du calendrier, dont les délais envisagés étaient jugés trop courts pour une partie des commissaires, le premier ministre avait posé les jalons de clôture du débat sur la question. Pour lui, le débat est clos car, « de toute façon, la date des élections est fixée au 28 décembre 2019, comme l’a recommandé le président de la CENI après s’être concerté avec ses commissaires ». Interrogé par la suite sur la question du référendum qui se prépare, il s’est montré en revanche plus prudent : « je continue mon travail. Dans deux semaines, quand j’aurais mené toues les consultations, je ferais un bilan.

C’est à ce moment-là qu’une décision pourra être prise concernant la tenue ou non d’un référendum ». sauf qu’en revoyant les évènements de New York, et la teneur des propos du président, l’opposition ne craint que les jeux ne soient déjà faits, et que les consultations n’étaient qu’un moyen pour le président Alpha Condé, de se doter d’une certaine légitimité.

Article de la rédaction AFRIC

Photo credit : google image/illustration

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