Association for Free Research and International Cooperation

Rentrée scolaire : les balbutiements de la politique du livre unique

02.09.2019
Article from AFRIC Editorial
Face aux défis de plus en plus croissants du système éducatif que rencontraient les parents, les enseignants et les apprenants, le gouvernement camerounais, par la voix de son premier ministre, avait opté, en date du 23 novembre 2017, pour une solution viable et salutaire. Désormais pour chaque matière au programme, seulement un livre devrait être étudié ; et non plus une panoplie comme autrefois. Pour rendre clair cette position, le premier ministre avait officiellement annoncé dans la circulaire et les deux décrets qu’il avait pris que dans le respect de chaque sous système éducatif, toute discipline inscrite au programme officiel devait être dispensée sur toute l’étendue du territoire national au moyen d’un seul manuel scolaire pour chaque matière. Seul cet ouvrage doit être utilisé par les apprenants pour la matière considérée.

Inscrit dans la logique de mettre fin au mercantilisme observé dans le domaine du manuel scolaire et du matériel didactique, la mesure dès son origine, devait participer à retenir pour chaque matière, le meilleur des livres des éditeurs d’ici et d’ailleurs. Rendue à sa deuxième année d’implémentation, cette mesure est alors apparue pour beaucoup comme une solution pragmatique puisqu’elle concerne tous les établissements maternels, primaires et secondaires , qu’ils soient publics ou privé. Conçu pour aller de la maternelle au secondaire, cette politique, qui indique que la durée du livre et du manuel scolaire est de six années a été accueillie dans son ensemble comme un franc succès puisque depuis la rentrée scolaire 2018-2019, il n’est plus question d’avoir pour une même matière, une multiplicité de livres inscrits au programme. Malgré le fait que la mesure brille déjà depuis un an de par son efficacité, il ressort néanmoins que plusieurs points d’aménagement de cette politique restent encore à parfaire.

La rareté des livres à la veille des rentrées

Bien avant la mesure prise par le premier ministre camerounais, le livre, au-delà d’un outil didactique avait des allures de marchandise. Chacun des acteurs liés de près ou de loin à la production, à l’acheminement et à la distribution du matériel didactique voulait se tailler la part du lion. Ce qui même avec la nouvelle politique impulsée par le gouvernement, n’a pas facilité la tâche aux acteurs et à même causé, à bien des égards une certaine rareté des livres sur le marché. Pour la première et la deuxième année d’implémentation de la politique du livre unique par exemple, des incompatibilités notoires ont été relevées tenant lieu de la date de publication de listes adoptées dont devait être tributaire l’approvisionnement du marché. Pour que les livres soient correctement acheminés et à la disposition de tous, le gouvernement, par la voix du conseil national d’agrément des manuels scolaires et des matériels didactiques devait normalement, annoncer au moins cinq mois à l’avance la liste des livres sélectionnés au programme. Ce qui n’a visiblement pas été le cas puisque pour sa première année c’est-à-dire l’année scolaire 2018-2019, les listes avaient été annoncées très tardivement, presqu’à la veille de la rentrée scolaire c’est-à-dire au mois de juillet plutôt qu’au mois de mars comme cela était prévu.

Avec une telle annonce tardive des listes de manuels sélectionnés, les éditeurs avaient alors été pris de court et n’avaient pas pu, en si peu de temps combler les attentes de tout le marché. Même son de cloche pour la préparation de cette nouvelle rentrée 2019-2020 où à trois jours du début des classes, plusieurs livres manquent encore à l’appel dans les rayons des librairies. Les classes les plus impactées sont celles de la seconde et de la terminale. Pour les classes de seconde où les manuels ont été changés, la rareté s’explique outre le fait qu’il faille tenir compte des nouvelles approches pédagogiques qui prescrivent l’approche par compétence,  des nouvelles matières au programme comme le cinéma et la philosophie.

Le non-respect de la gratuité de certains manuels

Avec la nouvelle politique du livre unique instaurée par le gouvernement, il ne s’agissait pas seulement d’offrir un cadre économique plus attrayant aux parents puisqu’une telle politique vise également à offrir les mêmes chances d’éducation à tous les enfants camerounais : d’où la gratuité de certains manuels scolaires pour une couche de personnes bien déterminées. Cette politique devait assurer la gratuité d’au moins cinq manuels scolaires (français, anglais, éducation à la citoyenneté, mathématiques et informatique) à tous les élèves des écoles primaires publiques. Elle devait également permettre d’assurer une gratuité complète de tous les livres dans les écoles des zones d’éducation prioritaire. Sauf que dans la pratique, la mesure est plutôt approximative puisque dans les écoles primaires publiques et dans ces zones d’éducation prioritaire que sont l’Extrême-Nord, le Nord, l’Adamaoua et l’Est, on relève encore un trop grand manque de livres et une gratuité partielle du matériel didactique pour permettre un plein accomplissement de cette politique.

La remise en cause de la qualité scientifique des certains manuels

Lors de la première année de l’implémentation de la politique du livre unique au Cameroun, certains des manuels inscrits au programme ont été foncièrement critiqués parce que beaucoup doutaient de la qualité ou bien de l’orientation scientifique de ces livres. Le plus critiqué d’entre eux a été le livre de sciences de la classe de 5de l’éditeur « l’excellence en sciences », dont le contenu, avec certains chapitres qui abordaient les questions d’homosexualité, de sodomie ou encore de zoophilie, était jugé déviant par de nombreux parents. Cette situation qui a donné naissance à une grande polémique, parce que non adaptée aux enfants de cette classe a, par la suite après la grogne générale observée, conduit à la suppression des pages 59 et 60 du module querellée en l’occurrence le module IV qui concerne la santé de la reproduction.

 La naissance d’un mercantilisme d’un autre genre

Aujourd’hui parce qu’ils n’ont pas été retenus, certains éditeurs, à tort ou à raison veulent écouler les livres qui n’ont pas été retenus. Cette option n’aurait pas vu le jour si le gouvernement avait suffisamment fait son travail en amont en permettant, avant l’entrée la vigueur de cette politique, aux éditeurs de pouvoir écouler les stocks restants ou en leur offrant des compensations pour rachat des livres non écoulés. Néanmoins, cette faiblesse du gouvernement ne peut justifier ce que l’on observe sur le marché du livre, avec la naissance des circuits mafieux où, des responsables d’établissements s’arrangent avec des éditeurs à violer sciemment les politiques gouvernementales moyennant rémunération. Ces arrangements sont généralement faits avec les responsables d’établissement scolaires privés qui, au moyen des librairies placées devant leurs établissements, vendent des livres interdits à des parents qui viennent inscrire leurs enfants

Cet échec n’est pas seulement l’apanage du  gouvernement puisque plusieurs parents sont aussi à blâmer. Ces derniers font montre d’une négligence criarde lorsqu’ils ne contrôlent pas les livres au programme en inscrivant leurs enfants dans certains établissements. Une telle négligence n’aide pas l’action du gouvernement parce qu’elle conduit ces parents à inscrire des enfants dans des écoles sans se rassurer des livres qui y seront étudiés. Toute chose qui n’est pas conforme aux prescriptions du premier ministre, du minedub et du minesec.

Article from AFRIC Editorial

Photo Credit : google image/ illustration

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