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Cameroun / crise anglophone : Le président Biya sort de son silence (analyse)

11.09.2019
Article de la rédaction AFRIC
A l’annonce via un communiqué de presse du cabinet civil de la présidence, d’un discours inattendu du chef de l’Etat camerounais, un vent d’anxiété a plongé la nation toute entière dans une angoisse haletante. Alors que les imaginations les plus débordantes faisaient état d’une démission surprise de l’homme qui préside aux destinées de la nation depuis 1982, le message du président Biya, d’une durée de trente minutes s’est centré uniquement sur la crise anglophone qui dure depuis 03 ans.

Vêtu d’un costume sombres, Paul Biya, dans un ton à la fois calme et ferme, s’est longuement étendu sur les origines et les conséquences de ce conflit né des revendications des enseignants et juristes des régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest, mais récupéré par la suite par des mouvements radicaux principalement inspirés de l’étranger et transformé en affrontements sanglants entre activistes au velléités sécessionnistes et forces de défense et de sécurité camerounaises. Prenant la peine d’énumérer les multiples actions menées jusqu’ici par le gouvernement pour une résolution pacifique de ce conflit, Paul Biya a annoncé la convocation dès la fin de ce mois de septembre, d’un grand dialogue national qui impliquera tous les filles et fils de la nation.

 Face à la situation Paul Biya soutient avoir agis

En réponse à une certaine opinion qui fait échos d’une crise négligée depuis le début par le pouvoir de Yaoundé, le président camerounais comme pour planter le décor, est revenu sur les différentes mesures prise par son équipe pour répondre aux préoccupations initiales émanant des revendications anglophones au début de la crise. Des mesures qui sur le plan juridique ont porté sur la traduction en langue anglaise des textes juridiques OHADA, la création d’une section du droit anglais à la cour suprême et à l’Ecole nationale d’Administration et de magistrature, le lancement d’un recrutement des auditeurs de justice et greffiers anglophones, la création d’une commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme et l’accélération du processus de décentralisation.

Dans l’urgence de calmer le problème récupéré et aggravé par des personnes nourrissant des projets de partition du pays, le président camerounais soutient avoir ordonné par la suite l’arrêt des poursuites judiciaires à l’encontre de 289 activistes, mis sur pied un programme de Démobilisation Désarmement et Réintégration pour les ex combattants désireux de déposer les armes et initié un vaste plan national humanitaire pour apporter de l’aide aux familles sinistrées. Des efforts qui malgré une timide amélioration de la situation sur le terrain n’ont pas réussi à ramener un calme véritable et une paix durable dans les deux régions anglophones du pays en crise.

Le premier ministre Dion Ngute, l’homme de la situation

Le dialogue national tel que voulu par le chef de l’Etat camerounais, se veut le fruit de différentes consultations menées par le premier ministre Dion Nguté lors d’une tournée effectuée dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest au sujet de la crise anglophone. L’objectif étant de permettre aux populations des régions concernées de retrouver leur train de vie quotidien, il implique dans son application toutes les forces vives de la nation tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Bien que centré sur les préoccupations majeures des populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, il sera également l’occasion d’examiner les questions qui fâchent notamment d’intérêt national lié à la sécurité, à la cohésion sociale, au développement, au vivre ensemble et l’intégration nationale.

Le chef du gouvernement est présenté ici comme le chef d’orchestre à qui le président de la république a légué les pleins pouvoirs pour mener jusqu’aux bout ces assises nationales. Il revient donc au fin diplomate, originaire de la région du sud-ouest, la lourde tâche d’apaiser les cœurs et de ramener à la fraternité les frères camerounais. Perçu dès sa nomination surprise le 04 janvier comme un homme sans tache, son grand défi sera de réussir là où son prédécesseur et de nombreux politiciens ont échoué. L’offre de paix présenté sur la table par le chef de l’Etat et piloté par le premier ministre Joseph Dion Ngute, ne doit plus uniquement venir des politiques mais doit aussi émaner de l’opinion publique, des représentants des forces de défenses, des autorités religieuses, traditionnelles et de la diaspora appelée à jouer de sa partition.  Des avis divers émanant de ces consultations naîtront les solutions devant permettre au Cameroun de retrouver la paix et la concorde nationale.

Face aux critiques présentant les lourdes peines récemment infligées au leader sécessionniste Ayuk Tabe Sisiku et ses collaborateurs comme des obstacles au dialogue, le président Biya a été ferme en évoquant l’application de la loi dans toute sa rigueur, ceci dans l’optique de dissiper l’idée selon laquelle l’on peut se livrer en toute impunité à des exactions avec l’espoir d’être totalement blanchi dans le cadre d’un éventuel dialogue. La grâce présidentielle tolérée par la constitution et qui n’est pas exclu en temps de dialogue n’est ici envisageable que pour ceux qui dans le cadre du programme DDR initié par le gouvernement décideront volontairement de déposer les armes.

Pour ce qui est du dialogue inclusif proposé par certaines organismes internationales et nations étrangères, pas question pour le dirigeant camerounais de discuter avec des rebelles, pourfendeurs de la mort et du chaos, dont les actions menées sur le terrain s’assimilent plus à de la barbarie que du bon sens. Son discours qui se voulait révélateur, opte plutôt pour un grand dialogue national, une solution plus adaptée selon lui au contexte camerounais actuel, et qui se présente comme une opportunité historique pour répondre aux problèmes qui minent la nation.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Crédit :google image/illustration

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