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Éthiopie, les relents du fédéralisme ethnique comme système politique

06.10.2019
Article de la rédaction AFRIC
La question des modèles de gouvernance et d’administration depuis très longtemps a toujours posé des problèmes sur le continent africain. Depuis l’avènement de la démocratie sur le continent et de ses différents moyens d’expressions, les problèmes n’ont pas pour autant cesser de naître. Mieux que ça, les multiples adaptations de la gouvernance du peuple, par le peuple et pour le peuple continuent de trouver des limites face à la nature composite de l’espace ethnique, linguistique et politique africain. Que ce soit au Congo, au Cameroun ou en encore en Éthiopie, où les diversités culturelles et ethniques sont nombreuses, le problème se pose davantage. Si au Cameroun aujourd’hui, il pose sur la table le questionnement de la forme de l’État avec la crise dite « anglophone », en Éthiopie, dans les années 90 il avait abouti à un fédéralisme ethnique écartelé par de multiples faiblesses qui contribuent à l’accroissement des problèmes de management et des violences internes rencontrées dans le pays.

Pour résorber les problèmes de gouvernance qui mettaient en ébullition le pays et qui provoquaient chaque fois des violences intercommunautaires, l’Éthiopie avait opté pour un fédéralisme ethnolinguistique. Ce système qui puise sa source dans le corpus idéologique de la Russie communiste des premières années de la révolution de 1917 et des débats sur la représentation des nationalités, n’a pas suffi à endigué la vague de violences qui provoquent chaque jour une masse considérable de déplacés internes dans le pays.

Deuxième plus grand pays d’Afrique avec une superficie de 1,1 million de kilomètres carrés et une population estimée à 93 millions d’habitants, le pays des « négus », qui s’était mué depuis les années 2000 en championne africaine de la croissance économique, a réussi l’exploit malheureux de se hisser sur le toit du monde avec un autre record moins glorieux : celui du pays comptant le plus de déplacés internes, en Afrique et dans le monde. Avec une augmentation de près de 100% de son nombre de déplacés internes en 2018 qui était jusque-là estimé à 1,6 million de personnes, le système de gouvernance du pays basé sur le fédéralisme ethnique doit être questionner au vue des multiples relents qu’il traîne aujourd’hui.

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 La genèse d’un échec qui questionne

Pour comprendre la genèse de cet échec, il faut remonter aux origines du système politique de ce pays plurilingue et pluriethnique, qui abrite une variété complexe de nations, de nationalités et de peuples, caractérisés par une diversité de groupes linguistiques, de coutume et de cultures. Après le renversement en 1991 du régime militaire et autoritaire de Mengistu Hailé Mariam surnommé le « Derg », les partis politiques d’opposition, réunis autour d’un front commun appelé le Front Démocratique Révolutionnaire du Peuple Ethiopien (FDRPE) voulait élaborer le meilleur système de gouvernance possible qui devait prendre en compte chacune des composantes du pays en impliquant toutes les ethnies du pays. Sauf que malgré des intentions louables et la rédaction d’une nouvelle constitution en 1994, le problème n’a pas été entièrement résolu du fait de la fourberie de certains leaders de partis politiques.

Posant les bases d’une administration tribale autonome de chacune des régions du pays par la communauté y dominante, ce système qui semblait pourtant être la solution aux revendications historiques des peuples éthiopien commencera à montrer ses limites quelques années seulement après sa mise en place. Au lieu de conduire vers l’unité nationale nécessaire pour la survie de tous, il facilitera plutôt la montée en puissance des mouvements ethno-nationalistes, avec en prime la monopolisation des principaux  postes de responsabilités par l’ethnie tigréenne représentée dans la coalition par son parti politique le Front de Libération du Peuple Tigré (FLPT), pourtant minoritaire représentant 6% de la population seulement. Cette situation, peu à peu va créer un gouffre et accroître les divisions déjà présentes jusqu’à déboucher sur des violences intercommunautaires et des multiples déplacements internes de populations.

L’accroissement des violences internes

Tout comme le modèle russe qui a évolué, le modèle éthiopien doit suivre le pas et se détacher des positions d’antan des États centralisateurs hérités de la colonisation qui conduisent presque tous aujourd’hui à un échec des politiques publiques sur le continent. Avec les récentes violences du 22 juin dernier dans la région d’Amhara qui avaient donné lieu à une tentative de coup d’État, les autorités doivent comprendre qu’il va falloir traverser le cap du fédéralisme ethnolinguistique stricto sensu qui apparait comme dépassé. L’amplification des violences entre les communautés, qui avait conduit en 2018, à un quota de plus 3 millions de déplacés internes avait pris corps dans les affrontements en mai 2017 entre la communauté Gumuz et la communauté Amhara où plusieurs membres avaient trouvé la mort. Les affrontements inter-ethniques s’étaient par la suite étendus en fin 2017 entre les Oromos et les Somals dans la région d’Oromia.

Ces affrontements avaient achoppé sur la constatation de plus de 61 décès. Les chiffres sur le nombre de mort ne traduisent pas à suffisance l’ampleur du désastre puisqu’on dénombre plus de 700 000 personnes qui avaient dû fuir leurs foyers pour se réfugier dans les zones intérieures du pays en raison des conflits perpétuels entre les peuples Gedeo et Gudji. Bien plus encore, les Oromos qui apparaissent comme l’ethnie la plus grande du pays avaient enregistrés plus de de 200 000 expulsions dans la région occidentale de de Benishangul qui est majoritairement peuplée des Gumuz.

La nécessité de reformation du système

Pour continuer d’enregistrer les meilleurs scores sur le plan de la croissance dans le continent, l’Éthiopie doit impérativement réformer son système politique qui, aujourd’hui promeut beaucoup plus les violences que les investissements.

Le professeur Yohannes Gedamu, enseignant de sciences politiques à l’université de Georgia Gwinnett, le précise clairement lorsqu’il soulève de manière explicite qu’il faut indéniablement procéder à un changement constitutionnel pour remédier aux problèmes du pays. Pour lui, seule cette solution pourra permettre de modifier les articles qui ont enraciné les divisions ethniques dans la société éthiopienne.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit :google image/illustration

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