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Cameroun : Grand dialogue national, que retenir de la grande palabre

08.10.2019
Article de la rédaction AFRIC
Le grand dialogue national convoqué par le président Paul Biya pour trouver une issue à la crise dans les régions anglophones du pays, s’est achevée le 04 octobre 2019. Pendant cinq jours d’intenses réflexions, de débats houleux parfois dans une ambiance surchauffée, les camerounais se sont parlés. Ce dialogue inclusif aux allures de conclave familial, a donné l’opportunité à des citoyens réunis en comités de débattre sur des sujets pas uniquement relatifs aux revendications des anglophones mais également d’intérêt national. Au total huit commissions ont été constituées pour ces travaux animés par 700 délégués venus de toutes les dix régions du pays et de la diaspora.

Les discussions ont porté sur des points essentiels notamment le bilinguisme, la diversité culturelle, la cohésion sociale, le système éducatif, le système judiciaire, la décentralisation, le développement local, la reconstruction et le développement des régions en crise, le retour des réfugiés et des personnes déplacées , le désarmement, démobilisation et réinsertion des ex combattants et le rôle de la diaspora dans la crise et le développement du pays . Ces assises qui ont réuni autour d’une même table les fils et filles du Cameroun, se sont déroulées sans ingérence étrangère. Au-delà de l’implication d’illustres personnalités des milieux politiques, culturels, traditionnels, religieux et économiques, la présence des anciens combattants des groupes armés qui sévissent dans le NOSO a donné une portée symbolique à ce conclave.

Le pardon des ex combattants

C’est aux repentis de la crise dans les régions du Nord-ouest et du sud-ouest, qu’a été donné le privilège de planter le décor au Palais des congrès de Yaoundé lors de l’ouverture des assises nationales. Devant le parterre d’invités et de personnalités présents, c’est à l’unisson qu’ils ont chanté parés des couleurs du drapeau tricolore, l’hymne national du Cameroun. Un moment fort en émotion, signe d’un retour vers la mère patrie.

Pendant le premier jour du dialogue, les ex combattants se sont succédés à visage découvert à la tribune au côté du premier ministre venu souvent les encourager pour demander pardon au peuple camerounais et raconter dans les détails, leur aventure au sein du groupe sécessionniste. Ces prises de paroles ont été l’occasion pour certains d’expliquer à l’auditoire, le désespoir les ayant poussé à rejoindre la rébellion. Dans leur plaidoyer, ils ont invité le gouvernement à prendre des mesures pour offrir de meilleurs perspectives d’avenir aux jeunes vivant dans les deux régions anglophones selon eux marginalisées. Ces mea culpa empreints d’émotions ont été salués par de nombreux acteurs de la scène politique camerounaise dont l’honorable Patricia Tomaïno Ndam Njoya député UDC pour qui l’ensemble des camerounais devrait suivre l’exemple des ex- combattants en faisant une évaluation de conscience sur ses responsabilités dans cette crise. Bello Bouba Maigari, le président de l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP) se réjouit également de la présence des ex « amba boys » qui tout comme les camerounais de la diaspora, ont répondu présent à l’appel du chef de l’Etat.

 La présence de la diaspora

La diaspora camerounaise très impliquée à travers les réseaux sociaux sur les sujets d’ordre socio politique et économique du pays, a également été invitée à prendre part au Grand débat national initié par le président Paul Biya. Dans son adresse du 10 septembre, le dirigeant camerounais avait invité ses compatriotes vivant à l’extérieur du pays à saisir cette « opportunité historique » pour contribuer au développement du pays. Si leur contribution est demandée pour la construction d’un meilleur Cameroun, les fils et filles vivant hors du terroir ont aussi des exigences qu’ils ont fait parvenir par le biais de la commission qui leur a été délégué. Parmi ces revendications, la création d’un ministère qui leur est propre pour résoudre les problèmes qu’ils rencontrent dans leur pays d’accueil et la création d’un fond d’investissement. Leur commission a également saisi cette opportunité pour exposer les difficultés rencontrées lorsqu’ils veulent investir au pays. Pendant les assises, les membres de la diaspora ont aussi discuté des mesures à prendre pour travailler en synergie afin d’éviter la dispersion qui émane de la création de différentes associations à travers le monde.

Le débat houleux sur la forme de l’Etat

Parmi les moments les plus attendus à ce conclave, le débat sur la forme de l’Etat opposant d’un côté les pro fédéralisme et de l’autre ceux militant pour une mise en place effective de la décentralisation. Le retour au fédéralisme à deux Etats défendu par l’opposant historique John Fru Ndi a été botté en touche par une bonne partie des membres de la commission chargée de la décentralisation et du développement local qui estiment qu’elle ouvre la voie à la sécession. Pourtant pour le fondateur du Social Democratic Fron, originaire de la région du Nord-ouest, cette forme de l’Etat aboli en 1970 est à même de satisfaire les exigences des anglophones marginalisés selon lui depuis l’adoption il y a 47 ans de l’Etat unitaire.

Bien que d’accord pour une mise en place de la décentralisation, les personnes en faveur de ce mode de gouvernance ont eu du mal à accorder leur violon. Pour certains au-delà de son accélération une réelle autonomie devant permettre aux communes de se développer par le transfert de ressources financières aux collectivités locales s’impose. La commission dirigée par l’ancien ministre Philip Ngole Ngwesse a également fait l’objets de moult critiques de par l’hyper représentativité des membres du parti au pouvoir. Un handicap qui pour plusieurs n’a pas permis d’ouvrir le débat mais a plutôt transformé les discussions en un monologue hypocrite avec des résolutions ficelées à l’avance pour pérenniser les mêmes vielles méthodes.

D’autres points plus ou moins attendus se sont invités aux assises, notamment l’épineuse question sur le franc CFA, mise sur la table de discussion par l’association professionnelle des établissements de crédit du Cameroun (APECCAM), pour qui le problème camerounais est aussi d’ordre économique.

Des propositions faites, le point le plus retentissant au terme de ce Grand dialogue national est l’accélération de la décentralisation avec un statut spécial pour les régions anglophones. Les décisions surprises du président faisant état de la libération de 333 détenus arrêtés dans le cadre de la crise anglophones et l’arrêt de poursuites judiciaires à l’encontre de certains leaders et militants politiques ont permis de clore en beauté

ce grand conclave qui de l’avis de certains reste un rendez-vous historique qui obéit au-delà des couacs qui l’on emmaillé à la logique instaurée par les pères fondateurs réunis en 1961 lors de la conférence de la réunification. Celle du dialogue et de la concertation comme méthode appropriée pour unir. Il revient maintenant au président Paul Biya initiateur de ce dialogue, d’envisager l’avenir en prenant en considération les différentes propositions faites durant ce conclave.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit: google image/illustration

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