Association for Free Research and International Cooperation

Afrique, la bataille des futurs réfugiés climatiques

20.09.2019
Article de la rédaction AFRIC
Face aux aléas climatiques qui menacent la survie et le développement de l’homme, l’une de réponses les plus involontairement plébiscitées a toujours été la migration. En Afrique plus qu’ailleurs où les populations sont les premières victimes des effets du réchauffement climatique malgré que le continent est le moins pollueur de tous, le phénomène de migration est devenu plus qu’une option mais une obligation. Si cette situation a le mérite de préserver la survie des plus nécessiteux, elle a néanmoins le comble de conduire inexorablement à la naissance d’une nouvelle race de réfugiés : celle des « réfugiés climatiques » encore appelé « réfugiés écologiques ».

Que ce soit en en Asie du Sud, en Amérique Latine ou en Afrique Subsaharienne, les trois zones géographiques les plus sensibles du globe, le phénomène n’épargne personne. Plus que les violences, guerres ou encore la pauvreté, le phénomène des changements climatiques est aujourd’hui envisagé par plusieurs experts des questions environnementales comme le fléau qui sera à l’origine de la plus grande vague de migrations dans les années à venir.  En 1948  l’écologue américain William Vogt évoquait pour la première fois le fait qu’il y’avait de plus en plus  des personnes déplacées en raison d’un environnement et des conditions de vie désagréables, le vocable « migrants climatiques/écologiques » sera entériné pour la première fois en 1985 par son apparition dans un rapport du Programme des Nations Unies pour l’Environnement. Dans la définition très large que l’universitaire égyptien Essam el-Hinnawi leur donnait, ils apparaissent comme ceux qui sont forcés de quitter leur lieu de vie ou de résidence temporairement ou de façon permanente à cause d’une rupture environnementale. Produisant d’importants mouvements de population à l’intérieur des États et au-delà de leurs frontières.

Avec 86 millions, pour un total de 143 millions de personnes qui pourraient être obligées de quitter leur actuel lieu de vie ou de résidence d’ici à 2050, le continent africain apparaît, de très loin comme celui qui sera le plus impacté par ce phénomène. Loin devant l’Asie du Sud et ses 40 millions de déplacés et l’Amérique Latine avec ses 17 millions de migrants écologiques envisageables, le continent africain apparait comme le berceau de cette migration d’un autre genre qui, participe à contraindre de plus en plus des individus, des familles et même des communautés entières à chercher des endroits plus viables pour y vivre. Ces premiers chiffres avancés par le rapport de la banque mondiale intitulé, Groundswell-Preparing for Interne Climate Migration, montrent à suffisance que l’Afrique, plus que tous les autres continents aura le plus à perdre si rien n’est fait pour endiguer le fléau. Contrairement à il y’a quarante ans par exemple, le risque d’être contraint à un déplacement du fait des seuls dérèglements naturels est en effet soixante fois plus important. L’ONU, dans sa démarche de prévention, va même plus loin en annonçant des prévisions comprises entre 25 millions et 1 milliard de personnes affectées par les changements climatiques d’ici à l’horizon 2050.

Dans le déchiffrement de ces chiffres rocambolesques, le continent africain est celui qui va payer le plus lourd tribu. Cherchant pour la majeure partie à échapper aux mauvaises récoltes, à la pénurie d’eau et à la montée du niveau des mers, ces africains, exilés climatiques, vont alors voir leur nombre multiplié par deux au fil du temps. Alors, contre 250 millions, le nombre estimatif de migrants « traditionnels » dans le monde d’ici à 2050, l’Organisation Internationale des Migrants se voit pessimiste en alléguant que le chiffre des migrants « écologiques » devrait atteindre, de manière raisonnable, la capacité de  270 millions d’individus composés majoritairement d’africains.

Un phénomène générateur de conflits

L’intensification considérable du rythme des migrations environnementales a été génératrice de plusieurs conflits majeurs en Afrique. Dans la classification de ces conflits, les catégories les plus durement atteintes par les dégradations environnementales ont toujours été les plus pauvres qui, pour la plupart, se concentrent dans les zones rurales. Les populations environnantes du Bassin du Lac Tchad en sont l’illustration parfaite dans la mesure où, plus de 30 millions d’entre elles, vivant presque essentiellement de la pêche, de l’élevage et de l’agriculture ont dû fuir ses rives asséchées pour s’aventurer dans des zones beaucoup plus reculées à la recherche de l’eau.

Si dans cette première hypothèse il ne s’agissait que de déplacement des communautés, dans plusieurs autres, ces migrations, généralement douloureuses pour les victimes, ont mis en lumière la naissance de plusieurs conflits « made in Africa ». Déjà, le président américain, Barack Obama, dons son discours de réception du prix Nobel de la paix en 2009 annonçait la couleur en établissant le parallèle selon lequel les migrations de masses dues au changement climatique et à la dégradation des écosystèmes devaient constituer un « multiplicateur de menaces » pour les communautés pourtant habituellement habitées par le partage. Deux rétrospectives avaient alors permis d’établir ce parallèle et elles concernaient, en premier, l’interminable conflit du Darfour, à la base né d’un problème lié au réchauffement climatique qui avait fait plus de 2,5 millions de déplacés. En second, on a pensé à la guerre déclenchée à l’Ouest du Soudan en 2003 entre les fermiers sédentaires et les pasteurs nomades. L’origine de cette guerre étant alors due à une simple élévation de la température de quelques degrés supplémentaires, les premiers, à savoir les fermiers sédentaires, estimaient que les ressources de terres agraires appauvries par la sécheresse s’amenuisaient bien assez rapidement et ne voulaient dès lors plus les partager avec les seconds.

 Une corrélation forte avec  la promiscuité dans les grandes villes

En Afrique, les changements climatiques, principal facteur de migration, font deux fois plus de déplacés que les conflits. Ces migrations sont pour l’essentiel faites à l’échelle locale ou régionale. Dans leur déploiement, elles ont le don de provoquer un effet d’embouteillage malsain dans les grandes métropoles des pays du continent. Le Cameroun et le Sénégal sont des exemples patents de ce cas où des villages entiers de pécheurs ont dû, en l’absence de solutions, abandonner leurs activités pour rejoindre les capitales et ainsi grossir le lot des habitants de bidonvilles.

Une telle situation provoque également le même son de cloche chez les agriculteurs qui, pour des raisons liées à des retards de pluie, inondations et autres, s’engagent dans l’imprévisibilité de la migration pour parfois se retrouver dans une situation de promiscuité extrême. L’Éthiopie apparait également comme l’un des pays les plus touchés car la baisse  des précipitations dans les hauts plateaux de nord amène un peu plus chaque jour les populations de ces zones à quitter le pays à la recherche de nouvelles zones où ils pourront développer des cultures pluviales.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit : google image/illustration

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