Association for Free Research and International Cooperation

Les Hashtags africains de plus en plus nombreux sur la toile

19.09.2019
Article de la rédaction AFRIC
Les moyens de communication modernes, exportés de l’occident presque dans leur ensemble, ont fait souffler sur l’Afrique un vent nouveau de démocratie online et d’activisme numérique. Matérialisées par l’avènement des réseaux sociaux, ces nouvelles méthodes de communication ont vu entrer en scène plusieurs outils du numérique comme Facebook, WhatsApp ou encore Twitter. Connu pour être devenu une nouvelle arme de contestations, revendications et autres événements, le cas « Twitter » interroge particulièrement. Réseau social très accessible à l’origine, Twitter a participé dans le monde à une véritable révolution du partage de l’information et une fédération autour des idées fortes avec son arme ultime : le « #Hashtag ».

Permettant d’accéder facilement à des échanges traitant d’un même sujet en cliquant simplement dessus, le Hashtag, dans le langage des réseaux sociaux, sert à rassembler dans une communauté virtuelle tous les internautes ayant les mêmes centres d’intérêt. Avec des Hashtag devenus très populaires sur le continent, le réseau social Twitter permet à des abonnés, de pouvoir s’identifier rapidement à une cause ou une autre. Que ce soit dans une langue nationale ou locale, le hashtag est devenu tellement viral au point de se faire une place de choix comme au Sénégal avec le #Kebetu, traduction en Wolof de Twitter en Wolof. Au-delà donc de son aspect pratique qui permet à plusieurs africains d’Afrique et de la diaspora de développer une véritable identité communautaire, ces hashtags, en favorisant le rassemblent des compatriotes dispersés partout dans le monde à travers des mots clés, sont aussi un moyen de se rattacher à son identité linguistique et culturelle. Alors, si en occident les Hashtags ont permis de remporter plusieurs batailles, en Afrique, mieux que ça, ils sont allés au-delà des espérances attendues en devenant une véritable plus-value dont l’apport est indéniable.

Véritables outils de vente/propagande du made in Africa

Confrontés aux réalités de la mondialisation où, tout s’exporte et se vend plus rapidement chez l’autre via les réseaux sociaux, nombreux sont les acteurs qui ont compris l’impact que pouvait avoir les Hashtags, tant dans la vente de la culture africaine que de ses talents. Pour attester de l’importance de ces nouveaux moyens de communication pour la valorisation du Made in Africa, certains pays africains à l’instar du Tchad ont, pour le choix du #Hashtag national fait participer toute la communauté via un sondage lancé sur les réseaux sociaux. À la suite du Tchad, plusieurs autres pays africains ont compris l’importance de traduire le hashtag national en langue locale. Au Burkina Faso par exemple, le #Iwili, très populaire, fait référence à un pagne à motif national, le Iwili-Pendé. Ce tissu, orné d’un oiseau comme l’emblème de Twitter, a ainsi permis à la communauté web Burkinabé de mieux vendre l’image de leur pays à l’extérieur, ses produits dérivés avec.

En dehors de ces hashtags nationaux, plusieurs autres, majoritairement dédiés à l’exportation des talents et de la créativité africaine sont nés. L’exemple le plus patent est celui du #DrawingWhileBlack qui célèbre la créativité Afro à travers l’art du dessin. Mettant en lumière les artistes du crayon et du stylo à billes, cet hashtag, a permis de dévoiler plusieurs talents insoupçonnés de la communauté Afro qui ne disposaient pas de moyens leur permettant d’exporter leur talent partout dans le globe. À la suite du #DrawingWhileBlack, d’autres hashtags, toujours spécialisés dans la créativité artistique, et devenus très populaires, sont nés au Sénégal et au Nigéria. Ces hashtags concernent le #GalsenCreatives et le #NigerianCreatives.

Outils de combats politiques

Le #Hashtag original, au-delà des métiers comme l’art ou encore le dessin, sert aussi à affirmer et combattre des positions politiques. Même si son impact à ce niveau n’est pas réellement mesurable, il faut au moins remarquer qu’il a permis de jeter les jalons d’une véritable contestation politique dans plusieurs pays africains. C’est en RD Congo qu’il a connu son plus grand succès avec le lancement à la veille de la dernière élection présidentielle de 2018 de deux hashtags antagonistes dont l’un, le premier, le #Wumela, qui signifie Restez longtemps en lingala était l’initiative des pro-Kabila qui souhaitaient son maintien au pouvoir. S’inscrivant contre ce hashtag, le second, le #Yebela qui signifie « Sache-le » était utilisé par les demandeurs de l’alternance démocratique en RD Congo. Au bout d’un combat de tweets et de retweets de plusieurs semaines voire mois, les internautes partageurs du #Yebela sont ceux qui finalement sortirent vainqueurs puisqu’ils avaient participé grandement à la non représentation du président sortant Joseph Kabila pour un autre mandat. Les chiffres relevés de ce combat pouvaient présagés de la domination des anti-Kabila sur la toile. Depuis le mois de février 2018, le #Yebada avait en effet enregistré 2 172 tweets atteignant potentiellement 5 618 736 utilisateurs contre seulement 418 tweets enregistrés pour le #Wumela qui avait à peine atteint 1 845 958 utilisateurs. En plus de ces chiffres déjà forts évocateurs, il faut remarquer que les tweets anti-Kabila étaient partis depuis 361 villes à travers le monde contre 116 villes seulement pour les pro-Kabila.

Outils de dénonciation des injustices

S’inscrivant dans la lignée des mouvements #MeToo aux États-Unis et #BalanceTonPorc en France, plusieurs mouvements se sont levés en Afrique pour dénoncer les injustices et les abus. L’un des plus connus d’entre eux a été le mouvement des actrices africaines à travers les collectifs « cinéastes non-alignées » et « noire n’est pas mon métier » qui a conduit au lancement du #MêmePasPeur. Lancé lors de la 26e édition du  Fespaco à Ouagadougou au Burkina Faso, il a permis de libérer la parole des actrices africaines qui, dans le cadre de l’exercice de leur métier subissaient des harcèlements sexuels. Leur dénonciation lors de la table ronde sur la place des femmes dans l’industrie du cinéma africain et dans la diaspora avait alors permis à l’une des actrices africaines, Azata Soro, devenue le visage des violences faites aux femmes dans l’industrie du cinéma africain, de demander la radiation de la série Le Trône du réalisateur Burkinabé Tahirou Tasseré Ouédraogo, qui avait été nominé dans l’une des catégories de récompense du Fespaco. Ce #MêmePasPeur avait par la suite permis de lancer un appel au boycott, devenu par la suite un succès, de ladite série que s’apprêtait à diffuser la chaîne TV5 Monde qui avait préacheté la série en faisant fi des faits et de la condamnation à 18 mois de prison avec sursis de son réalisateur.

Outils de lutte contre le terrorisme et la barbarie

Aujourd’hui encore, si le terrorisme continue de prospérer dans le monde, c’est bien parce que ses adeptes ont compris l’importance des réseaux sociaux pour y mener leurs actions. Pour contre attaquer, plusieurs nations ont compris qu’il devenait urgent de durcir la lutte dans ce domaine en utilisant les mêmes canaux. C’est ce qui a conduit à la naissance des Hashtags à forte tonalité comme le #StopDjihadisme ou #AntiTerrorisme. Si ces hashtags sont nés en France, ils se sont par la suite rapidement exportés en Afrique avec leur appropriation par certains gouvernements. S’inscrivant dans le même registre, on a par exemple assisté à la naissance du dernier hashtag de grande envergure en date sur le continent avec le #BringBackOurGirls à la suite de l’enlèvement de plus de 200 lycéennes par la secte islamique Boko Haram, dans l’état du Borno, au nord du Nigéria. Même s’il est resté sans succès, le #BringBackOurGirls a été un véritable coup de maître, tant il a contribué à la mobilisation de toutes les couches sociales de tous les horizons différents y compris les politiques et les actrices d’Hollywood.

Article de la rédaction AFRIC

Photo credit : google image/illustration

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