Association for Free Research and International Cooperation

Mariage obligatoire au Burundi, top ou flop ?

05.10.2019
Article de la rédaction AFRIC
Dans la société africaine, le mariage, plus qu’un contrat ou une institution occupe une grande valeur traditionnelle. Dans les pays de l’Afrique de l’Est, qui conservent de grandes valeurs culturelles, la pesanteur a rendu l’union de deux personnes encore plus importante. Si dans les pays de cette sous-région comme ailleurs des personnes ont toujours eu la liberté de s’unir selon leurs bons termes et leurs choix, la réalité est désormais différente au Burundi. Dans ce petit pays de l’Afrique de l’Est de 11 millions d’habitants environ, situé entre la République Démocratique du Congo et la Tanzanie, le mariage est devenu obligatoire pour les couples vivant en concubinage. Y vivre en union libre est désormais illégal et c’est le président de la république, lui-même, qui a rendu l’annonce officielle.

Lors de son allocution à la nation le jour de la fête internationale du travail, le président Burundais, Pierre Nkurunziza, par une formule qui a précédé un décret, rendait le « oui » désormais obligatoire. Plus question que des personnes, dans ce pays, vivent en marge de la feuille de route de « moralisation de la société » visant à lutter contre la polygamie et la démographie galopant. Prenant appui sur cette coloration, le président burundais, le 1er mai 2015, fixait le cap  en déclarant qu’il faut que « d’ici le 31 décembre 2017, tous les ménages au Burundi soient légalisés pour éviter les problèmes, surtout pour les femmes et les enfants ». Pour permettre l’application stricte de cette mesure, qui viole clairement les droits humains des citoyens, une police conjugale, spécialisée dans la traque des ménages de concubins a même été mise sur pied. Sauf que deux ans après son implémentation, des interrogations apparaissent toujours, alternant entre réussite et échec de cette loi.

Moralisation de la société et mise sur pied de mesures contraignantes

Déjà annoncée en août 2013 dans la croisade morale du gouvernement burundais, l’objectif de moralisation de la société invoqué pour justifier cette loi apparait de prime abord comme la solution qui doit permettre d’éradiquer les « maux » qui gangrènent le pays tels que l’explosion démographique, les grossesses précoces ou encore la polygamie. Afin de raviver le patriotisme burundais pour une société basée sur des valeurs dites « positives », cette nouvelle mesure sur les mariages obligatoires a été inscrite dans un plan plus global de réécriture du roman national initié en août 2013 : faire renaître les valeurs d’ « Ubuntu » qui auraient totalement disparues de la société. Concentrées autour des valeurs de dignité et d’humanité, cette mesure dans son principe, jugée salutaire, devait alors permettre de lutter contre la polygamie qui apparaît aux yeux du gouvernement de Nkurunziza comme une véritable épine pour la société. Les quelques premiers résultats qui ont suivi ont alors permis de faire reconnaître par la loi, les deuxièmes et troisièmes femmes qui n’étaient jusqu’ici pas reconnus.

Dans ce même sillage, le gouvernement a promis une épuration complète des mariages illégaux avec désormais, une organisation des mariages de masse. Pour permettre à cette mesure que le gouvernement juge salutaire malgré les non-dits qui existent autour des mesures contraignantes ont même été adoptées.

Pour rendre la mesure effective, les autorités qui ont promis aidé les populations avec l’organisation de mariages de masse, ont décidé de lister tous les couples illégitimes qui ne seront pas passés devant le maire jusqu’au 31 décembre 2017. Le gouvernement a aussi promis d’infliger des amendes à tous ceux qui refuseront de se dire « oui » d’ici là. Ces sanctions pour les amoureux réfractaires s’élèvent à 50 000 FBu soit 22 euros. Cette somme représente une véritable fortune pour les burundais dont le salaire moyen s’élève à 18 euros par mois. Sauf que au-delà de cette pénalité financière, ce sont surtout les femmes et les enfants nés de ces unions « illégales » qui seront touchés. L’accouchement ne sera plus pris en charge et les enfants n’auront plus accès à une éducation et à des soins médicaux gratuits. Tout ce qui fait penser que cette mesure s’avère plus être un flop qu’autre chose.

 Division profonde de la société et violation des droits de l’homme

La décision d’imposer le mariage au sein de la population burundaise a apporté de nombreuses divisions de cette société aujourd’hui. Pour Florent Geel, directeur du bureau Afrique de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH), ces unions de masse, loin de ceux avancés par le gouvernement, ont un double objectif. En plus de semer des divisions autour des foyers et communautés, le gouvernement, qui est dans le besoin d’argent, organisent ces mariages pour permettre une rentrée financière.  Non loin de là,  une autre approche sécuritaire est avancée puisque ces mariages vont permettre de retracer les liens dans les familles pour assurer une pression constante sur les populations en cas de troubles.

En dépit de cette volonté déguisée du gouvernement, on note aussi aujourd’hui une montée en puissance des fractions appelant au viol des personnes qui feraient opposition à cette loi. Le haut-commissariat des Nations Unies, en avril 2018, avait d’ailleurs appelé à une surveillance de près de la situation dans la mesure où c’est principalement la jeunesse du parti au pouvoir, instrumentalisée, qui dans sa ligne d’actions fait la propagande par des chants d’appel au viol des opposants. L’autre dérive de cette loi est celle qui résulte de la situation de personnes vivant déjà avec plusieurs femmes. Face à la réoccupation des maris qui doivent choisir une seule de leurs conjointes comme épouse, les responsables des bureaux communaux annoncent que désormais le choix doit porter uniquement sur la première femme, pour éviter que les polygames ne choisissent dans l’ensemble que la deuxième femme, souvent plus jeune et plus belle ; ce qui est une hérésie.

Dans ce même lot de défiances, la loi portant obligation du mariage au Burundi provoque également une grande violation des droits de l’homme puisque plusieurs burundais et ONG locales voient dans celle-ci une atteinte à leurs libertés individuelles. Pour eux, le pouvoir n’a pas le droit de s’en prendre à des adultes qui ont décidé librement de vivre ensemble sans être mariés. Que faire dans ce cas du paiement de la dot qui symbolise généralement les liens du mariage en Afrique ? Le gouvernement a-t-il prévu des moyens financiers d’accompagnement pour permettre aux burundais de s’acquitter de cette formalité ? En l’occurrence non. Ce qui représente un gros flop.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit: google image/illustration

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