Association for Free Research and International Cooperation

Les diasporas africaines entrent-elles en guerre pour la démocratie sur le continent?

28.08.2019
Article de la rédaction AFRIC
Depuis les indépendances et les successions de nombreux présidents à la tête des pays africains, l’idée d’un rêve partagé axé sur une véritable démocratie pour le continent a vu le jour. Dans cette mouvance, nombreux sont les présidents qui, une fois élus à la suite d’ « élections libres et transparentes » ont annoncé la couleur en voulant être considérés comme ceux qui auront apporté la démocratie dans leur pays. Plus qu’un rêve, la démocratie, au sens d’Abraham Lincoln, devait alors devenir une réalité pour de nombreux africains toujours plus friands des exemples d’ailleurs. Sauf que, bien des années après les promesses, les choses n’ont véritablement pas changé puisque la démocratisation du continent annoncée en grande pompe a connu des faiblesses et des transgressions multiples. Pour s’insurger contre ce miroitage d’un autre genre des présidents avares du pouvoir sur le continent, qui pour asseoir leur maintien n’hésitent pas à matraquer le peuple, les diasporas africaines ont entendu devenir le bras séculier de la lutte pour une véritable implémentation de la démocratie sur le continent.

Le défi démocratique, qui apparaît aujourd’hui comme le croisement massif et global de changements de tous ordres dans le monde est devenu comme le nouveau trophée auquel tous les peuples veulent s’identifier. S’il a déjà permis aux nations occidentales de se doter de corpus solides, implacables et non dépendants des aspirations politiques de uns et des autres, il lui reste encore du chemin à faire sur un continent où, au gré des humeurs de certains dirigeants, avec la complicité des grabataires des régimes en place, le bien-être commun est torpillé et relégué en second rang. Pour que le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple, dans ses trois entités devienne réalité sur le continent, nombreux sont les africains qui ont déjà donné de leur vie. Mais puisque la quête de la liberté est un sacrifice perpétuel et qu’il est désormais presque devenu impossible de se battre pour elle en étant sur le continent, les meilleurs représentants des voix des sans voix ont alors décidé de prendre le destin commun en mains : d’où l’entrée en guerre des diasporas africaines pour la démocratie sur le continent.

L’éveil d’une force somnolente basée à l’école de la démocratie

En partant de l’idée selon laquelle la démocratie est née à Athènes en Grèce, on se rend aisément compte de ce que la diaspora africaine se veut désormais le garde-fou de l’implémentation d’une véritable démocratie sur le continent. Pour certains, forcés à l’exil ou pour les autres partis à la recherche d’une meilleure vie face aux défis du chômage endémique, de la crise de l’emploi, de la pauvreté, les africains au sens du mot diaspora qui signifie dispersion se sont éparpillés partout à l’extérieur. Par africains de la diaspora, on entend alors ici on les communautés des différents pays d’Afrique noire post coloniale installées en Europe, aux États-Unis, au Canada et partout ailleurs et qui y travaillent, vivent ou survivent tant bien que mal. Même si ces derniers gagnent presque tous mieux leur vie que lorsqu’ils résidaient encore sur le continent, nombreux sont parmi eux, ceux qui ont rapidement compris le poids qu’ils pouvaient représenter pour l’équilibre des forces démocratiques face aux gouvernements africains supposés démocratiques mais qui en réalité sont plutôt autocratiques.

La prise de conscience du contrepoids qu’elles peuvent représenter pour l’équilibre des forces a amené certains membres de ces diasporas africaines à militer pour la préservation de leurs propres droits et acquis en premier. Dans ce sillage, ils ont autant fait parler leur force numérique que la force issue de leur formation qualitative. La force numérique des africains de la diaspora leur a ainsi permis d’acquérir un droit de vote qui est de plus en plus plébiscité en période électorale. On se souvient encore récemment de Jean Ping du Gabon et de Cabral Libii du Cameroun qui ont créé une telle effervescence au sein de leurs diasporas respectives au point où les gouvernements en place ont dû se déployer pour ne pas perdre la face au sein de cette population qui sait qu’elle est désormais suffisamment en nombre, même étant à l’extérieur, pour influencer par son vote, l’alternance à la tête des États. En plus de cette force numérique, il ressort également que les diasporas disposent d’un plus large éventail de possibilités pour pouvoir livrer ce genre de combats. Elles bénéficient en effet d’un meilleur encadrement et de meilleures options qui leur garantissent de pouvoir par exemple manifester pacifiquement. Illustratif à cet égard ont été les différentes manifestations organisées en occident par les diasporas algérienne, camerounaise ou encore tunisienne et qui ont toutes ou presque connu un écho retentissant.

La formation de mouvements et associations de préservation de la démocratie

Pour mener à bien leur combat de lutte pour une véritable démocratie en Afrique, nombreuses des diasporas africaines se sont regroupées en mouvement et associations avec toutes des objectifs bien précis : combattre le despotisme et l’hyper centralisme du pouvoir, combattre la répression des droits et libertés fondamentaux, apporter leur concours au respect des suffrages exprimés à la suite d’élections, combattre le cloisonnement de l’alternance à la tête des États africains, mettre en œuvre des programmes de lobbyings internationaux en faveur de la démocratie en Afrique et apporter un soutien moral et politique aux mouvements démocratiques internes.

Pour voir l’ampleur de ces regroupements et l’impact des différentes actions par elles déjà menées, il faut alors faire un listing des quelques associations qui ont vu le jour du côté des diasporas africaines. Au Togo, on a par exemple assisté à la naissance en 1995 du Collectif pour la Démocratie au Togo (CDT) et la Diaspora Togolaise pour la démocratie (DIASTODE) qui elle, est apparue clairement comme le prolongement de la société civile togolaise et garde-fou de la démocratie au Togo. Elle devait appuyer les forces démocratiques internes dans la lutte pour l’avènement de la démocratie et l’état de droit. On a également eu pour la RDC en 2004 des mouvements comme « Bana Congo » ou encore les « Combattants » qui est né à Londres en Europe et qui rapidement s’est étendu aux autres continents. Pour le Gabon et le Cameroun avec simultanément le Mouvement Gabon Débout (MDG) et la Brigade Anti Sardinards (BAS) créée récemment à la suite des élections présidentielles querellées de 2018, le mode opératoire de lutte est presque le même : organiser des manifestations de grande portée pour faire entendre leur cause et traquer leurs différents présidents et proches partout dans le monde à travers des opérations musclées.

Les diasporas des pays africains du Maghreb ne sont également pas en reste puisqu’on y a vu émerger de nombreuses formations comme la Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives (FTCR) en Tunisie ou encore l’Amicale de l’Algérie en France qui s’est rapidement mise au diapason avec ses gigantesques rassemblements au cœur de Paris à l’annonce de la candidature du président déchu Abdelaziz Bouteflika qui voulait plébisciter un 5e mandat.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit : google image/ illustration

 

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