Association for Free Research and International Cooperation

Les forces armées sous régionales peuvent-elles constituer une sécurité frontalière en Afrique ?

03.09.2019
Article de la rédaction AFRIC
Le continent africain est de plus en plus confronté à la menace sécuritaire. L’ampleur des conflits armés, des actes de piratage, des crises sociales et attaques répétées de groupes terroristes, exigent une riposte d’envergure. La menace sécuritaire aujourd’hui concerne tout le continent. Plus aucune région n’est épargnée. Lors du dernier sommet de la communauté de développement d’Afrique australe (SADC) qui s’est tenue à Dar-es-Salem en Tanzanie, le président congolais Felix Tshisekedi a fait part à ses paires de la nécessité de créer une force régionale pour combattre les groupes rebelles armés qui sèment la terreur dans son pays et représentent une menace sérieuse pour la stabilité de la sous-région. Le successeur de Joseph Kabila qui aimerait que les pays de la SADC s’inspirent de la coalition internationale qui combat le groupe Etat Islamique, et le terrorisme en général, assure qu’une coalition régionale pourrait contenir l’insécurité grandissante qui sévit dans la partie Est de la RDC et qui est occasionnée par des milices tant locales qu’étrangères. Cette proposition du chef de l’Etat congolais interroge davantage sur le rôle que peuvent jouer de nos jours les forces régionales face à l’insécurité qui gagne du terrain sur le continent.

L’Afrique du Nord dans une lutte individuelle

Les pays d’Afrique du Nord sont confrontés à la menace terroriste que représente l’Etat islamique. Dans cette partie du continent, de nombreux groupes ont prêté allégeance à Daesh. Le chaos qui règne en Libye depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011 a favorisé la propagande extrémiste. Malgré la menace que représente l’extrémisme violent, les actions menées par ces pays restent individuels. En Egypte, l’opération Sinaï 2018 initiée par le président Al Sissi a permis de ratisser ce territoire désertique où s’étaient implantées de nombreuses fractions locales du groupe Etat islamique. Cette offensive militaire d’envergure menée par l’armée de terre, la marine et les forces aériennes a très vite porté ses fruits avec un contrôle accru des zones frontalières et un nettoyage en profondeur des foyers terroristes. Si l’Egypte a misé sur les représailles musclées de son armée pour ramener la sécurité sur ses terres, le Maroc a choisi une stratégie antiterroriste plutôt différente en lançant en 2018 un programme baptisé Moussalaha (réconciliation). Ce projet table sur la déradicalisation comme arme de lutte contre l’extrémisme violent qui cible les jeunes.  Son objectif est de rompre le lien entre terrorisme et criminalité. Grace à l’expertises d’experts des droits de l’homme et de la lutte contre la radicalisation les personnes inculpées et emprisonnées pour crimes reçoivent un soutien psychologique leur permettant une réhabilitation en milieu social.

L’Afrique centrale et l’Afrique de l’Ouest qui connaissent de graves problèmes sécuritaires ont fait de l’adage « l’union fait la force » leur créneau. Ces deux régions ont opté ces dernières décennies pour une synergie des forces pour promouvoir la stabilité et la sécurité sous régionale.

La force en attente de la CEDEAO

La Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest a réussi à sortir du cadre de la coopération économique pour se doter d’une force régionale. Les multiples missions qu’elle a réalisé avec succès dans les pays où elle a été déployée font d’elle selon de nombreux observateurs l’un des sérieux aboutissement d’une force régionale en Afrique.  Sous l’appellation auparavant d’ECOMOG (Cease fire monitoring group) elle est intervenue en terre libérienne en 1990 durant la guerre civile. La force en attente de CEDEAO a également été sollicitée en Guinée Bissau, puis en Côte d’Ivoire en 2002 et au Mali en 2012. Face à la crise causée en 2017 en Gambie par le refus de Yahya Jammeh de quitter le pouvoir après son échec à la présidentielle, c’est à ses services que l’organisation sous régionale a fait appel en cas de dérive sécuritaire dans ce pays d’Afrique de l’Ouest. Malgré son efficacité à agir dans la sous-région ouest africaine, la force en attente de la CEDEAO ne peut pas se déployer rapidement en cas de besoin car elle nécessite pour son opérationnalisation d’un mandat de l’ONU ou de l’Union africaine.

Un Centre pour la sécurité maritime du Golfe de Guinée

La recrudescence des actes de piraterie au large du Golfe de Guinée a contraint en 2013, vingt et deux pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale à mettre sur pied une organisation ayant pour but la sécurisation et la sureté maritime du golfe de Guinée. Pour mieux coordonner les travaux dans la surveillance, il a été convenu lors de ce sommet qui s’est tenu à Yaoundé au Cameroun que la structure soit divisée en trois fractions dont le centre régional de sécurisation maritime d’Afrique de l’Ouest (CRESMAO), avec pour siège Abidjan la capitale ivoirienne, le centre régional de sécurisation de l’Afrique centrale (CRESMAC) avec pour siège Pointe-Noire au Congo et le centre interrégional de coordination à Yaoundé au Cameroun.

La force multinationale mixe

En 1994, face à la menace commune que représentait le grand banditisme et la criminalité au abord du lac Tchad, quatre pays de la commission du bassin du lac Tchad (CBLT) à savoir le Cameroun, le Nigeria, le Tchad et le Nigeria décident de la création d’une force commune baptisée force multinationale mixte. N’opérant au début que par quelques patrouilles, la FMM va élargir son champ d’action dans les années 2000 marquées par une montée en puissance du groupe extrémiste nigérian Boko Haram dont les actes criminels ont transcendé les limites nigérianes pour s’attaquer aux pays voisins tels que le Cameroun le Tchad et le Niger. Avec pour base N’Djamena la capitale tchadienne cette force qui a réussi à affaiblir la nébuleuse nigériane, est constituée de quatre pays membres de plein droit de la CBLT (Nigeria, Tchad, Niger, Cameroun) et du Benin qui est un pays non membre. Autorisée à fonctionner le 29 janvier 2015 par l’Union africaine, sont objectif est le partage d’informations pour une riposte militaire contre Boko Haram. Avec un effectif d’environ 10000 hommes, elle reçoit des aides financières qui transitent par la commission de l’Union africaine.

La force conjointe du G5 Sahel

Confrontés à multiple défis dont la recrudescence des attaques terroristes, le crime organisé, l’immigration clandestine et le changement climatique les cinq pays que sont le Tchad, le Mali, le Burkina Faso, la Mauritanie et le Niger ont trouvé judicieux de coordonner leurs actions pour la mise sur pied en 2014 d’une organisation régionale baptisée G5 sahel.  Cette structure va se doter d’un mandat plus large qui englobe le volet sécuritaire avec la création le 2 juillet 2017 d’une force conjointe transfrontalière pour renforcer la lutte sécuritaire au sahel. Avec pour siège Nouakchott, l’organisation représente un soutien aux actions de la mission des Nations Unis (MINUSMA) et de la force française Barkhane déployée au Mali.  Le volet financier qui a longtemps été un handicap est en évolution grâce à l’apport financier des bailleurs de fond.

La coopération régionale s’avère être une réponse collective efficace car sans une mutualisation des forces, les défis sécuritaires transnationaux pourraient difficilement être contrés. En agissant seuls, le Nigeria et le Mali ont longtemps essuyé des échec face aux groupes armées qui rependaient l’horreur sur leurs territoires respectifs. A l’origine, les organisations régionales ont été créés pour apporter des solutions aux diverses préoccupations des pays sur le plan économique et social. Mais l’ampleur des crises en Afrique et le manque d’engagement de la communauté internationale ont poussé ces dernières à étendre leurs activités dans le domaine sécuritaire vers les années 90. Cependant malgré leur engagement, les organisations sous régionales se heurtent encore au problèmes de prise en charge matérielle et financière par les Etats membres ce qui rend difficile leur opérationnalisation. Pour se déployer lorsque le besoin se fait ressentir, elles sont souvent dans l’obligation de tendre la main vers l’extérieur ce qui porte un coup à leur autonomisation.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit : google image/illustration

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