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Libération de Maurice Kamto, quelle suite pour le parti ?

06.10.2019
Article de la rédaction AFRIC
Le professeur Maurice Kamto enfin libre ! Le président Biya qui avait ordonné quelques heures après la clôture du grand débat national de l’arrêt des poursuites judiciaires contre des responsables et militants de partis politiques est passé de la parole à l’acte. Après neuf mois passés derrière les barreaux, le fondateur du Mouvement pour la renaissance du Cameroun et ses co détenus ont pu être libérés. En plus de cette remise en liberté Maurice Kamto bénéficie d’un coup d’éponge qui va lui permettre de continuer en toute tranquillité ses activités politiques puisque cette période d’incarcération ne sera pas mentionnée dans son casier judiciaire.

La libération des prisonniers politiques et des activistes impliqués dans la crise anglophone venus clore la grande concertation nationale, n’était pas à l’ordre du jour des sujets retenus pour le Grand débat national. Elle a néanmoins été évoquée à maintes reprises puisqu’elles faisaient partie des attentes de certains délégués ayant pris part à ce conclave. Apres l’acte de clémence du chef de l’Etat perçu par de nombreux camerounais et observateurs internationaux comme un geste d’apaisement pour le pays et une étape constructive vers la réduction des tensions politiques, des interrogations demeurent quant à la suite. Notamment la ligne de conduite qu’adoptera le MRC reconnu pour ses positions de surenchère et surtout le rôle qu’il sera amené à jouer au lendemain des concertations nationales qui ont permis de mettre en commun des idées qui vont définir la conduite à suivre sur l’échiquier politique du pays.

Absent du Grand dialogue national

La crise anglophone qui a débuté il y 03 ans a détérioré la situation sécuritaire au Cameroun déjà marquée par les assauts au nord de Boko Haram. A ce climat délétère s’est ajouté un contexte politique devenu tendu suite aux contestations post électorales du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) dont plusieurs membres influents et sympathisants ont été arrêtés. En ordonnant l’arrêt immédiat des personnes détenues pour avoir pris part à des marches qualifiant de hold up électoral le verdict de la dernière présidentielle, le président Paul Biya a justifié son geste par sa volonté de promouvoir un climat de paix, de fraternité et de concorde entre les frères camerounais au lendemain du grand dialogue national dont le parti de Maurice Kamto a brillé par son absence.

Pour rappel le MRC n’a pas pris part à ces assises convoquées par le président Paul Biya et piloté par le premier ministre, chef du gouvernement Joseph Dion Ngute. Le parti formé par Maurice Kamto avait conditionné sa présence à ces concertations par la libération de son principal leader, de ses sympathisants et militants ainsi que des personnes arrêtées dans le cadre de la crise anglophone. Le Mouvement pour la renaissance du Cameroun avait également exigé une amnistie pour les chefs séparatistes dont le président autoproclamé d’Ambazonie Sisuku Ayuk Tabe   qui est sous le cout d’une condamnation à vie. Parmi ces exigences figuraient également la désignation d’une personnalité neutre pour conduire le Grand dialogue national.

 Quelle ligne de conduite pour le MRC ?

Au lendemain de l’acte de magnanimité du chef de l’Etat, les conditions entourant cette décision vont bon train. Le Magazine Jeune Afrique est allé de son analyse en soutenant qu’il est le fruit d’âpres négociations avec le pouvoir en place. D’autres sources font état d’une pression internationale exercée sur le dirigeant camerounais. Sur le terrain le rôle du parti fondé par l’ex ministre de la justice est attendu. Va-t-il jouer la carte de l’apaisement, lui dont les relations avec le pouvoir en place ont souvent été houleuses.  Quelle sera sa pierre à l’édifice dans un Cameroun résolu à en finir avec une crise qui en trois ans a causé la mort de plus de 3000 âmes, ralenti l’économie de deux régions, contraints de nombreux élèves à l’abandon de leurs études et des milliers de personnes à l’exode forcée.

Ces interrogations restent fondées lorsqu’on sait que la contestation du verdict de la présidence dont Maurice Kamto s’est proclamé vainqueur a contribué à détériorer la situation socio politique au Cameroun. La frustration des membres du parti suite à l’arrestation et à l’incarcération de certains membres influents et sympathisants a donné lieu à une crispation qui a trouvé son essor au sein des réseaux sociaux devenu le lieu par excellence des duels verbaux parfois d’une violence rare entre pro MRC et sympathisants du régime en place. Au sein du parti, certains militants jugent qu’il serait bon pour l’imminent professeur en droit, de prendre ses distances avec certains alliés, proches conseillers et personnages sulfureux dont les prises de positions jugées trop radicales pourraient porter à mal les idéaux prônés par le parti.

L’entrée au sein de l’opposition camerounaise de Maurice Kamto ne s’est pas fait sans fracas de verre. Accusé par ses détracteurs d’avoir fait de l’ombre aux autres opposants par sa revendication de la victoire à la présidentielle, le leader du MRC doit affuter ses armes pour les prochaines joutent notamment les municipales prévues en février 2020 qui pourront redéfinir la carte politique du pays dont le Social Democratic Fron (SDF) reste le premier parti de l’opposition en matière de représentativité au sénat, au parlement et au sein des municipalités.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit : google credit/illustration

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