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Xénophobie en Afrique du sud, signe d’un mal-être social

10.09.2019
Article de la rédaction AFRIC
Commerces vandalisés, véhicules brulés, personnes assassinés, arrestations massives …la flambée de violences à l’encontre des étrangers en Afrique du Sud a atteint des proportions inquiétantes. La nation en ciel rêvée par Nelson Mandela, devenue une terre hostile aux immigrants, semble au vue des derniers évènements, loin de l’idéal prôné par le père de la lutte anti apartheid. Hors des frontières sud-africaines l’indignation est générale. Homme d’Etats, personnalités publics et organisations internationales condamnent avec la même ferveur, l’attitude du peuple sud-africain notamment de la communauté noire à l’encontre des ressortissants étrangers.

Dans une Afrique du Sud où le taux de chômage qui frôle les 30% touche particulièrement la communauté noire, la cohabitation avec les travailleurs étrangers est de plus en plus sources de tensions. Le pays dirigé par Cyril Ramaphosa n’est pas à sa première crise du genre. Des émeutes anti migrants ont secoué le pays en 2008 faisant 62 morts puis en 2015 (15 morts) et en 2017.

Les nigérians, une communauté ciblée

Les émeutes xénophobes qui ont débuté à Johannesburg le 01er septembre dernier se sont progressivement rependues à Pretoria et dans la province du Kwazulu-Natal. A Johannesburg, à Pretoria et dans plusieurs townships situés aux périphéries des grands centres urbains, des commerces tenus par des étrangers ont été pillés et incendiés.

Pays émergeant, l’Afrique du sud est devenu une destination prisée pour de nombreux africains qui espèrent y gagner leurs vies. Si l’on note une forte présence d’indiens, de pakistanais et de ressortissants de pays voisins tels que le Mozambique, le Zimbabwe et la Namibie, les nigérians sont également l’une des communautés étrangères dont la représentation est significative. Selon les médias nigérians leur nombre est estimé à 800 000. Un chiffre réduit par les rapports officiels sud-africains qui font état de 30 000.

Les violences xénophobes qui ont pour cibles les migrants africains exaspèrent au plus haut point dans les quatre coins du continent où de nombreuse voies appellent à une riposte commune contre les symboles de l’économie sud-africaine. L’un des premiers dirigeants à faire part de son mécontentement est le président nigérian Mouhamadou Buhari. L’ancien général qui a dépêché en Afrique du sud une mission, a fait savoir que des mesures seront prises en réponse aux attaques xénophobes visant les nigérians et leurs intérêts économiques. Les deux grandes puissances économiques d’Afrique qui ne sont pas à leurs premiers antécédents en ce qui concerne les attaques xénophobes s’étaient retrouvé en 2017 au cœur d’une crise diplomatique après une série de violences à caractère xénophobe à l’encontre de migrants africains à Rosettenville. Le puissant syndicat d’étudiants nigérians connu sous le nom de NANS a pour sa part exigé le départ du pays de toutes les entreprises sud-africaines dont le géant de télécom MTN et le fournisseur de programmes télé DSTV.

La mort d’une nigériane Elizabeth Ndubuisi-Chukwu par étranglement dans sa chambre d’hôtel à Johannesburg serait l’élément déclencheur de la colère du peuple nigerian. Pour la presse locale il s’agit d’un meurtre de plus parmi tant d’autres visant les nigérians présents en terre sud-africaine. Travailleurs, compétitifs et appréciés de leurs clientèles, les commerçants nigérians dont les affaires fonctionnent plutôt bien, sont mal vus par leurs concurrents sud-africains. Dans les townships où sont installés leurs commerces ils sont accusés par les autochtones d’entretenir des réseaux de prostitutions, de contrebande et de trafics de stupéfiants.

Liens entre chômage et xénophobie 

La fronde de chauffeurs sud-africains intervenues en parallèle avec les pillages de magasins et commerces appartenant aux étrangers, laisse penser que la poussée de xénophobie qui secoue l’Afrique du sud serait en lien avec le chômage grandissant dans le pays. Les chauffeurs sud-africains en grève depuis quelques jours accusent leurs homologues migrants de ravir leur place en constituant une main d’œuvre bon marché.

« Le peuple sud-africain a faim mais il reste à la maison, alors que des entreprises du pays préfèrent employer des étrangers payés moins chers…Ça fait deux ans que l’on discute avec le gouvernement et les patrons, mais il n’y a toujours pas de solutions. »   Sipho Zungu, représentante d’un syndicat de routiers.

Selon le forum africain de la diaspora, une association de migrants vivant en Afrique du sud, la rareté des emplois est à l’origine du sentiment d’animosité qu’éprouvent des sud-africains envers les étrangers. Certains élus locaux se servent de cette frustration pour justifier le taux élevé de la criminalité lié selon eux à la présence massive de migrants africains, ce que plusieurs ONG dénoncent. Malgré son niveau économique élevé, l’Afrique du sud connait de graves inégalités sociales qui affectent tant les domaines publics que privés. Les discours politiques identitaires et la corruption qui prévaut au sein d’une certaine bourgeoisie qui détient une grande partie des richesses du pays, entretiennent la haine entre les communautés.

L’impunité qui règne dans les townships occupés par une classe défavorisée est également un facteur non négligeable dans l’ampleur des violences contre les étrangers en Afrique du sud. Plusieurs ressortissants africains soutiennent avoir été victimes de violences sans que les coupables ne soient inquiétés par les forces de l’ordre. L’arrivée au pouvoir en 1994 de l’ANC, n’a pas mis fin aux inégalités raciales et sociétales que connait depuis des décennies l’Afrique du sud. Les violences qui ciblent les communautés immigrées dans la première puissance industrielle du continent trouvent leurs origines dans les frustrations d’une population noire autochtones démunie, se sentant lésée par la politique des nouveaux maitres du pays qui n’ont pas répondu à toutes ses attentes. En prenant pour cible ses frères africains pour se victimiser, elle a oublié un peu trop vite le rôle joué par le continent pour qu’elle soit libérée du joug de l’apartheid.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit : google image/illustration

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