Association for Free Research and International Cooperation

Jacques Chirac et l’histoire tumultueuse d’une nouvelle France-Afrique

27.09.2019
Article de la rédaction AFRIC
Dans le paysage des présidents français qui se sont succédé, figurent des présidents qui ont marqué l’histoire des relations diplomatiques entre l’ancien colon et les pays africains. Parmi ces derniers, nombreux sont ceux qui ont consacré beaucoup de temps et d’énergie pour se faire adouber par les dirigeants africains en orientant davantage la françafrique dans un rapport de préservation d’intérêts faisant fi des souffrances et des maltraitances endurées par les populations. En bon ou en mauvais, et même parfois en combinant les deux, ils ont laissé une trace indélébile dans le pré carré africain. L’un des plus connu d’entre eux, si ce n’est celui qui a été le plus aimé des présidents du continent a été Jacques Chirac, que plusieurs ont vite fait de surnommé « Chirac l’Africain » en référence à l’ « amour » qu’il portait au continent, à son esthétique et à ses peuples.

Cette partie du président Chirac, qui donnait à un amour du continent africain, lui avait fait répondre de façon véhémente, au soir d’un jour du mois de janvier 2001, lors du 21e sommet France-Afrique à Yaoundé au Cameroun, à une lettre sévère de l’épiscopat français qui lui demandait de prendre ses distances par rapport à des régimes africains qui pratiquaient la fraude électorale, la confiscation des ressources , l’emprisonnement et parfois l’élimination physique. D’une déclaration restée célèbre jusqu’aujourd’hui, il articulait alors en ces mots : « nous avons saigné l’Afrique pendant quatre siècles et demi. Ensuite, nous avons pillé ses matières premières ; après, on a dit : ils (les africains) ne sont bon à rien. Au nom de la religion, on a détruit leur culture et maintenant, comme il faut faire les choses avec plus d’élégance, on leurs pique leurs cerveaux grâce aux bourses. Puis, on constate que la malheureuse Afrique n’est pas dans un état brillant, qu’elle ne génère pas d’élites. Apres s’être enrichi à ses dépens, on lui donne des leçons ».

Pourtant en dépit de ce bon-vouloir affiché pour la cause du continent, l’histoire d’amour entre celui qui est décédé ce jeudi 26 septembre 2019 à l’âge de 86 ans, président de la France entre 1997 et 2005 et l’Afrique a été marquée d’un tumulte amoureux aux allures de montagnes russes alternant le bon et le mauvais.

Un pratiquant de la diplomatie hypocrite et de l’amitié interventionniste

Malgré toute la bonne volonté que les uns et les autres veulent lui prêter comme avocat de cause africaine, une question fait néanmoins toujours en suspens. Le président Chirac était-il l’ami du continent africain dans son ensemble ou de quelques dictateurs du continent à qui il délivrait de manière implicite des chèques en blanc dans la commission de toutes les magouilles et abus servant à la préservation de leur pouvoir ? Pour répondre à cette question, il faut prendre en compte son implication ravageuse dans le choix des dirigeants africains et sa personnification à l’hypocrisie historique de la françafrique.

Sous sa présidence, le président Chirac est humblement reconnu comme une grande figure paternaliste des dictateurs africains. Fort de toute sa notoriété acquise sur le continent, il sera perçu à la fois comme défenseur et obstacle de l’essor de l’Afrique avec la politique qu’il y a mené, écartelée entre « perpétuation d’une vieille politique d’ingérence » et « abandon des legs coloniaux ». L’histoire du choix et du maintien de quelques dirigeants africains, réputés pour être des dictateurs indigents renseigne bien la cause. En témoigne l’histoire du Togo où la France ouvertement, sous la présidence de Chirac, avait souhaité qu’Eyadema fils succède à Eyadema père même au prix d’une élection contestable et violente en 2005 ; ou encore l’histoire de la Tunisie où les scores extravagants affichés par le président Ben Ali (99% des suffrages pour son deuxième mandat) avaient été acceptés sans sourciller par l’Elysée.

Egalement avec sa politique en demi-teinte du « ni ingérence ni indifférence », le président Jacques a contribué aux difficultés du continent africain en personnifiant l’hypocrisie françafricaine qui a toujours animé les dirigeants français. Si dans une certaine mesure, il continuait de tenir des beaux discours sur l’histoire glorieuse de la France en la magnifiant comme la patrie des droits de l’homme, amie des peuples africains, d’un autre coté il apportait son soutien aux régimes les moins respectables du continent comme celui du gabonais Omar Bongo, du togolais Gnassingbé Eyadema, du sénégalais Abdou Diouf ou encore du camerounais Paul Biya. En fermant ainsi les yeux devant les agissements de ces régimes autoritaires dits « amis », il  participait à la couverture des criminels contre l’humanité, leur envoyant même des contingents militaires comme ce fut le cas pour la Centrafrique de Dénis Sassou Nguesso durant les guerres civiles de 1997 à 2003. Plus encore lors de l’Angolagate, bien qu’étant au courant il avait laissé libre cours à la vente illégale d’armes qui, avaient servi pour diviser le pays et tuer les populations civiles. Pour justifier un tel soutien à ces régimes et personnages contestés du monde politique africain, il avait affirmé dans l’une de ses tribunes que « l’Afrique n’était pas mûre pour le multipartisme ».

Un personnage au cœur du développement africain

En dépit des soupçons de corruption ou de financement occulte de campagnes électorales entre Paris et le continent africain qui ont longtemps foisonné sous sa présidence, il faut néanmoins relever que le président Chirac a apporté sa contribution au développement du continent africain. Sachant qu’à un moment ou un autre, et face aux convoitises des immenses richesses naturelles dont était victime le continent, la France allait devoir prendre ses responsabilités, il avait ordonné le déploiement de plusieurs troupes françaises pour la préservation de la sécurité du continent noir face aux rebelles et terroristes. Le plus connu d’entre eux reste toujours aujourd’hui l’opération Licorne de 2002 en Côte d’Ivoire où, plus de 3 000 soldats français avaient été déployés. En plus de opérations de guerres, il avait également conduit quelques initiatives en faveur du continent comme la promesse de faire doubler en 2007 la contribution française au fonds mondial contre les maladies qui minent le plus le continent à l’instar du sida, de la tuberculose et du paludisme.

D’autres indicateurs économiques permettent également de cerner la réalité de l’engagement du président Chirac pour l’Afrique. En plus de l’aide publique française au développement du continent africain qui avait atteint le chiffre record de 0,5% du PIB français sous sa présidence en 2007, la large évolution du montant des annulations de dettes consenties aux pays africains n’était pas en reste. Il ne faut pas non plus négliger l’activité de lobbying français en faveur de leurs anciennes colonies auprès des institutions financières internationales. Comme avait témoigné l’ancien premier ministre de la république centrafricaine Martin Ziguélé : « sans Paris, les pays africains n’auraient jamais eu accès aux dirigeants de la BM ou du FMI, parce que ne pouvant pas se faire entendre ».

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit : google image/illustration

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