Association for Free Research and International Cooperation

Le féminisme africain, véritable mutation dans les revendications des droits des femmes

25.09.2019
Article de la rédaction AFRIC
Sur le continent africain, nombreux sont les pays dont les constitutions établissent clairement une différenciation entre les droits et devoirs qui réglementent l’existence et la collaboration des différents sexes. Dans leur préambule, nombre de ces constituions comme celle du Cameroun disposent pourtant que les Hommes naissent libres et égaux en droits et en devoirs. Si cette disposition a le mérite de consacrer une égalité théorique entre les hommes et des femmes, dans la pratique il en est autrement. Il est plus commode de l’observer en tenant compte des disparités acquises des Us et coutumes qui ont longuement rimé avec la progression culturelle du continent. C’est à la suite de ces disparités, devenues de plus en plus insupportables pour certaines femmes, qu’un vent nouveau basé sur la notion de « féminisme » et inspirée de l’occident a commencé à souffler sur le continent avec les effets ravageurs qu’on lui connaît.

Même si la condition féminine africaine et de la diaspora a véritablement évolué au fil du temps, il est loisible de comprendre le soulèvement des uns et des autres face à la situation. Pour le confirmer, les chiffres avancés par l’Unesco peuvent être révélateurs de ce soulèvement quand on sait que le taux d’analphabétisation féminin dépasse 98% dans 28 pays africains. Plus encore, en matière bancaire au Mali, le portrait est encore plus dégradant quand on sait que seulement 10% de la clientèle des banques est féminine et la part des crédits à elle accordée ne représente que 1,5% du total des crédits distribués.

Abordé sur le continent comme étant une acception non-africaine, le féminisme, qui repose essentiellement sur les clivages de répartition de droits et devoirs est perçu par de nombreuses personnes comme un phénomène qui n’a rien à offrir aux femmes africaines. Loin pourtant de la conception occidentale qui l’associe à l’exigence d’une réclamation paritaire entre les sexes, il se définit simplement comme le combat pour l’amélioration de la condition des femmes en Afrique. Malgré le fractionnement observé sur le continent, il faut néanmoins relever que plusieurs choses sont en train de changer, attisées par le souffle de la démocratie et par l’intervention des grandes agences d’aide qui encouragent une plus forte participation des femmes au développement. Même si les effets pervers observés sur le continent font que les termes féminisme ou émancipation des femmes ne se prononcent que du bout des lèvres car considérés comme tabous, la définition d’un cadre idéologique serait le meilleur moyen de consolider son acceptation.

Le fractionnement du féminisme d’avec les traditions africaines

Contrairement à la conception du féminisme née en occident qui promeut une égalité parfaite entre les sexes féminins et masculins, le féminisme s’il veut devenir une réalité sur le continent africain doit d’abord pouvoir s’arrimer aux cultures et traditions africaines. Dans ce cadre, un contraste et un fractionnement sont observés, et on se rend compte qu’il tend plutôt à occulter les valeurs traditionnelles du continent. Pour mettre en lumière ce cas de figure, il est possible de relever l’incompatibilité d’un féminisme avec le paiement de la dot dans le cadre des mariages coutumiers qui ont cours en Afrique. La dot, qui est pourtant exigible en Afrique ne l’est pourtant pas en Europe ou encore en Amérique où le féminisme bat son plein. Dans son entendement commun, la dot est alors perçue comme le permis délivrer à l’homme qui lui octroi des droits matrimoniaux sur le corps de son épouse. Et, c’est le paiement de cette même dot qui est censé garantir la soumission de la femme à son homme.

Sauf que, le mot « soumission » crée de plus en plus des émules dans la société africaine avec des féministes africaines et de la diaspora qui le réfutent désormais. Plusieurs d’entre elles, qui veulent démontrer l’évolution de la culture africaine basée sur des positions patriarcales, l’assimilent dorénavant dans leurs prises de position à un culte de l’asservissement pour les plus modérés, ou encore même à l’esclavage pour les plus évoluées.

Les effets pervers d’un féminisme africain mal adapté

Pour plusieurs féministes urbaines et de la diaspora, leur salut doit passer par une révolution complète du statut de la femme dans la société africaine. Selon elles, cette révolution complète est le seul espoir de la démocratie et de l’économie en Afrique. Elles veulent donc combattre toutes les hiérarchies sociales, économiques et politiques sans prendre en compte les réalités du continent. Dans cette logique, le reproche qui leur est fait est qu’elles veulent imposer une vision du féminisme pas du tout adaptée. Elles réfutent donc toute idée de soumission ou d’autorité patriarcale qui font de l’homme le véritable chef de famille. Et pourtant, une bonne interprétation de la situation prouverait par exemple que dans le contexte africain, les mots féminisme et soumission ne sont pas du tout antagonistes.

La vague de nouvelles féministes qui se forment alors sur le continent ne veulent plus du tout effectuer des travaux domestiques ou champêtres. Elles conçoivent comme la norme le fait de répartir équitablement les tâches domestiques entre les hommes et les femmes ; ce qui en elle-même se conçoit mal sur le continent africain quand on connait le poids des traditions sur le continent.

Définition d’un cadre idéologique de revendications des droits des femmes

On a parfois l’impression que le féminisme n’a pas de place en Afrique, compte tenu de la place traditionnelle des hommes chefs de famille avec de forts pouvoirs. Et pourtant, ce serait sous-estimer la véritable place des femmes et de leurs combats quotidiens. Pour ne pas copier les errements du féminisme occidental, il serait alors impérieux que les femmes africaines militantes pour la cause définissent leur propre doctrine idéologique de la notion. L’idéal serait de contextualiser la notion pour ne pas construire un « modèle de femmes étrangères aux valeurs africaines ».

Si cette crainte se réalisait, ce serait un combat artificiel et vide. Pour tuer la polémique de l’occulturisme aux cultures et traditions africaines, il faudrait par exemple sortir des carcans du mot « féminisme » pour procéder à l’adoption d’un autre mot significatif plus accessible et plus proche du style africain. Bien plus, il va falloir bannir sur le continent toutes les définitions clé à main du féminisme et adapter les contours d’un féminisme propre aux africains. Les frontières et l’applicabilité du féminisme en Afrique doivent par la suite être enseignées en vue de saisir convenablement l’expérience qui est au centre et la raison pour laquelle le féminisme existe. Pour Sira Diop, présidente pendant plus de vingt ans de l’union nationale des femmes du Mali par exemple, le féminisme africain ne doit rien avoir avec celui de l’occident.

Il ne doit pas porter sur une revendication de l’égalité des droits avec les hommes mais seulement sur une revendication de plus de droits et d’un peu plus de temps libre pour les femmes. Elle poursuit en martelant le fait qu’il faut l’enseigner aux générations futures pour ne pas dévier des objectifs fixés à savoir, faire de la femme africaine le parfait complément de l’homme.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit : google image/illustration

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