Association for Free Research and International Cooperation

Élections présidentielles en Tunisie, la dilution du genre féminin

09.10.2019
Article de la rédaction AFRIC
Si ce constat peut être défini comme le reflet de la tradition des pays africains et du Maghreb en particulier, qui n’accordent que très peu de place aux femmes en matière politique de droit de vote ou encore d’égalité, il faut néanmoins nuancer la réalité avec celle de la Tunisie qui apparaît comme le pays de la région qui a connu les plus grandes avancées notoires en la matière.

Contrairement à la tendance supra masculine qui a toujours caractérisé et dominé l’atmosphère politique du pays, pour cette année 2019, les indices étaient réunis pour que les deux femmes en lice, Selma Elloumi et Abir Moussi tirent leur épingle du jeu malgré le fait que le patriarcat a toujours été têtu. Avec ces deux femmes, bien qu’on ait retenu une représentation  numérique inférieure aux perspectives escomptées et des résultats mitigés, il faut néanmoins relever que les idées étaient pourtant arrêtées. Abir Moussi, la plus plébiscitée des deux dans les sondages, et que ces derniers plaçaient parmi les cinq premiers candidats, avocate à la cour de cassation du pays, préside depuis le 13 août 2016 le parti Destourien Libre. Avec son cheval de bataille axé sur une rhétorique très anti-islamiste, hérité des idéologies de l’ancien président Ben Ali, elle apparaissait la plus crédible. Salma Elloumi Rekik quant à elle, étant l’une des fondatrices du parti Nidaa Tounés, a été ministre du tourisme et directrice du cabinet présidentiel.

À l’élection, elle s’est présentée sous l’étiquette de « El Amal », une nouvelle formation politique qui s’appuie sur l’héritage réformiste moderniste tunisien, attaché aux réalisations de l’État de l’indépendance et en faveur de la consolidation de la démocratie, du pluralisme et de la liberté de la presse et de tous les acquis obtenus après le 14 janvier 20011.

La stigmatisation de la gente féminine politique

En Tunisie comme partout ailleurs dans le Maghreb, beaucoup de femmes politiciennes qui osent franchir le pas sont victimes de stigmatisation caractérisée sous forme de violence verbale et psychologique. Cette situation, qui a contribué à refroidir plus d’une, peut démontrer de l’ampleur de l’impact quand on sait que malgré l’existence des lois les protégeant, et des sanctions y afférentes, nombreuses sont toujours réfractaires. Hella Ben Youssef, vice-présidente du parti tunisien Ettakatol et tête de liste pour les législatives, s’est pourtant engagée depuis la révolution dans la lutte pour la cause et, parallèlement, elle invite constamment les femmes, non pas seulement à être tête de liste, mais à accéder à des postes de décision stratégique au sein des partis. Elle ne manque pas d’ajouter que malgré le système patriarcat profondément ancré dans la société qui favorise leur dilution, les femmes doivent prendre appui sur les sanctions introduites par l’ISIE contre la violence politique dans la loi électorale et la violence de genre dans le contrôle et l’observation des élections pour sortir des sentiers battus.

Pour finir, elle invite les administrations à prendre plus de responsabilités en déclarant : « on subit forcement de la violence verbale ou psychologique quand on fait de la politique. Nous avançons en introduisant des quotas minimums dans les partis par exemple, mais il n’y a pas encore un engagement naturel en politique pour les femmes »

Une représentation numérique inférieure aux perspectives et des résultats mitigés

Même si les résultats du premier tour du 15 septembre 2019 n’ont laissé que peu de place aux deux femmes en lice dans ce sens qu’aucune des deux n’est arrivée parmi les huit premiers, plusieurs autres personnes déplorent le faible taux de représentativité féminine. Pour ces derniers, la mobilisation aurait été plus grande si plus de femmes avaient pris part aux échéances électorales en tant que candidate. Bochra Belhadj Hmida, avocate et présidente de la Commission des libertés individuelles et de l’égalité (Colibe), n’a pas manqué de dire son regret de la situation en relevant, qu’elle aurait aimé voir dans cette élection d’autres femmes qui incarnent vraiment la femme tunisienne en dehors des deux seules Abir Moussi et de Salma Elloumi Rekik.

En dehors  du faible taux de représentativité féminin, on note également une diminution considérable du taux de participation même si les indices concordants font état d’une masse de femme importante inscrite dans les listes fort comparativement à la proportion masculine. Alors que des sept millions de citoyens appelés à aller aux urnes, on a relevé une participation de 45,02%, très inférieur aux 64% qui avaient été observés au premier tour de 2014, il faut relever le contraste selon lequel les femmes inscrites sur les listes électorales étaient plus nombreuses que les hommes avec un taux de 54% de nouveaux inscrits sans que cela ne fasse un réel effet sur les résultats des deux en lice. Il faut également ajouter la précision selon laquelle douze autres femmes avaient déposé les dossiers de candidature, qui n’ont pas été validés par l’Instance Supérieure Indépendante pour les Élections (l’ISIE) contre 45 candidatures masculines. Parmi elles, des représentantes de la société civile, des femmes d’affaires ou des universitaires.

Depuis toujours, le vote féminin en Tunisie a constitué une inconnue. Même si les femmes inscrites sur les listes électorales sont plus nombreuses que les hommes en 2019, cela ne signifie pas pour autant que leur vote est acquis à leurs congénères. Cette situation est due parfois à plusieurs facteurs intrinsèques qui font que les femmes ne séduisent pas en politiques ou ne s’exportent grandement. En 2014 déjà, un million d’entre elles étaient allé voter pour l’ancien président Béji Caïd Essebsi qui avait su séduire l’électorat féminin. Outre cette mesure, la participation des femmes reste l’un des enjeux de l’élection présidentielle en Tunisie. Mais si leurs voix peuvent servir à faire basculer le scrutin, les dernières démarches de sensibilisation sur le terrain témoignent d’un manque d’intérêt des femmes pour le vote.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit : google image/illustration

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