Association for Free Research and International Cooperation

Racisme dans les stades européens, le phénomène perdure

01.10.2019
Article de la rédaction AFRIC
Les abus racistes sont le lot des joueurs d’origine africaine dans les stades européens. Malgré les campagnes de sensibilisations et les mesures prises par les instances dirigeantes du football, le phénomène perdure. L’une des dernières actualités ayant défrayé la chronique est celle concernant le footballeur d’origine congolaise Romelu Lukaku. L’international belge a été victime de cris de singe de la part de supporters de Cagliari lors de la deuxième journée du championnat italien. La nouvelle recrue de l’Inter Milan transféré durant le mercato estival pour un montant de 78 millions d’euro en provenance de Manchester United a dénoncé ce geste en invitant les italiens à combattre ce fléau s’ils veulent attirer dans leur championnat des joueurs de renom. Avant Lukaku, Mario Balotelli, Samuel Eto’o et Blaise Matuidi parmi tant d’autres ont également été victimes en Italie de ce fléau qui est un véritable phénomène profond dans le football européen.

Manque de législation forte

Fréquent en Italie, le racisme est également présent dans d’autres pays d’Europe tels que la France, l’Angleterre et l’Espagne. Des pays dont le championnat de football est relevé et qui accueillent chaque année des footballeurs de tous horizons.  Cependant de l’avis de plusieurs joueurs professionnels, le manque de mesures fortes rend difficile la lutte contre ce fléau et contribue à pérenniser le mal. En Italie où la fédération de football est accusée de laxisme face à la fréquence d’actes discriminatoires et comportements racistes à l’endroit des joueurs, la Juventus de Turin et l’Inter Milans ont été frappés l’année dernière, de sanctions à la suite de chants racistes indexant le défenseur sénégalais Kalilou Koulibaly. Le premier club a été frappé d’une amande de 10000 euro et de la fermeture d’une tribune pour un match, tandis que l’autre a écopé de deux matchs à huis clos.

Des actes jugés insuffisants puisque que le racisme dans les gradins reste d’actualité. A la suite des évènements survenus en Italie à l’encontre de Romelu Lukaku l’ex international français Lilian Thuram dans les colonnes du quotidien sportif l’équipe, n’est pas aller par le dos de la cuillère pour dénoncer « « l’hypocrisie » des dirigeants du football italien. Selon lui, il y a une sorte de manque de volonté à résoudre ce problème qui est bien réel dans les grands stades européens.

« Il faut prendre conscience que le monde du foot n’est pas raciste, mais qu’il y a du racisme dans la culture italienne, française, européenne et plus généralement dans la culture blanche. Il est nécessaire d’avoir le courage de dire que les blancs pensent être supérieurs et qu’ils croient l’être. »

Victime durant sa carrière professionnelle de racisme dans les stades, l’ex international camerounais Samuel Eto’o, dans le documentaire d’Olivier Dacourt intitulé « Je ne suis pas un singe », propose comme solution pour endiguer le phénomène, que tous les joueurs de couleurs cessent tout simplement de jouer en cas d’actes discriminatoires.

« La mesure forte à prendre, ce serait que tous les joueurs de couleurs ne jouent pas. Beaucoup de gens vont perdre de l’argent ! Et quand tu touches la poche de quelqu’un, je peux te dire qu’il va trouver des solutions. »

Le triple vainqueur de la ligue des champions qui a fait les beaux jours du championnat espagnol avant sa virée en Italie, puis en Angleterre, regrette cependant l’attitude trop complaisante de certains joueurs de couleurs face au racisme dans les stades européens. Désireux de réunir des grands joueurs africains autour d’actes de dénonciation, l’attaquant camerounais avoue avoir été refroidi par le manque d’engagement de certains. Une mentalité de « nègres de maison » qui selon lui ne contribue pas à changer les mentalités. L’avis d’Eto’o est partagé par l’international sénégalais Demba Ba qui reconnait n’avoir jamais songé à évoluer dans le championnat italien en raison du racisme qui prévaut dans les gradins. L’ancien joueur de New Castel à la suite des évènements survenus à Cagliari contre Lukaku, invite tous les joueurs noirs à déserter le championnat italien. Un geste fort qui selon lui aura le mérite d’inquiéter les officiels du football dans ce pays.

Des sanctions fortes s’imposent

Les entraineurs peuvent également faire changer l’état des choses en s’impliquant dans ce combat. Carlos Ancelotti lors de la dernière saison du championnat italien a menacé à la suite d’actes racistes à l’encontre du sénégalais Kalilou Koulibaly de faire quitter ses joueurs du stade si certains venaient encore à faire l’objet de dérives racistes durant les rencontres. En 2014, Patrick Viera alors coach des U21 de Manchester City est passé à l’acte lors d’un match disputé par ses poulains en Grèce.

Si la fédération italienne de football est constamment indexée pour son manque de sérénité, en Angleterre le mal est traité directement par les clubs qui n’hésitent pas à bannir les supporters coupables de racisme. La fédération anglaise de football compte aller plus loin en envisageant des enquêtes plus sérieuses et approfondies pour des dérives comportementales à but raciste. En France le phénomène a également reculé grâce à une riposte plus dure qui implique des sanctions judiciaires, le bannissement dans les groupes de supporters de certains membres, l’interdiction d’accès au stade ou encore d’abonnement de personnes reconnues coupables d’actes racistes.

Le racisme dans les stades en Europe est une réalité. L’UEFA l’instance faitière du football européen est également indexée.  Malgré la diffusion de spots publicitaires lors des grandes rencontres, et l’adoption d’un texte attribuant à l’arbitre le droit d’arrêter, de suspendre ou d’abandonner une rencontre si l’acte raciste est gravi cime, la multiplication des faits est réelle et les arrêts de match rarissime. Les joueurs d’origine africaine qui sont de plus en plus nombreux dans les championnats européens, représentent une plus-value grâce à leurs performances sur le terrain. Le football européen gagnerait à revoir les procédures disciplinaires devant sanctionner les incidents racistes et discriminatoires dont ils sont constamment victimes.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit : google image/illustration

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