Association for Free Research and International Cooperation

Tchad : Clair-obscur sur les législatives

10.10.2019
Article de la rédaction AFRIC
Censées se tenir cette fin d’année, les élections législatives au Tchad ont une fois de plus été reportées.Le 03 octobre 2019, le président de la Commission électorale nationale indépendante (Céni), Kodi Mahamat Bam, a fixé à l’année prochaine le déroulement de ces scrutins. C’était au cours d’un point de presse à Ndjamena. « J’observe, déclare-t-il sans donner de date précise, qu’un calendrier électoral trop contraignant et annoncé trop tardivement est une calamité pour le processus. Nous projetons l'horizon temporel réaliste de l'organisation attendue des élections législatives au premier trimestre 2020 ». Malgré cette projection, l’incertitude subsiste, car comme le précise le président de l’organe, la faisabilité de ces échéances électorales est conditionnée par des moyens aussi bien logistiques que financiers. 70 milliards Fcfa, c’est le montant à dégager, selon les autorités, pour l’organisation de ces élections.

D’où le cri de cœur de Kodi Mahamat Bam qui « exhorte en conséquence, les partenaires techniques et financiers à répondre promptement à l’appel lancé par le ministre en charge des Affaires étrangères en faveur d’un appui aux louables efforts financiers du gouvernement pour la mobilisation des ressources nécessaires à l’organisation des élections dans notre pays ».

Initialement, la Céni avait soumis au Président de la République deux « avant-projets de chronogramme » fixant l’organisation des élections législatives et locales « soit pour le mois d’avril 2020, soit pour le mois de novembre de la même année ». Une proposition rejetée par Idriss Déby par l’entremise de son Directeur du cabinet civil (Dcc), Abdoulaye Sabre Fadoul. Ce dernier avait exigé, par correspondance datée du 16 septembre 2019, que ces scrutins se tiennent « à la fin de l’année 2019 ; et au plus tard, au courant du mois de janvier 2020 », conformément aux « engagements » du président Déby, sous pressions extérieures. Un argument regretté par certains acteurs politiques de l’opposition à l’instar du président de l’Union pour le développement et le progrès, Max Kemkoye qui trouve « honteux de vouloir bâcler le processus électoral en cours pour faire plaisir à la communauté internationale ». Aussi, s’offusque-t-il « Idriss Déby s’est humilié tout en humiliant tout le Tchad. Pour le besoin ou le bon plaisir des partenaires, il veut malgré tout organiser vaille que vaille les élections ! Mais c’est un processus jalonné par une succession d’étapes qui tiennent les unes aux autres et avec un temps incompressible. Ce n’est pas en moins de 200 jours qu’on peut organiser ces élections ».

En rappel, ce n’est pas la première fois que les élections législatives sont reportées au Tchad, ceci pour diverses raisons. Les derniers scrutins du genre se sont tenus en 2011. Censée prendre fin le 21 juin 2015, la troisième législature à l’Assemblée nationale a été prorogée par une loi. Ce nouveau report est soutenu par l’opposition et de nombreux observateurs qui craignaient des élections « bâclées » si elles tenaient cette fin d’année, selon les plans d’Idriss Déby.

« On a attendu quatre ans sans élections, on peut bien attendre au minimum huit mois pour organiser les élections dans de meilleurs conditions », a réagi Succès Masra, président du mouvement politique Les Transformateurs, dans une interview à l’Agence France Presse (Afp). Cependant, beaucoup reste encore à faire pour la réussite des opérations électorales, notamment la révision du code électoral, le toilettage des listes, etc. Au Tchad, si la Céni mène le bras de fer avec l’exécutif, c’est parce qu’elle est un organe indépendant. Raison pour laquelle le responsable du Projet pour l’alternance crédible au Tchad (Pact), Abdelkerim Yacoub Koundougoumi, réitère que « la Céni n’a pas à recevoir des ordres ni du président de la République ni de notre institution ». Et d’ajouter que « ça fait quatre ans qu’on n’a pas organisé des élections. Des citoyens tchadiens, entre temps, ont atteint la majorité. Est-ce qu’il y a eu une mise à jour du fichier électoral ? », s’est-il interrogé, rejoignant Succès Masra, le leader des Transformateurs.

S’agissant du code électoral, il doit être retouché. Et ce travail incombe à la Commission relecture du code électoral, créée le 24 septembre 2019 au sein du Cadre national de dialogue politique (Cndp). Composés de sept membres dont trois issus du pouvoir, trois de l’opposition et un président, Ali Abel Kram, du parti Caméléon, allié au parti au pouvoir, le Mouvement patriotique du salut (Mps), le Cndp avait « un délai n’excédant pas 10 jours » pour rendre « les conclusions de ses travaux ». Lesquelles devraient logiquement être en conformité avec le calendrier indiqué par la Céni. Il est à noter que tout comme le Tchad, le report des élections législatives n’est pas nouveau en Afrique. Le Cameroun est également concerné par ce scrutin  parlementaire, qui serait renvoyée en février 2020 si un empêchement de plus ne se pointe à l’improviste.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit : google image /illustration

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