Association for Free Research and International Cooperation

Cameroun : l’illusion de la gratuité de l’éducation de base

06.09.2019
Article de la rédaction AFRIC
Consacrée comme un droit humain fondamental, universel et inaliénable par plusieurs instruments juridiques internationaux et nationaux tels que la déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948, la convention relative aux droits de l’enfant, la charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant ou encore la loi n° 2008/001 du 14 avril 2008 modifiant et complétant certaines dispositions de la loi n° 96/06 du 18 janvier 1996 portant révision de la constitution du 2 juin 1972, le droit à l’éducation, qui constitue le nœud des combats menés par l’Unesco joue un rôle fondamental dans le développement humain social et économique des nations. A travers ce combat vertueux, l’Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture s’était inscrit dans la logique de réalisation d’une éducation universelle, dont le projet baptisé « Education Pour Tous », devait permettre à ce que tous les enfants, en particulier les filles et les enfants défavorisés, aient accès à une éducation dans le cycle primaire qui soit gratuite et de qualité. Sauf que, bien des années après les six objectifs fixés à Dakar en avril 2000, des freins ont émaillés son implémentation dans plusieurs pays tels que le Cameroun.

Frais d’association des parents d’élèves, table-blanc, frais de cours d’informatique, matériels d’hygiène, rames de papier, frais d’examens séquentiels constituent la liste non exhaustive des frais et matériels exigés aujourd’hui pour inscrire les enfants du primaire dans les écoles publiques du Cameroun. Totalement en porte à faux des objectifs de l’Unesco qui prescrivent une éducation pour tous avec pour point d’achoppement la gratuité de l’éducation de base, la pratique observée dans le système éducatif au Cameroun laisse songeur. Pourtant, dans son annonce à la jeunesse du 10 février 2000, le président Paul Biya avait tenté de fixer le cap de la gratuité de l’enseignement primaire au Cameroun en recommandant explicitement un certain nombre de mesures nécessaires pour accompagner la gratuité en question. Parmi ces mesures, il avait alors annoncé la suppression des frais exigibles à l’école primaire publique. Avec cette suppression de frais qui s’élevaient à mille cinq cent francs (1500) conformément aux dispositions de l’article 2  de l’arrêté n°20/B1/14-64 du 13 mai 1996, les parents devaient dès lors pouvoir inscrive leurs enfants à l’école sans débourser un seul centime. Sauf que plus décennie après, le fantôme de la réalité continue de maintenir les parents d’élèves dans l’illusion.

L’insuffisance mixte du personnel d’encadrement pédagogique

Suivant les objectifs de l’Unesco adoptés en avril 2000 à Dakar au Sénégal, dont la réalisation devait être effective depuis 2015, la gratuité de l’école devait avoir pour socle la qualité des apprentissages. Il n’était pas question de plancher uniquement sur l’aspect quantitatif des élèves inscrits dans les écoles primaires publiques en faisant fi de l’aspect qualitatif. Sauf que jusqu’ici, le bulletin scolaire de la planète et du Cameroun en particulier ne clignote toujours pas vert. Alors que les effectifs d’élèves dans les écoles primaires publiques au Cameroun, dès l’annonce du Président de la République avait connu une ascension fulgurante avec, un taux d’accroissement en valeur absolue de l’ordre de 17,4% dès l’année scolaire 2000/2001, le contraste observé est que, malgré les efforts du gouvernement, le recrutement du personnel d’encadrement pédagogique n’a pas été proportionnel. La demande étant alors supérieure à l’offre, l’impact avait été immédiat sur la qualité des enseignements qui était requise pour remplir tous les canevas envisagés.

Ce manque de qualité a aussi la résultante d’un manque de préparation en amont dans l’implémentation de la politique du chef de l’État qui devait permettre une plus grande formation et un recrutement plus important des instituteurs dans la fonction publique. Plusieurs acteurs ont parlé d’une politique approximative de formation des en nombre et surtout en qualité puisque personne ne peut à proprement témoigner de la rigueur des vacataires qui continuent de faire office de bouche trou. Plus qu’un aveu de faiblesse, cette situation sonne donc aujourd’hui comme un échec majeur dans la mesure où l’éducation primaire au Cameroun est plus obligatoire que gratuite quand on voit les frais qui sont demandés aux parents.

 La surélévation des frais d’APE

Déjà en 2000, le ministre de l’éducation nationale donnait le ton en reprécisant la volonté du chef de l’État qui voulait que la gratuité des écoles primaires publiques, exit donc les écoles privées, devait s’accompagner de la gratuité des charges y relatives désormais incombant à l’État. C’était ça l’esprit de la décision du président de la république. Pour ce faire, l’État avait alors opté pour l’introduction du paquet minimum dans le fonctionnement des écoles. Ce paquet minimum, dans sa version officielle devait servir à combler les besoins de l’école issus de la suppression des frais exigibles.

L’incohérence soulevée entre la situation pratique et la décision du chef de l’État entérinée par le décret du 19 février 2001 qui disposait dans son article 47 que : « les élèves des écoles primaires publiques sont exemptées des contributions annuelles exigibles » fait assister aujourd’hui à une sorte de privatisation de l’école parce que, nonobstant toutes ces mesures, ce sont encore les parents qui la financent. Un échec pour l’implémentation au Cameroun des objectifs du millénaire pour le développement adoptés en 2000 à New York qui ont été transformés en objectifs du développement durable en 2015.

Malgré l’adoption au Cameroun de la stratégie sectorielle de l’éducation, les forfaitures constatées dans certaines écoles ont laissé place à la naissance de certains frais  d’un nouveau genre, déguisés sous le pseudonyme de frais de l’Association des parents d’élèves et enseignants (APEE). Modiques à la base, ces frais connaissent un peu plus chaque un rehaussement conséquent qui fait dire que sur le terrain, l’école reste payant et inaccessible à toutes les couches sociales et, est même encore plus chère qu’au moment où elle était payante. Beaucoup de parents qui, avec raison, critiquent ce rehaussement de sommes supposées permettre le recrutement des instituteurs vacataires, dénoncent un système trompeur qui promet des choses mais ne contribue pas efficacement à la mise en marche des conditions pratiques pour sa réussite. Il faut donc conclure en donnant raison au président de la fédération camerounaise des syndicats de l’éducation Hobie Emmanuel Mbassi qui avait déclaré que : « l’école primaire, loin d’être gratuite au Cameroun, n’est juste qu’obligatoire ».

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit ; google image /illustration

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