Association for Free Research and International Cooperation

Stupéfiant dans les centres urbains en Afrique : l’État perd-il la lutte?

24.09.2019
Article de la rédaction AFRIC
Le boom démographique dans les centres urbains en Afrique est vecteur d’un nombre considérable de problèmes liés à une croissance économique souvent en déphasage avec le poids progressif de la population. Dans cet environnement où la réussite s’oppose à de nombreux défis et challenges, la dépendance aux produits illicites apparait comme une préoccupation majeure tant le trafic de drogues qui a trouvé des bases solides augmente chaque année le nombre de toxicomanes. Si toutes les couches de la population sont concernées par ce mal, les jeunes restent la branche la plus touchée. Les nombreuses actions entreprises par les gouvernements et organes de lutte internationales bien qu’efficaces s’avèrent insuffisantes pour freiner les dégâts.

Un business bien implanté

L’OICS qui est l’organe international en charge du contrôle des stupéfiants souligne dans son dernier rapport datant du 03 mars 2019, que la consommation des substances illicites a augmenté dans le monde. L’Afrique qui auparavant ne faisait figure que de lieu de transit des drogues tels que la cocaïne pour l’Europe est devenue un important marché avec un nombre considérable de consommateurs. Sur le continent, les pays les plus touchés sont l’Afrique du sud, le Nigeria et le Kenya.  Le rapport de l’OICS qui indique que les jeunes représentent la couche de la population la plus exposée pointe du doigt de nombreux facteurs. L’organisation présente comme premier vecteur, la recrudescence de conflits armés sur le sol africain notamment dans la région du Sahel et en Afrique de l’Est. Elle cite également l’exclusion sociale, notamment les disparités dans les grandes villes où il existe un écart considérable entre les personnes fortement nanties et celles vivant dans une extrême pauvreté. A cela s’ajoute le grand banditisme, la corruption et les soulèvements sociaux.

La consommation de drogues et stupéfiants a donné lieu sur le continent à un business florissant dont se sucrent les trafiquants. L’office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) indique qu’en Afrique de l’Est plus précisément au Kenya et en Tanzanie, ce trafic génère par an près de 160 millions de dollars. Les recettes du marché de transit des substances illicites de l’Afrique pour l’Europe ont quant à elle, atteint le seuil annuel d’un milliard de dollars.

Le Tramadol, une menace qui gagne du terrain

Parmi les stupéfiants les plus consommés en Afrique, on note le cannabis. Cultivé par les populations d’Afrique du nord notamment du Maroc, de l’Egypte et d’Algérie, il s’exporte chaque année en tonnes vers des pays étrangers. En plus du cannabis d’autres drogues tels que l’héroïne et la cocaïne représentent également une part importante dans le marché de la drogue.

Le tramadol reste cependant le stupéfiant qui a le vent en poupe en Afrique auprès des jeunes. Peu couteux, ce puissant analgésique utilisé pour soulager la douleur gagne du terrain. Encore appelé la cocaïne du pauvre, il est préféré par les jeunes car facile de s’en procurer. Son arrivée par voix légales en provenance des usines indiennes et son prix très bas font de lui une drogue accessible à tous.  Bien qu’exagérément consommé par les jeunes, il ne fait pas l’objet d’une lutte acharnée comme d’autres drogues dures telles que la cocaïne.  Au contraire sa consommation est jugée bonne pour ceux qui travaillent pendant des heures et qui ont besoin de force et de vigueur. Ces comprimés sont également très affectionnés par les combattants des groupes armés tels que Boko Haram. Pris en surdose, le tramadol est à l’origine de nombreux décès en Afrique. Pour les associations de lutte contre les drogues, sa commercialisation devrait faire l’objet de réglementation pour n’être vendu qu’à but médical et non à des fins toxicomanes.

Actions et synergies entre organes et Etats

Les Etats africains dans leur lutte acharnée contre le trafic des drogues et produits illicites bénéficient du soutien inconditionnel de l’ONUDC, l’organe onusien de lutte contre la drogue et le crime, de l’AIRCOP (United Nations Office on Drugs and Crime) et de l’organisation mondiale des douanes (OMD). Ces structures en étroite collaboration organisent des contrôles accrus de conteneurs dans les grands ports africains, des fouilles dans le transport aérien et des partages et échanges d’informations. Leurs actions ont permis la saisie de tonnes de cocaïne en transit par vol de l’Afrique de l’Ouest vers l’Amérique du sud, mais aussi d’héroïne et de divers produits pharmaceutiques tels que le Tramadol dans les aéroports de Cotonou (Benin) d’Accra (Ghana) et de Lagos (Nigeria). En Afrique australe, les activités menées par AIRCOP ont permis de déceler un grand réseau de trafic de drogue par voie aérienne entre le Pakistan et les Etats-Unis via la Tanzanie.

Outre la collaboration avec ces trois organes internationaux, les gouvernements en Afrique mènent aussi des actions individuelles. Au Cameroun, l’Etat a créé un secrétariat interministériel appelé à mener des campagnes de sensibilisation et à agir par une répression sévère à travers un durcissement de la législation.

Un accent devrait cependant être mis sur la création de centres de prise en charge, d’accès aux soins et de rééducation de personnes dépendantes avec possibilité de traitements gratuits compte tenu des milieux défavorisés dont la plupart sont issues. Pour rendre la lutte encore plus efficace ne faut-il pas mieux s’attaquer au problème à la base, en analysant en profondeur les origines du mal pour comprendre la profonde détresse de ceux qui se livrent à cœur perdu à ces produits nocifs dans l’espoir de trouver un univers que ne leur offre pas la réalité dans laquelle ils vivent.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit : google image/illustration

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