Association for Free Research and International Cooperation

Log in Join the community

Afrique, les pétitions signées sur le continent trouvent-elles effets d’application ?

11.09.2019
Article de la rédaction AFRIC
La multitude de combats qui existent dans le monde trouve rarement des solutions ou moyens de solutions identiques. Tandis que les uns font appel aux pistes de solutions traditionnelles consistant à combattre le problème directement par des mécanismes parfois édictés par le législateur, les autres, devant des difficultés plus complexes et urgentes font parfois appel aux pistes de solutions qui nécessitent la mise en branle de tout un processus qui n’aboutit pas toujours à un succès. Si les premiers se considèrent souvent comme des personnes bénéficiant de moyens conséquents et suffisamment claires, les seconds eux, pensent que les moyens dont ils disposent, même si n’étant pas en quantité suffisante, leur permettent au moins de révéler à la face du monde l’ampleur du problème, objet de leur combat. . Pour mener à bien leur combat, ces derniers font alors appel à des canaux nouveaux comme les sondages, les tweets ou encore les pétitions.

Dérivé du latin petitio principi qui désigne un raisonnement fallacieux, le droit de pétition apparait comme un droit accordée à la population qu’elle soit nationale, continentale ou mondiale de se prononcer sur une question donnée en faisant une demande directe au souverain ou aux représentants de l’exécutif afin de donner une orientation différente ou une solution positive à un problème de société précis. Il est ouvert à toute personne qu’elle soit personne physique ou personne morale et se présente le plus souvent sous la forme d’un ensemble de signatures au bas d’un texte. Aujourd’hui, il faut distinguer l’existence de deux types de pétitions ; ceci depuis l’avènement des TIC et de l’internet. Alors que dans sa formule traditionnelle, la pétition consistait simplement pour des volontaires à recueillir dans les rues des signatures de volontaires au bas d’un document papier, la donne à changer significativement avec l’arrivée de l’internet.

Désormais, les pétitions en ligne, l’autre formule, plus nouvelle, sont devenues la norme parce qu’elles n’imposent plus de se déplacer dans les rues mais simplement de rester en un lieu quelconque et d’apposer sa signature de manière électronique sur un document qui soulève un problème important. Si les pétitions, au vue des résultats probants engrangés, ont connu un succès important dans plusieurs continents du monde, en Afrique, nombreux sont ceux qui remettent encore en cause l’efficacité de cette méthode.

Les dérives liées au faible taux de pénétration de l’internet

Aujourd’hui, les pétitions sous format papier ont presque totalement disparu avec l’irruption du digital qui a complétement envahi l’espace. Que ce soit en Afrique ou ailleurs, les problématiques d’un monde ultra connecté se posent de plus en plus avec acuité. Pour que les pétitions puissent être considérées par l’exécutif, nombreux sont les pays qui, au regard de l’impact social créé par ces signatures, ont dû légiféré en fixant un seuil qui, lorsqu’il est atteint, oblige par exemple les représentants du peuple à se saisir de la question soulevée pour y apporter une solution positive. Ainsi, aux États-Unis, la maison blanche a instaurée un système selon lequel elle s’engage à examiner toute pétition dépassant les 100 000 signatures. Le seuil des 100 000 signatures est également celui défini au Royaume Uni. . En république fédérale suisse, le quota imposé est lui de 10.000 signatures. Dans ce dernier cas de figure, illustratif est la pétition qui avait été lancée par le député suisse Sylvain Thévoz qui demandait le départ du président Camerounais Paul Biya du territoire suisse après les affrontements qui avaient lieu à Genève entre les partisans du président camerounais, sa garde rapprochée et les membres de la Brigade Anti Sardinards.

Cette pétition qui avait alors dépassé le seuil des 10 000 signatures exigibles avait été soumise selon les règles au gouvernement fédéral. Il faut dire que les entreprises et les gouvernements commencent à prendre la mesure du phénomène

En dépit de ces chiffres, pour que les pétitions soient prises en compte, il faut, en plus des quotas de signatures, que la problématique soulevée soit suffisamment délicate au point où l’exécutif trouve assez pertinent de se saisir de la question pour l’examiner d’avantage. A ce niveau, le contraste observé à l’ère du numérique est alors que, malgré les progrès envisagés, l’Afrique souffre encore bien trop du faible taux de pénétration de l’internet sur le continent, et aussi que déjà, les africains, dont le nombre de détenteur de boite e-mail, indispensable pour la signature de pétitions est faible, ne s’intéressent que très peu à ce genre de combats sur les réseaux sociaux. Pour contourner cette difficulté, il serait alors bon que les autorités s’attèlent à réglementer la question  en fixant des quotas bas, concomitamment non pas en fonction du taux de population connectée, mais en fonction par exemple des résultats des sondages qui seraient réalisées sur le caractère attrayant de la question. Après tout, s’il faut s’en tenir à la définition de la démocratie par Abraham Lincoln pour qui, tout doit être fait dans l’intérêt du peuple, aussi désintéressée soit-il.

La progression des chiffres, signes  d’une réussite future

Les plateformes de pétitions en ligne sont nombreuses et restent plus sécurisées que les sites qui n’y sont pas dédiés exclusivement. À l’instar d’Avaaz ou encore change.org, les deux leaders mondiaux, plusieurs autres plateformes ont également mis le continent africain au cœur de leurs stratégies. Change.org enregistre par exemple 20 000 nouvelles pétitions chaque mois, qui viennent s’ajouter aux 800 000 déjà présentes et qui attirent 3 millions de nouveaux utilisateurs mensuels dans 196 pays. Dans ces chiffres, le continent africain n’est pas en reste. Même s’il n’a pas encore exploité tout son potentiel, il faut relever que quelque 770 000 africains, en particulier maghrébins et sud-africains signent généralement les pétitions en ligne sur Change.org, contre 1,2 million sur Avaaz.

Le succès des batailles remportées

L’avènement des TIC et de l’internet a permis de décuplée logiquement la puissance des pétitions partout dans le monde et même en Afrique où elles trouvent déjà tout leur sens et leur raison d’exister. Si désormais tout le monde peut lancer une pétition en remplissant seulement les trois champs exigibles que sont la précision du destinataire de la pétition, la demande et son argumentaire, c’est la démocratie qui en sort gagnante car elle peut désormais s’exercer en seulement quelques clics. Si les sujets des pétitions en Afrique varient beaucoup en fonction des tendances comme la politique, l’accès aux services de base, la protection de la vie animale et l’environnement, il en ressort néanmoins que la liste des victoires, grandes ou petites, s’allongent de jour en jour ; car ce qui est étonnant, c’est que souvent par leur biais, l’impossible devient possible.

Plusieurs succès enregistrés sur le continent témoignent de l’impact que les pétitions peuvent dorénavant y avoir. En avril 2013 par exemple, 1,7 million de personnes avaient signé la pétition protestant contre l’éviction des communautés Masaï de Tanzanie. Ce qui à la fin, avait été une victoire, car ces populations finirent par conserver leur terre. On se souvient également du succès de la pétition qui avait été lancée pour réclamer justice pour le viol en octobre 2016 de la petite adolescente kényane Liz, considérée comme le nouveau symbole de la lutte contre l’impunité qui avait recueilli sensiblement recueilli près 1,7 million de signatures. En dernier, on peut en outre se référer à la pétition contre le mariage post-viol au Maroc, qui en rassemblant 1,2 million de soutiens avait également connu un franc succès puisque cette mesure n’avait plus été adoptée par la suite.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit : google image/illustration

To view full news and leave comments you must be logged in. Please join the community