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Tentative de coup d’État au Ghana : les non-dits d’une histoire rocambolesque

09.10.2019
Article de la rédaction AFRIC
L’histoire d’un supposé mariage entre les coups d’État et de l’Afrique n’est pas une utopie, elle est réelle. De la RD Congo à l’Éthiopie, en passant par l’Égypte, la Tunisie le Gabon ou encore le Cameroun, chacun de ces pays a eu son lot de coups d’État. Qu’ils se soient soldés par un échec ou une réussite, ces push ou tentatives de push ont longuement émaillé et continue d’écrire l’histoire de l’Afrique. Même le Ghana, pays pourtant considéré à juste titre par les africains et récemment encore par le président nigérian Muhammadu Buhari, comme le premier pays postcolonial à accéder à l’indépendance et premier pays africain à organiser des élections multipartites au suffrage universel, a subi la loi infernale des coups d’État depuis son passé récent jusqu’à aujourd’hui.

Décrite comme la première vraie démocratie africaine par ses pairs du continent, le Ghana, avant septembre 2019 avait connu son dernier coup d’État au soir du 31 décembre 1981 qui fut l’œuvre du capitaine d’aviation Jerry John Rawlings qui n’était pas à son premier coup d’essai.  Contrairement aux précédents coups d’État ou tentatives de coups d’État qui ont rythmé l’histoire de la démocratie ghanéenne, celui du 20 septembre 2019 s’inscrit dans une logique d’étonnement et d’incompréhension collective. Alors que le pays est considéré comme stable, les autorités vont du jour au lendemain dénoncer, via le ministre de l’information une tentative de coup d’État, restée infructueuse menée par quelques individus dont le Dr. Frédéric Yao Marc-Palm. La cible du complot avancée était alors le State House, le palais présidentiel, qui devait faire l’objet d’une attaque au moyen d’armes de fabrication locale. Sauf que jusqu’ici, plusieurs citoyens et partenaires sont restés cloîtrés dans l’imbroglio et la confusion tant la succession des faits avancés ne corroborent pas parfaitement la version du gouvernement.

Les faits douteux d’un coup d’État qualifié de « tentative de déstabilisation »

Figure d’exemple démocratique en Afrique de l’ouest, la Ghana a, d’après la voix de son ministre de l’information Kodjo Oppong Nkrumah subi, au soir du 20 septembre 2019, une tentative de déstabilisation de l’État ; tentative qu’il faut toutefois classer dans les rangs des coups d’État avortés de l’histoire du continent. Pour le ministre de l’information ghanéen, qui avait communiqué l’information, les trois suspects, notamment le Dr. Frédéric Yao Marc-Palm,  Ezor Kahui (un fabriquant d’armes) et Bright Allan Debrah Ofosu, ont créé un groupe connu sous le nom de Take Action Ghana (TAG), acronyme de Passer à l’Acte au Ghana, dont l’objectif était de mobiliser les jeunes pour « l’édification de la nation » et de les « radicaliser » contre le régime en place. D’après le ministre toujours, qui a annoncé lundi 23 septembre que les forces de sécurité ghanéennes avaient déjoué cette tentative de déstabilisation du pays, TAG,

« créé en aout 2018, avait déjà pris attache avec un certain nombre de militaires en service et les a incités à ourdir et à exécuter un complot visant à obtenir des armes ; à prendre le contrôle d’installations clés et à obtenir un financement pour faire aboutir le projet de prendre les rênes du gouvernement ».  Au gré de plusieurs armes de fabrication locales détaillées dans le communiqué du ministre qui devaient servir pour la cause, la cible du complot, bien définie, était alors le State House, le palais présidentiel ghanéen. Pour le ministre qui se félicite d’une arrestation, fruit de 15 mois de surveillance, tout commence en juin 2018 quand les services de renseignement s’intéressent alors aux activités du Docteur Marc-Palm et d’Allan Ofosu, lesquels organisent une série de rencontres suspectes obscures avec plusieurs personnalités jusqu’aux militaires en service qu’ils ont tenté de convaincre d’élaborer et d’exécuter avec eux, un complot visant à obtenir des armes, à prendre le contrôle d’installations clés et à obtenir des fonds en vue de prendre le pouvoir.

Les armes listées dans le communiqué sont six pistolets, trois grenades, 22 engins explosifs improvisés, deux chargeurs AK47, du matériel informatique, un enregistreur vocal, un passeport ghanéen obtenu avec l’aide de militaires au sein de l’armée nationale. Mais sauf que face à la non pertinence des faits, les ghanéens sont restés divisés sur cette annonce.

La réaction mitigée de la societé civile

Depuis l’annonce du ministre sur la question et les faits qui se sont succédés, les ghanéens sont plutôt étonnés, voire sceptiques. Dans les rues de Accra, cette annonce de coup d’État déjoué a du mal à convaincre notamment en raison du faible nombre d’armes découvertes ainsi que des homme censés mener à bien le projet. Là où les uns se déclarent d’une vision du gouvernement visant à maintenir la sécurité nationale devant toutes les situations, les autres moins complaisants des valeurs de l’État, réfutent cette position en demandant plus de clarté.

Pour les derniers cités, il est plus question de savoir comment trois personnes sans accès au State House peuvent prendre le lieu de pouvoir le plus gardé de la république ; les connexions avec les officiers de l’armée, la préparation d’un arsenal d’armes et d’un soulèvement populaire n’expliquant pas tout. Dans leurs rangs, l’analyste en sécurité Festus Aboagyehe, s’est par ailleurs demandé sur quelle base se sont fondées les autorités pour conclure que les suspects planifiaient de déstabiliser le pays. Il réclame des agences de communication impliquées qu’elles soient suffisamment professionnelles pour expliquer en quoi consiste exactement ce groupe. Certains analystes, plus durs encore dans leur position, comme Ibrahim ALhassan, qui dénonce le caractère peu puissant des armes saisies pour une opération d’une telle envergure, se disent étonnés de la situation car rien ne présageait qu’une telle action pourrait survenir au Ghana, un pays réputé stable. Il trouve assez curieux de voir le lien qui a été fait entre ce réseau qui est démantelé et une quelconque intention de renverser le gouvernement ou de créer une instabilité au Ghana.

La consternation au sein de l’opposition politique

Au sein de l’opposition ghanéenne, plusieurs doutes quand à la véracité de ce coup d’État animent l’entendement. Ils relèvent surtout leur curiosité d’autant plus que ces révélations, qui ont fait beaucoup d’émules et provoquées de nombreuses réactions, interviennent à un an de l’élection présidentielle. Plusieurs d’entre eux ont d’ailleurs accusé le gouvernement de vouloir exagérer l’incident et ainsi profiter de l’occasion pour museler l’opposition lors des prochaines échéances électorales. Kwame Jantuah, un député du parti de la convention du peuple (CPP) s’est même fendu d’une sortie musclée en relevant qu’il était impossible, au Ghana, de pénétrer à la présidence si facilement.

Article de la rédaction AFRIC

Photo credit : google image/illustration

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