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Présidentielle à Madagascar: sept ex-présidents et Premiers ministres en liste pour le palais

10.10.2018
A Madagascar, l‘élection présidentielle est dans un mois. En effet, le premier tour est prévu pour le mercredi 7 novembre. 36 candidats sont en lice et parmi eux quatre anciens présidents et trois anciens Premiers ministres que RFI a rencontrés. L'ordre de présentation des candidats dans cet article respecte l'ordre alphabétique.
La campagne électorale a officiellement débuté à Madagascar. Elle durera un mois, jusqu’au 7 novembre. Au-delà du ou des deux candidats qui parviendront à franchir le premier tour menant à la magistrature suprême parmi les 36 prétendants, l’enjeu sera de parvenir à conduire un processus électoral dont la régularité ne soit pas remise en cause. Au risque, si tel n’était pas le cas, de faire basculer la Grande Ile dans l’une de ces crises post-électorales dont elle est coutumière.( le monde)

les candidats

Jean-Omer Beriziky: «Gouverner, pour moi, c’est d’abord servir et non se servir!»

Il se définit comme « un enfant de la brousse qui a reçu la grâce de faire de hautes études ». Originaire de la région Sava (la région de la vanille), au nord de la Grande Ile, Jean-Omer Beriziky entame une carrière de professeur d’histoire après des études en France. A 45 ans, il est nommé ambassadeur auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Un poste qu’il occupera pendant 11 ans. En 2011, le diplomate reconnu pour ses talents de médiateur et apprécié de la communauté internationale est choisi par Andry Rajoelina pour devenir Premier ministre d’union nationale durant le régime de transition. Il restera deux ans à la tête du gouvernement. A 68 ans, pour la première fois de sa vie d’homme politique, il se présente à l’élection présidentielle de son pays.

Jean-Omer Beriziki en décembre 2013 lors d’une conférence de presse alors qu’il était encore Premier ministre de Madagascar. © ALEXANDER JOE / AFP

Olivier Mahafaly: «Je suis le candidat à abattre»

Il a été l’un des cinq Premiers ministres du président sortant Hery Rajaonarimampianina. Olivier Mahafaly est resté plus de deux ans à la tête du gouvernement, avant d’être poussé à démissionner en juin dernier, pour sortir de la crise politique d’avril 2018. Parallèlement, pendant quatre ans, il a dirigé le ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation. Aujourd’hui, il critique ouvertement les actions menées par l’ex-chef de l’Etat. A 54 ans, ce natif de Nosy Be se présente pour la première fois à une élection présidentielle, contre son ancien président, mais également contre plusieurs de ses anciens ministres.

Olivier Mahafaly Olonandrasana, le Premier ministre malgache, devant la presse, le 26 juin 2016. © RIJASOLO / AFP

Hery Rajaonarimampianina: «J’ai augmenté la production rizicole de 30% en quatre ans»

Hery Rajaonarimampianina vient de passer plus de quatre années à la tête du pays au poste de président de la République. Il brigue un deuxième mandat. Conformément à la loi malgache, il a dû quitter le pouvoir quelques semaines avant l’élection.

Le président malgache sortant Hery Rajaonarimampianina, le 29 janvier 2018 à Addis-Abeba. © AFP/Simon Maina

Andry Rajoelina: «Je me suis bien entouré, j’ai changé»

Président de la Haute Autorité de la transition de 2009 à 2014, arrivé au pouvoir hors des urnes à la suite d’une insurrection, Andry Rajoelina dit, depuis, avoir changé. A 44 ans, bien décidé cette fois à se hisser au sommet de l’Etat par les urnes, il revient avec derrière lui une véritable machine de guerre politique. Aujourd’hui, le président du parti Mapar estime qu’il a six chances sur dix d’être élu directement au premier tour.

A Madagascar, Andry Rajoelina, le président sortant lors de la passation de pouvoir avec son successeur, Hery Rajaonarimampianina, le 24 janvier 2014. © AFP PHOTO / RIJASOLO

Didier Ratsiraka: «Il faut d’abord régler les vrais problèmes avant de faire des élections»

L’ancien président malgache Didier Ratsiraka candidat à l’élection présidentielle du 7 novembre. Officier de marine, « l’Amiral rouge », comme il est surnommé, a déjà dirigé le pays pendant près de 21 ans de 1975 à 1991 avant son premier exil en France, puis de 1996 à 2002. Sa candidature à l’élection présidentielle de 2013 avait été rejetée par la Cour électorale spéciale. Âgé de 81 ans aujourd’hui, il a finalement déposé à la dernière minute sa candidature à la Haute Cour constitutionnelle pour l’élection de novembre.

L’ancien président malagache Didier Ratsiraka en Ethiopie en 2009. © AFP/ Grégoire Pourtier

Marc Ravalomanana: «Le plus important pour les Malgaches, c’est d’avoir un leader»

Il a été chassé du pouvoir il y a neuf ans, et pourtant il croit en ses chances. A Madagascar, l’ex-président Marc Ravalomanana est l’un des 36 candidats à la présidentielle du 7 novembre prochain. Et ses meetings attirent du monde. Peut-il être le revenant de la politique malgache ? L’homme qui a été tour à tour chef d’entreprise, chef d’Etat et exilé politique y croit.

Marc Ravalomanana, le 17 février 2011. © Reuters / Mike Hutchings

Jean Ravelonarivo: «L’insécurité sera résolue dans une année au maximum»

Premier ministre pendant un peu plus d’un an de janvier 2015 à avril 2016 sous la présidence de Hery Rajaonarimampianina, le général Jean Ravelonarivo s’était fait très discret depuis sa démission à la tête du gouvernement. Militaire, mais aussi opérateur économique, il est revenu dans l’arène politique en juin dernier avec l’annonce de sa candidature à la présidentielle du 7 novembre.

Jean Ravelonarivo, Premier ministre malgache, est la cible d’une motion de censure déposée par une centaine des 151 députés du Parlement. le vote aura lieu ce vendredi 3 juillet. © AFP PHOTO / RIJASOLO

Disproportion de moyens

Les bailleurs de fonds internationaux qui financent largement l’organisation du scrutin seront également présents sur le terrain, aux côtés de la Ceni, pour veiller au bon déroulement du vote. L’Union européenne a commencé à déployer une équipe d’observateurs qui comptera une cinquantaine de personnes d’ici au 7 novembre. « Il faut à tout prix éviter qu’un candidat ne se déclare vainqueur sans attendre les résultats officiels », redoute un diplomate en poste à Antananarivo.

Les associations de la société civile ont de leur côté pris des dispositions pour poster des vigies dans quelque 6 000 bureaux de vote sur les 25 000 qui seront ouverts à travers le pays. L’état calamiteux des routes ne facilitera pas le travail de contrôle, en particulier dans les communes les plus enclavées qui s’apprêtent à recevoir le matériel de vote par hélicoptère.

La charte de bonne conduite proposée aux candidats à l’initiative d’une dizaine d’organisations de la société civile et d’institutions, dont la Ceni, le Conseil de réconciliation nationale ou Transparency International, a fait un flop qui en dit long sur les craintes qui entourent le scrutin. Seuls douze ont accepté de la signer, parmi lesquels le président sortant, Hery Rajaonarimampianina.

« Il y a pourtant longtemps que les Malgaches n’ont pas eu l’occasion de voter à la fin du mandat d’un président élu », rappelle Juvence Ramasy, maître de conférences à l’université de Toamasina, pour souligner les progrès réalisés depuis le coup d’Etat de 2009. « Hery Rajaonarimampianina, après avoir tenté de manipuler la Constitution, s’est finalement soumis aux règles en démissionnant de son poste pour mener campagne. »

Plus que les programmes, dont les contenus restent pour la majorité des candidats encore assez insaisissables, c’est la disproportion de moyens qui semble devoir façonner la campagne. Les ex-présidents, qui, de ce point de vue, écrasent la compétition, n’ont du reste pas attendu le coup d’envoi officiel pour commencer à sillonner le pays. Il n’existe aucune loi limitant les dépenses.

Les deux protagonistes de la crise de 2009 – Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana –, qui avaient été interdits de se présenter en 2013, sont classés parmi les plus grosses fortunes de Madagascar par le magazine américain Forbes. Ils sont également propriétaires de groupes de médias dont les prix pour diffuser des spots de campagne ou accéder aux plateaux de télévision se sont envolés, au dire de candidats moins fortunés.

Climat de corruption

Près de dix ans après sa prise du pouvoir grâce au soutien de l’armée, le premier mise sur un discours de la repentance pour convaincre les Malgaches qu’il a tiré les leçons du passé. Son autobiographie Par amour de la patrie, lancée en septembre à Paris, est censée rétablir la vérité sur la Haute Autorité de transition qu’il dirigea (2009-2013) au prix d’un isolement diplomatique, avec le retrait presque total des bailleurs de fonds et d’un développement des trafics mafieux autour des ressources naturelles qui n’ont depuis cessé de prendre de l’ampleur.

Marc Ravalomanana, lui, essaiera de capitaliser sur les souvenirs de son premier mandat, resté dans les esprits comme une période de relative prospérité.

Quant à Hery Rajaonarimampianina, il a déjà commencé à défendre son bilan en mettant en avant les 5 % de croissance économique saluée par le Fonds monétaire international (FMI), « la plus forte depuis dix ans », et de façon moins convaincante à proclamer une réduction spectaculaire de la pauvreté. Les chiffres sur lesquels le président sortant s’appuie pour affirmer que le taux d’extrême pauvreté – soit un revenu inférieur à 1,90 dollar par jour, selon la définition internationale – est passé de « 92 % à un peu plus de 70 % » au cours de son mandat sont en effet inexacts. Ce taux, qui était de 78 % en 2012, est resté quasiment inchangé, selon les données les plus récentes de la Banque mondiale.

A côté de ces trois caravanes, les Malgaches auront le choix entre une myriade de candidats plus ou moins identifiés. L’« Amiral rouge » Didier Ratsiraka, 81 ans, deux fois déjà aux commandes du pays (de 1975 à 1993 puis de 1997 à 2002), le pasteur Mailhol, dont le mouvement sectaire est crédité d’un million de fidèles, une magistrate, Fanirisoa Ernaivo, au discours offensif pour la défense d’un Etat de droit, le chef de file du patronat, Erick Rajaonary, le chanteur Dama, qui espère déjouer la puissance des « gros candidats » grâce à une campagne de proximité menée par son mouvement citoyen…

« Parmi ces 36 prétendants, certains sont là pour prendre date en vue de futures échéances électorales, d’autres visent un poste ministériel dans le prochain gouvernement et il n’est pas à exclure que d’autres encore se soient lancés dans la course uniquement pour servir une stratégie d’éparpillement des votes au profit de l’un des favoris », analyse le politologue Andry Raodina, qui déplore la confusion du paysage électoral.

Quoi qu’il en soit, tous devront affronter la désillusion d’une population dont la majorité estime que les conditions de vie se sont dégradées, dans un climat de corruption des élites qui incite à se détourner des urnes.

sources de l’article : lemonde.fr

source des images :   rfi.fr

 

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