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Emplois fictifs au Cameroun : le gouvernement durci la traque des fonctionnaires véreux

30.08.2019
Article de la rédaction AFRIC
Au Cameroun, le gouffre que créent les emplois fictifs dans les caisses de l’État et, par ricochet sur le développement infrastructurel de la nation est indéniable. Véritable pandémie vouée à l’enrichissement illicite d’un certain nombre d’agents publics au détriment de la communauté, ce phénomène survie encore aujourd’hui grâce à des largesses gouvernementales de plusieurs dirigeants et d’un système de paiement définit comme étant caduque et presque en lambeau. Que ce soit avec leur complicité directe ou en se servant de leur négligence passive, bon nombre de hauts responsables sont désormais complaisants de ce marché illicite toujours un peu plus florissant. La dernière alerte en date, celle qui a jeté le soupçon sur les personnels du corps diplomatique rattaché au ministère des relations extérieures qui « percevraient » des salaires frauduleux et indus est plus qu’évocateur.

Ce système, qui semble faire de la résistance au Cameroun en dépit des multiples mesures mises sur pied pour l’éradiquer ne date pourtant pas d’aujourd’hui. Déjà, pour la seule période 2003-2005, qui avait conduit en mars 2009, au dénombrement de près de 3.000 fonctionnaires « fantômes » dans les rangs de l’administration, le trésor public perdait un peu plus de 5 milliards FCFA chaque mois. Passé les 3.000 personnes, ce nombre avait substantiellement atteint en 2010, une estimation avancée à 15.000 agents fictifs. Puis en 2015, et pour le seul ministère de la fonction publique, on dénombrait 10.375 agents publics fictifs qui s’exposaient à la radiation du fichier solde de l’État  s’ils ne régularisaient pas leur situation. Avec un motus operandi presque à chaque fois différent, les salariés fictifs sont tout le temps passés entre les mailles du filet usant de manœuvres allant du trucage des recrutements, de l’évolution des carrières et de l’âge de la retraite, à la fabrication de faux matricules permettant d’émarger dans les caisses publiques. Sauf que cette fois ci, c’était sans compter sur la volonté ferme du Président de la République qui avait alors donné le ton en juin 2017, en annonçant, pour parvenir à la de réduction du train de vie de l’État, l’implémentation de plusieurs mesures pratiques et concrètes morcelées en phases.

Première phase : lancement de l’opération COPPE

Depuis la circulaire du 20 juin 2017 du Président de la République qui, prescrivait le comptage des agents publics de l’État au cours de l’exercice 2018, le ministre des finances camerounais, Louis Paul Motaze a entrepris des mesures salutaires dont les effets positifs ont immédiatement été visibles pour l’économie du pays. Pour la première phase de l’implémentation des mesures envisagées, le ministre avait alors opté pour le lancement d’une première opération de grande envergure baptisée sous le label de « opération COPPE », qui signifie littéralement Comptage Physique des Personnels de l’État.

Lancé en 2018, cette opération de collecte des données s’était déroulée sur trois mois, entre avril et juin de la même année. Pour ce faire, et pour ne pas tomber sous le coup d’une radiation du fichier solde de l’État, tous les agents publics en activité qui avait déjà perçu au moins un salaire entre janvier et mars 2018, avaient été sommés de fournir un certain nombre de pièces aux agents du ministère des finances et du ministère de la fonction publique et de la réforme administrative présents dans leurs agences bancaires. Au rang de ces pièces, ces derniers devaient fournir une demi carte photo 4×4, une photocopie de la carte nationale d’identité, une photocopie du dernier acte de reclassement, l’orignal d’une attestation de présence effective signée par l’autorité compétente, une photocopie de l’acte de nomination si l’agent occupait un poste de responsabilité. En plus de ces pièces à fournir, le gouvernement n’avait pas lésiné sur les moyens en mettant à la disposition des citoyens désireux de dénoncer les agents fictifs, tout en préservant leur anonymat des numéros de téléphones (242 94 2413 ou le 663 17 01 04) pour des sms et des appels, et aussi une adresse courriel pour les mêmes besoins ([email protected]).

Les résultats obtenus dans cette phase de dénombrement, bien qu’insuffisants, avaient été fulgurants. Son but « d’identifier et d’expurger du fichier solde de l’État, tous les agents publics y émargent régulièrement, du fait d’une absence non justifiée, d’une décision ou d’un décès non déclarée » avait permis de démasquer pratiquement 10.000 agents publics fictifs pour déboucher sur la réalisation d’une économie globale estimée à plus de 26 milliards FCFA dès 2019 sur en termes de dépenses de personnels. Ces sommes représentaient la masse salariale des agents publics, ainsi que les avantages auxquels ces fonctionnaires avaient droit, selon la réglementation.

Deuxième phase : lancement de l’opération « un virement, un agent »

Après le dénombrement physique des agents de l’État, toujours sous la houlette de son ministre des finances, Louis Paul Motaze, le gouvernement camerounais a annoncé, fin août 2019, une deuxième étape encore plus dure et plus spectaculaire dans la traque des fonctionnaires fictifs. Cette phase, baptisée sous le socle « un virement, un agent », matérialisant la nouvelle formule par virement bancaire individualisé, ambitionne de mettre un terme au mode de paiement manuel et groupe de la solde ; caractérisé par le Système de Gros Montant Automatisé (SYGMA), source de manipulations, de fraude, d’opacité dans le traitement de la solde, de lenteurs dans le processus de retour des fonds issus des rejets salaires et de difficulté dans la détection des agents à plusieurs matricules.

Pour contrer alors efficacement toutes ces velléités, le gouvernement a signé, avec 16 établissements de crédit, une convention relative à la migration du mode de règlement de la solde et des pensions des agents publics en activité et à la retraite. Sa gestion sera concomitamment assurée avec lesdits établissements, parties au contrat, à travers le Système de Télécompensation en Afrique Centrale (SYSTAC). D’après les simulations envisagées, ce nouveau toilettage devrait à terme, permettre d’évincer plus de 20.000 agents fictifs pour une économie conséquente.

Troisième phase : ouverture de poursuites pénales contre tous les agents impliqués

Quand on prend en compte les différentes entités de protection de la moralité publique présentes au Cameroun, on se demande toujours comment un tel phénomène basé sur la spoliation des caisses de l’État parvient à perdurer. Malgré l’existence de programmes éducatifs enseignés dans les établissements scolaires et académiques tels que l’éducation civique et morale pour le primaire et le secondaire, l’éthique enseigné dans les universités ou encore les valeurs de moralité et d’intégrité que prône l’église, le forfait ne s’estompe toujours pas.

Il faut alors comme avec l’exemple d’Emmanuel Lebou, chef cellule informatique au Ministère des Finances, soupçonné d’être à la tête d’un système bien huilé de détournement qui a coûté à l’État près de 2,4 milliards FCFA, que le gouvernement traque l’ensemble des personnels impliquées, de près ou de loin, pour en faire des exemples en termes de punition, et non pas seulement les limoger.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit : google image/illustration

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