Association for Free Research and International Cooperation

Log in Join the community

Cameroun, le discours surprise du Chef de l’État face aux défis sécuritaires

10.09.2019
Article de la rédaction AFRIC
Face aux défis sécuritaires alimentés par la guerre dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest et l’instabilité qui brouille l’atmosphère sociale depuis les élections du 7 octobre dernier au Cameroun, nombreux sont ceux qui, de l’opposition ou du parti au pouvoir réclamaient une prise de parole publique du Président Paul Biya. Homme habitué à une discrétion que certains ont vite fait de qualifier de « légendaire », le Chef de l’État a finalement décidé, par un discours surprise, parce que pas conforme à ses traditionnelles allocutions bien définies, de se prononcer sur les questions querellées en fixant le cap des solutions envisageables qui seront mises sur pied pour un retour à la paix.

Il est alors 20 heures, le mardi 10 septembre 2019 lorsque le Chef de l’État fait son apparition devant les caméras de la télévision publique pour livrer sa pensée et ses attentes par rapport à une guerre qui dure déjà depuis bientôt trois ans. Si la quasi-totalité de son allocution a porté sur la Crise Anglophone alors que bon nombre de personnes alimentaient les rumeurs en annonçant une possible libération des prisonniers « politiques » et de ceux arrêtés dans le cadre des réclamations corporatistes et sanglantes de la sécession du pays, ou encore sa démission comme avec son prédécesseur le président Ahmadou Ahidjo en 1982, le président Paul Biya a livré un discours de trente minutes qui laisse apparaître plusieurs interrogations.

A propos des réclamations corporatistes de 2016 

D’emblée le Chef de l’État est revenu sur les concessions « précaires » et survenues à contre temps qui avaient été faites par le gouvernement pour essayer de solutionner les griefs soulevés par les avocats et enseignants au moment du début de la crise. Sauf qu’en rappelant les solutions cosmétiques qui avaient été apportées aux problèmes d’alors comme la traduction en langue anglaise des textes OHADA, la création d’une section de la Common Law à la cour suprême et à l’École Nationale d’Administration et de Magistrature, le recrutement spécial d’enseignants bilingues dans l’enseignement secondaire, un arrêt des poursuites ordonnées en faveur de « certaines » personnes interpelées dans le cadre de ces revendications, la création d’une Commission Nationale pour la Promotion du Bilinguisme et du Multiculturalisme, le chef de l’État a omis d’aborder la question « primordiale » relative au traitement infamant et inhumain qui avait été infligé à certains leaders et annexes au début de la crise.

Ces personnes, invitées à la table des négociations avaient par exemple été injustement et illégalement arrêtées et jetées en prison sous le fallacieux prétexte du maintien de l’ordre public. Les étudiants d’expression anglaise ou habitants des régions du NOSO avaient également ressenti la recrudescence d’une marginalisation lorsque les forces de l’ordre, sous les yeux bien éclairés du Président de la République, leur infligeaient des traitements dégradant en leur faisant prononcer à haute voix des phrases qui heurtent la sensibilité.

En ce taisant devant toutes ces exactions, beaucoup percevaient et continuent de percevoir ce silence du Chef de l’État sur la question comme l’onction par lui accordée aux forces de l’ordre et de sécurité pour se livrer à cette abjection. 

Sur la question du grand dialogue national inclusif

Longtemps réclamé par toutes les franges de la population, le Président Paul Biya a finalement accédé à l’ouverture du grand dialogue national inclusif tant souhaité par tous. Sans déroger à la question du : « avec qui allons-nous dialoguer ? », le Chef de l’État a décidé de convier tous les leaders d’opinions de tout bord à cette grande messe du dialogue. Que ce soit les parlementaires, hommes politiques, leaders d’opinion, intellectuels, opérateurs économiques, autorités traditionnelles, autorités religieuses, membres de la diaspora et les représentants des forces de défense et de sécurité, des groupes armés et des victimes, le Chef de l’État les a tous listés comme devant prendre part à ce dialogue.

Mais une question importante se pose; si les leaders de la contestation et de la sécession ne sont pas invités à ce dialogue, à qui incombera la charge de porter et d’imposer les résolutions qui seront issues de ce dialogue au près des sécessionnistes ? N’es ce pas là une solution incomplète ou du moins partielle à l’heure où l’apaisement et les appels à la paix et au pardon sont les maîtres mots de tous les débats politiques y compris même des récents tweets du Chef de l’État lui-même? Dans son discours à la nation, le Chef de l’État a également tenu à préciser que ce dialogue qui ne concernera exclusivement pas que la situation dans les régions du NOSO, touchera également des questions d’intérêt national communes aux autres huit régions du pays. Pour présider cette grande conférence sur le dialogue national qui devrait normalement, si le calendrier annoncé est respecté, se tenir avant la fin de ce mois de septembre 2019, une autre préoccupation va naître sur l’opportunité de désigner le Premier Ministre, Chef du Gouvernement comme le meneur des travaux. es ce là un aveu de faiblesse ou d’échec pour le Premier Citoyen sur son incapacité à pouvoir lui-même diriger les travaux de ce dialogue qu’il a qualifié de « problème d’ordre national » ?

Pourquoi le premier citoyen du pays, grand défenseur du pardon et mendiant de la paix ne serait-il pas lui-même la tête de file de cette concertation historique ? En plus avec le précédent récemment observé (sans qu’aucune sanction n’ait été prise) entre les déclarations du premier ministre qui lors de sa tournée dans les régions du NOSO déclarait que l’on pourrait discuter de tout sauf de la sécession et les déclarations du Ministre de l’Administration territoriale qui lui, quelques jours après déclarait sur les ondes d’une chaîne de télévision française que, l’on discutera de tous sauf de la forme de l’État, plusieurs seront fondés à ne pas croire à l’initiative d’une telle démarche.

En outre, pourquoi choisir l’envoi des délégations à la rencontre de la diaspora  pour recueillir leur contribution et réflexion sur la solution de cette crise ? es ce pour dire que cette diaspora qui a un jour dit non au Chef de l’État en lui demandant de rentrer au Cameroun est désormais interdite de fouler le sol du territoire Camerounais pour quel que raisons que ce soit ? En plus, qui dans ces délégations à venir pourra être comptable de la restitution parfaite des axes de réflexions de la diaspora qui chaque montre un peu plus que son avis doit être pris en compte dans les questions de direction des choses de la République ? Ne peut-elle pas être directement invitée à la table des débats avec ses contributions ?

Sur la question de la libération des prisonniers « politiques »

Alors que sur la toile et dans les médias plusieurs acteurs ou influenceurs politiques annonçaient une probable libération des personnes arrêtées dans le cadre des marches du 26 janvier, 1er et 8 juin 2019 pour détendre d’avantage l’atmosphère social et laisser la voie au pardon et à la réconciliation, le Chef de l’État n’a dit mot sur le sujet.

Se contentant juste de rappeler sans citer ces derniers que le respect de la règle de droit devrait être la chose de tous et que loi devait s’appliquer à toutes les personnes l’ayant transgressé. En tout état de choses, en plus du fait de se poser la question de savoir si une réussite pourra être envisagée en 20 jours là  où en 5 ans un échec cuisant avait été consommé malgré l’engagement personnel et ferme du Chef de l’État à garantir l’organisation de la première Coupe d’Afrique des Nations à 24 équipes, seuls les jours à venir pourront nous renseigner sur la force de l’initiative actuelle par le Président Paul Biya.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Crédit : google image/illustration

To view full news and leave comments you must be logged in. Please join the community