Association for Free Research and International Cooperation

Mugabe, figure historique et contemporaine du Zimbabwe

07.09.2019
Article de la rédaction AFRIC
Figure marquant de la lutte anticoloniale, l’ancien président zimbabwéen Rober Mugabe a tiré sa révérence ce vendredi 06 septembre 2019 à l’âge de 95 ans. De héro national à homme d’Etat trahi par ses fidèles et proches, contraint à la démission par l’armée, Robert Mugabe reste l’un des personnages ayant marqué la scène politique africaine ces 50 dernières années. Considéré par certains comme un panafricaniste, un fervent défenseur de la cause noire, et par d’autres comme un despote, un dictateur dont le pouvoir autoritaire aura conduit l’ancienne Rhodésie du sud dans une déchéance économique sans nulle pareille, Robert Mugabe au terme de sa longue carrière politique laisse derrière lui un bilan aussi mitigé que son interminable règne de 37 ans à la tête du Zimbabwe.

Héro de l’indépendance

Avec la mort de Mugabe, c’est une page de l’histoire du Zimbabwe qui se tourne. Une histoire dont l’ancien président aura été un acteur majeur. Appelé père de l’indépendance, Robert Mugabe avant sa destitution en 2017 était en Afrique le dernier combattant pour l’indépendance encore au pouvoir. Si de nombreux articles publiés par la presse occidentale depuis l’annonce de son décès préfère dresser de lui le portrait d’un sombre personnage  ayant joué un rôle actif dans l’effondrement économique de son pays  , l’homme pour de nombreux dirigeants du continent n’en demeure pas moins une figure importante de la lutte anti coloniale, un héro révolutionnaire dont la contribution pour la libération du Zimbabwe du jouc colonial et de la domination de la minorité blanche raciste  doit être éternellement saluée.  « Camarade Bob » comme il se faisait affectueusement appeler par ses proches a son nom lié à plusieurs dates historiques de son pays comme l’a rappelé dans son hommage le président russe Vladimir Poutine.

Né en 1924 dans l’ancienne Rhodésie du Sud, à une centaine de km de la capitale Harare, Mugabe est celui dont la lutte libèrera en 1980 le Zimbabwe de la dictature raciste de Ian Smith. Mais avant d’accéder à la tête du pays, cet ancien boursier de l’université noire de Fort Hare en Afrique du Sud, tout comme Mandela, a connu des années d’incarcérations. Son combat pour la liberté est inspiré de son séjour au Ghana alors dirigé par Kwame Nkrumah.  Après dix ans passées derrière les barreaux, il est porté à la tête de la branche armée du mouvement Zanu-PF qui veut chasser le régime raciste blanc du pouvoir. Un objectif qui sera finalement atteint en Avril 1980 après une farouche guerre d’indépendance qui aura fait environs 30.000 morts. Grace à cette victoire, le pays change dès lors de nom pour s’appeler « Zimbabwe ». Son accession au pouvoir ouvre la voie à une transition marquée par la réconciliation, l’apaisement et de nombreux privilèges accordés à la minorité blanche, ce qui lui vaudra l’admiration et le soutien de la communauté internationale.

De la prospérité au naufrage économique

Si les premières années de Mugabe à la tête du Zimbabwe ont été marquées par une certaine dynamique économique, la suite est peu glorieuse. Enseignant de formation et passionné de littérature anglo-saxonne, Mugabe dès son accession au pouvoir adopte une série de reformes dans le secteur de l’éducation qui très vite dotent son pays d’un système éducatif performant tout en faisant de lui l’une des nations en Afrique ayant un taux d’alphabétisation très élevé. Grace aux investissements des bailleurs de fond qui affluent, et à son implication personnelle sur le terrain, le Zimbabwe connait également une dynamique dans le domaine de la santé et surtout de l’agriculture. Les accords de Landcaster, signés pour mettre un terme à la guerre de libération ont permis aux fermiers blancs de garder la moitié des terres. L’agriculture qui se porte bien permet au Zimbabwe de figurer parmi les leaders au monde dans la production du tabac et fait de lui le grenier à céréale en Afrique.

Mais après cette période faste va s’en suivre vers les années 90 une sévère cure d’austérité imposée au Zimbabwe par les institutions de Breton Wood. Pour faire face à la crise, le régime envoie des milliers de fonctionnaires au chômage et réduit la dépense publique. Le programme de redistribution de terre exigé par les vétérans de la guerre de libération du pays au début des années 2000 vient compliquer la situation. Cette politique d’expropriation de fermiers blancs que le clan Mugabe présente comme une justice visant à corriger les erreurs du passé, est la cause du divorce entre Mugabe et les occidentaux. La réforme agraire que refuse de financer le gouvernement de Tony Blair, lui vaut des critiques de la part de nations occidentales et surtout une série de sanctions économiques imposées par l’Union européenne. Malgré le soutien de la Chine et de la Russie qui restent des partenaires économiques du Zimbabwe, Mugabe est de plus en plus critiqué sur la scène internationale pour son règne qualifié d’autoritaire et les relations tumultueuses qu’il entretient avec l’opposition qu’il est accusé de mater. La décision de retirer son pays du Commonwealth et de la Cour pénale internationale est le résultat de cette guéguerre.

Trahi par son clan

Boudé par l’occident Mugabe s’isole de plus en plus. Son âge avancé et ses capacités physiques amoindries nourrissent au sein de son propre clan une guerre de succession opposant d’un côté des figures de proue du parti telles que le vice-président Emmerson Mnangagwa, la vice-présidente Joyce Mujuru et de l’autre son épouse Grace devenue entre-temps très influente et populaire. L’animosité qui règne au sein de la famille politique de l’octogénaire prend des proportions avec les limogeages de Mujuru et Mnangagwa, l’ancien dauphin longtemps considéré comme son bras droit.

L’ancien chef d’Etat-major des armées et leader des services secrets zimbabwéen qu’on appelle l’ami des généraux, est d’ailleurs accusé par une certaine opinion et par l’ancien président lui-même d’être à l’origine du coup de force de l’armée qui conduira à sa démission le 21 novembre 2017. Cette trahison que Mugabe qualifie de honte marque le déclin d’une veille amitié entre les deux compagnons d’armes. Candidat de la Zanu PF lors du scrutin de 2018, Mnangagwa ne bénéficiera pas du soutien de Mugabe qui laissera entendre la veille du scrutin qu’il votera pour Nelson Chamisa le candidat du principal parti d’opposition.

Adulé pour son franc parlé, Mugabe suscitait de l’admiration auprès de ses paires africains. Celui qui sans langue de bois accusait l’occident d’être responsable de tous les maux dont souffrait son pays a été fait héro national par l’actuel président Emmerson Mnangagwa qui a promis de lui organiser des funérailles nationales.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit: google image/illustration

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