Association for Free Research and International Cooperation

Xénophobie le procès de la couleur contre les albinos en Afrique

18.09.2019
Article de la rédaction AFRIC
La multi culturalité, bien que représentant une grande source de richesse pour l’humanité au regard de la diversité qu’elle apporte, draine avec elle plusieurs tares aux rangs desquels s’illustrent le racisme, l’ethnocentrisme ou encore la xénophobie. Cette dernière, principalement motivée par la peur de l’inconnu et la peur de perdre sa propre identité culturelle est devenue aujourd’hui comme le principal moyen d’expression de toute hostilité contre ce qui paraît étranger. Sous l’influence des croyances populaires et, avec des caractéristiques de départ clairement identifiables à l’instar la nationalité, l’origine géographique, l’ethnie ou encore la race, ses ramifications se sont rapidement étendues pour empiéter sur la culture, la religion et même dorénavant sur la couleur de la peau.

Dans ce cas alors, la xénophobie apparait comme un phénomène qui inspire le dénigrement, le rejet de l’autre, voire la stigmatisation de personnes différentes. Sur le continent africain, cette diversité n’a pas échappé à la règle au point où l’une des parties concernées, les personnes atteintes d’ « albinisme » font régulièrement l’objet d’un « procès de la couleur ».

L’albinisme, phénomène mal compris en Afrique, continu d’alimenter la controverse tant sur le plan social que médical. Maladie rare, non transmissible mais héréditaire, l’albinisme, résultat d’une absence de pigmentation de la mélanine sur les cheveux, la peau et les yeux, frappe indépendamment de la race, de l’origine ethnique ou du sexe. Il faut et il suffit juste que les deux parents soient porteurs du gène pour le transmettre, même s’ils ne sont pas eux même atteints d’albinisme. Si son taux de prévalence varie en fonction des régions du monde entier, une personne sur 20 000 en Amérique du Nord, entre un cas sur 5 000 et un cas sur 15 000 en Afrique subsaharienne, on observe une plus grande concentration en Afrique de l’Est et particulièrement en Tanzanie où les chiffres évoqués sont de l’ordre d’un albinos pour une population de 1 500 personnes. Désignée de nos jours, comme étant une maladie non acceptée par certains africains, l’albinisme, malgré des solutions proposées, a le don de constamment encourager la marginalisation et l’exclusion sociale, la stigmatisation et la discrimination et aussi la déshumanisation des albinos.

Marginalisation et exclusion sociale

Plus connus sous les pseudonymes de « Ngeunguerou » au Cameroun, « zeru zeru » en Tanzanie qui signifie « fantômes », les albinos continuent d’être pris à maille par le reste des communautés. Cette forme d’exclusion, plus visible sur les plans médical et social, participent à la mise en place d’une véritable politique d’isolation des albinos au point où ceux-ci en arrivent à s’imaginer comme étant des reclus de la société. Dès leur plus jeune enfance, nombreuses sont des personnes atteintes d’albinisme qui sont obligées de fonctionner en marge de la société parce que, ne pouvant pas exemple pas être admis à participer à des jeux communautaires sans que des préjugés ne soient émis à leur égard. Dans les établissements scolaires, le phénomène est encore plus visible. Il arrive que lors des pauses récréatives, des enfants albinos, sous le regard passif des encadreurs et instituteurs, soient peints comme des mascottes de jeux exclusivement réceptrices d’injures et de moquerie. Pire encore, on observe parfois un véritable déni de leurs droits fondamentaux tels que le droit à l’éducation, à la protection juridique, à l’épanouissement. Les mères d’enfants albinos ne sont pas en reste puisque a bêtise généralisée amène des fois à les caricaturer comme étant des femmes maudites, anormales ou éprises d’infidélité.

Stigmatisation et discrimination

En Afrique, il existe de nombreuses personnes qui, sous le sceau de l’assimilation à la sorcellerie, préconisent l’assassinat des albinos en prétextant à ces derniers des pouvoirs surnaturels qui porteraient malheur à leur famille. Ces préjugés fortement ancrés dans certains pays du continent amènent avec elles des superstitions selon lesquelles les parties de corps d’albinos apportent richesse, pouvoir et même conquête sexuelle. Plusieurs en arrivent à penser que le fait d’avoir des rapports sexuels avec une personne atteinte d’albinisme guérit le VIH et le sida. Dans ce jeu trouble, une véritable chasse initiée par les marabouts, féticheurs et assimilés est ouverte contre les albinos, dont toutes les parties du corps peuvent servir à l’exécution des rituels de sorcellerie. Au Libéria, l’artiste musicien Moses Swaray, vainqueur de l’édition « A Star Is Born » de 2007, le télé-crochet national, avait été victime de cette cabale discriminatoire dont la médiatisation avait été à la hauteur du stigmate. Dans les pays comme la Tanzanie, le Mozambique, le Burundi, les albinos sont traités comme des sous hommes, dont la seule utilité est le pouvoir naturel qu’ils possèdent d’après l’opinion populaire. Dans ces pays, il n’est pas rare de comprendre que les corps de personnes albinos sont commandés par des sorciers à des agresseurs contre des sommes d’argent.

Ces sommes, d’après le haut-commissariat de l’ONU aux droits de l’homme (HCDH) rapportent aux chasseurs d’albinos 75 000 dollars pour un cadavre entier et environ 2 000 dollars pour un bras ou une jambe. Au Malawi, un rapport publié en 2016 par les autorités avait relevé que rien qu’entre le mois de janvier et de mai de cette année, pas moins de six albinos avait été assassinés. En Tanzanie, les chiffres seraient nettement supérieurs puisqu’entre 2000 et 2016, on a dénombré quelques 75 albinos qui auraient été assassinés pour leur cadavre. Ikponwosa Ero, experte indépendante sur l’exercice des droits de l’homme par les personnes atteintes d’albinisme, dans un entretien accordé à Afrique Renouveau, avait qualifié la situation des albinos en Afrique de véritable « tragédie ». Elle mettait alors en garde comme le danger et le risque d’extinction qui pèse contre les 7 000 à 10 000 albinos du Malawi et d’autres pays si rien n’est fait.

Solutions palliatives

Pour éviter que les albinos ne soit jugés du seul fait de la couleur de leur peau, leurs cheveux ou leurs yeux, plusieurs solutions tout autant limites qu’efficaces avaient été apportés. Pour le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, il était important de procéder à l’adoption d’un plan d’action régional sur l’albinisme en Afrique par la commission africaine des droits de l’homme et des peuples et par le parlement panafricain. Pour faire connaitre le sort des personnes atteintes d’albinisme, une journée internationale de sensibilisation à l’albinisme a par exemple été fixée. Elle se célèbre le 13 juin de chaque année.

Dans le continent, plusieurs pays ont même entrepris de militer pour une éducation massive et soutenue des populations. En dehors des quelques mesures courantes de lutte contre leur stigmatisation, d’autres solutions pratiques ont été envisagées. En Afrique du Sud par exemple, tout le mois de septembre est essentiellement dédié à la sensibilisation sur l’albinisme. Au Cameroun, sous l’impulsion de plusieurs albinos et de la bloggeuse Ngo Masso Louise Blanche allias Binkü La Nerveuse, une première édition de l’élection miss/master albinos 2019 a été organisée le 15 juillet dernier au Canal Olympia de Douala. Ce défilé avait pour optique de valoriser la créativité des personnes atteintes d’albinisme et de prouver qu’elles ne sont pas des personnes à part.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit : google image/illustration

 

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