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RDC transition démocratique, Kabila a-t-il fait le geste du parfait patriote

26.09.2019
Article de la rédaction AFRIC
En Afrique, l’exercice du pouvoir a ceci de particulier qu’il peut parfois permettre à des hommes contestés et honnis de tous de pouvoir entrer dans l’histoire de leur pays par le biais d’un seul acte ou d’une seule déclaration. La République Démocratique du Congo en a été un exemple où au plus fort de la contestation politique de l’opposition et de la société civile contre sa volonté déguisée de se maintenir au pouvoir, le président Joseph Kabila, face à la pression nationale et internationale avait finalement décidé de jeter l’éponge pour favoriser la première alternance démocratique à la tête du pays. Si cette situation a eu le mérite de donner un nouveau souffle à l’espace politique national, plusieurs experts n’ont pas manqué de questionner la décision finale du président sortant, pour certains allant jusqu’à la rattacher au geste patriotique le plus mémorable de l’histoire de la nation congolaise.

Concernant la notion de patriotisme, Joseph Kabila, dont les 18 années de règne sans partage avaient donné lieu à une répression brutale de toute contestation de son pouvoir, s’affirmait pourtant comme un patriote qui aime son pays et qui est prêt à tout donner pour lui. Dans ce sillage, répondant à une interview du Journal Jeune Afrique le 14 janvier 2019, à la veille de l’investiture du nouveau président Félix Tshisekedi, ce dernier n’avait pas manqué de réitérer son amour incommensurable pour le Congo en déclarant que plus congolais que lui, plus patriote que lui cela n’existe pas. La seule chose comptant étant l’amour qu’il ressent pour son pays, tout le reste étant secondaire. Pour confirmer ce propos, ce malgré son lourd passif à la tête du pays, il avait finalement opté, face à la grogne populaire, pour un acte salutaire qui aura permis d’observer la première transition démocratique et pacifique du pays depuis les indépendances. Par la suite, et sans le savoir, ce geste assimilé à du « parfait patriotisme » a eu des répercussions insoupçonnées dont les premiers se font déjà voir à travers la sortie du cycle des conflits internes en RDC, un apaisement significatif du climat socio-politique ou encore l’apparition des germes de la renaissance et de la postérité dans le pays.

L’ouverture d’une brèche de sortie du cycle des conflits armés et des guerres internes

Depuis la transition politique opérée dans le pays à la suite du renoncement de Joseph Kabila de briguer un troisième mandat, il est incontestablement vrai que l’on observe une diminution des conflits armés et des guerres dans les parties Est et Nord du pays. Grandement détesté par les milices armées qui sévissent dans ces parties du pays, Joseph Kabila, en annonçant solennellement qu’il ne sera pas candidat à un troisième mandat, a permis, par ce geste, de calmer les tensions existantes de ces groupes armés. Il ne faut également pas faire fi du discours rassembleur du nouveau président de la république Félix Tshisekedi qui appelait au pardon et à la réconciliation ; portait ainsi l’estocade pour une solution de sortie de crises qui duraient déjà depuis quelques. À la suite de son geste, on a simultanément observé une accalmie dans les bastions de guerre au point où les questions de négociations sont avancées pour en finir avec la rébellion du M23 qui opère à l’Est du pays depuis 2012 et les forces rebelles de l’ADF-Nalu qui avaient ouvert un second front de contestation dans le Nord du pays. Le renoncement de Joseph Kabila pourra donc servir comme le tremplin idéal pour le gouvernement de lever le pied sur les achats massifs d’armes, de munitions, de blindés et autres matériels de guerre qui piochaient considérablement dans le budget du pays.

Un apaisement significatif du climat socio-politique

Depuis l’accession au pouvoir en 2001 de Joseph Kabila à la suite de l’assassinat de son père Laurent Désiré Kabila le 16 janvier 2001 au cours de la deuxième guerre du Congo, nombreux sont les congolais qui avaient vécu cette situation de passation de pouvoir de père en fils comme une humiliation. Déjà qu’ils souffraient du dictat du père, ces nombreux congolais craignaient que la situation ne devienne plus lourde sous la présidence du fils. Sans attendre longtemps, les multiples rapports d’organisations non gouvernementales donnaient raison à ceux qui redoutaient un alourdissement du climat socio-politique du pays. Déjà en novembre 2008, alors de nombreuses rumeurs faisaient état de tortures des journalistes et activistes par les forces du président Kabila, une enquête par RFI et le Journal Le Monde était venue corroborée cet état de chose en relevant l’implication du régime Kabila dans l’assainissant de deux experts de l’ONU. Par la suite et sans s’arrêter là, un autre rapport cette fois de l’ONG Human Rights Watch, publié en date du 25 novembre 2016, dénonçait le pouvoir de Kabila à qui il reprochait une répression extrême contre les civils qui avait conduit à l’assassinat de plus de 500 opposants et l’arrestation de plus d’un millier de ses contestataires.   

Loin de ces premiers faits reprochés au système du président Kabila qui avaient conduit à l’enlisement de la situation socio-politique du pays jusqu’en 2011, les violations des droits de l’homme sont plutôt allées en s’accentuant par la suite. Même s’il se fendait à chaque fois de des raisons de protection de l’intérêt national, la lourdeur du climat socio-politique au Congo avait atteint son point d’achoppement lorsqu’à l’expiration de son deuxième mandat qui devait normalement prendre fin le 20 décembre 2016, le président sortant multipliait les tractations visant à aboutir à la modification de la constitution pour lui permettre de briguer un troisième mandat. Par un ajournement sine die de l’élection présidentielle, il avait alors provoqué une crise politique sans pareille dans l’histoire du pays. Sauf que par la suite, il participait lui-même encore, par son renoncement à la décrispation de cet atmosphère ; d’où l’assimilation aujourd’hui de son à un geste patriotique.

Une apparition des germes de la renaissance et de la postérité économique du pays

Les retombées de la décision d’abandon du pouvoir par le président Joseph Kabila ont été nombreuses. Tant au plan relations internationales qu’au plan économique, on note des avancées notables. Déjà dans le cadre du coût des guerres que menait le pouvoir de Kabila dans les paries Est et Nord du pays, on peut noter aujourd’hui une véritable accalmie avec le renoncement du président Joseph Kabila. Les économies engendrées dans les réalisations de ces guerres peuvent alors servir aujourd’hui à la réalisation de projets prioritaires comme la construction et l’aménagement des infrastructures routières ou encore l’amélioration de l’accession à l’éducation pour tous. On note également plusieurs retombées en termes d’investissement extérieurs.

Sur le plan des relations internationales, depuis le départ de Joseph Kabila qui n’était plus en odeur de sainteté auprès de plusieurs partenaires traditionnels de la RDC, on peut observer que depuis la transition démocratique pacifique opérée, plusieurs diplomaties ont de nouveaux ouverts leurs portes au pays du Mzee. En témoigne la dernière la dernière visite du nouveau président Félix Tshisekedi en Belgique, à Bruxelles le 17 septembre dernier, où il a été reçu en grande pompe par les autorités belges et une grande foule de la diaspora congolaise. Au cours de cette visite, dont les bénéfices participent à l’amélioration de l’image du pays, il a lancé un appel aux investisseurs pour qu’ils viennent faire les affaires dans la nouvelle RDC.

On peut donc bien critiquer le président Joseph Kabila, mais au fond, il faut au moins reconnaitre que sa décision patriotique de finalement renoncer pouvoir, contrairement à plusieurs de ses pairs sur le continent qui préfèrent s’y éterniser  aura permis une issue salutaire pour la postérité de RDC.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit : google image/illustration

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