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Éducation nationale : Un handicap réel au développement à Madagascar

17.08.2019
Article de la rédaction AFRIC
Madagascar veut d’ici 2030, réduire son taux d’alphabétisation à 25%. Si l’effectif des enfants scolarisés à doublé dans la première décennie de 2000 après les reformes lancée par le gouvernement, le secteur de l’éducation reste cependant confronté à un nombre important de difficultés qui affectent la qualité de l’enseignement et poussant à un abandon massif des études. Parmi ces obstacles auxquels on peut citer le manque de matériel pédagogique approprié, de formation du personnel enseignant et l’insuffisance d’infrastructures conformes s’ajoute un problème de fond lié à la structuration du système éducatif malgache proprement dit. Notamment, la malgachisation de l’enseignement instaurée par l’Etat dès 1975.

L’éducation en milieu rural délaissée

Au lendemain de la crise institutionnelle qui a secouée en 2009 la grande île, le secteur de l’éducation a été durement frappé notamment en zone rurale. Plusieurs enseignants affectés dans l’arrière-pays, ont déserté leurs postes ce qui a poussé les parents d’élèves a procéder eux même au recrutement et au payement d’enseignants vacataires souvent parfois sans une réelle formation pédagogique. En 2014, on comptait dans les campagnes près de 75000 postes vacants d’enseignants. Le manque de moyens de certains parents n’étant pas en mesure de couvrir les frais de payement des enseignants vacataires est à l’origine des abandons scolaires en milieu rurale. La mauvaise qualité des enseignements, les classes en surnombre et le manque criard du matériel pédagogique sont autant de facteurs qui rendent difficile la scolarisation dans ces zones reculées du pays.

Une année scolaire 2017 /2018 particulièrement difficile

La crise politique de 2018 tout comme celle de 2009 a eu des effets négatifs sur l’enseignement à Madagascar. Poussés par l’opposition, les enseignants ont organisé l’année dernière une fronde qui les a amené à battre le pavé pendant des mois privant les élèves des écoles primaires, des lycées et collèges publics de cours et faisant craindre une année blanche et une annulation des examens officiels. Ce mouvement qui a été plus suivi dans la capitale Antananarivo fait suite à une série de revendications des enseignants. Notamment la demande d’une indemnité spéciale de 100000 ariarys soit 25 euros, pour la prise en charge de leurs frais de déplacement et de logement. Pour les enseignants en grève, l’indemnité réclamée devait être un complément de leur revenu mensuel évalué à 260 euro pour les instituteurs du primaire.

La crise politique de 2018 qui a précédé les élections ayant ramené au pouvoir Andry Rajoelina est un obstacle de plus qui est venu s’ajouter aux nombreux évènements qui ont perturbé l’année scolaire 2017 /2018 à Madagascar. Notamment l’épidémie de peste qui s’est étendu sur la grande île en octobre 2017 et qui a contraint le ministère de l’éducation nationale à repousser la rentrée scolaire suspendant les cours jusqu’au 05 novembre pour freiner la propagation de la maladie. Le cyclone Ava qui a touché les cotes nord-est du pays au mois de janvier et fait une cinquantaine de mort a également conduit à la fermeture des salles de classes à cause du risque d’éboulement et d’inondations attribués aux pluies diluviennes.  Malgré ces évènements malencontreux, le ministère de l’éducation nationale n’a pas annulé la tenue des examens officiels durant cette année scolaire durement éprouvée. Ceux qui en ont payé le plus lourd tribu sont les élèves qui ont énormément perdu du temps et qui au final ont dû faire avec des cours mal assimilés et des leçons survolées par des professeurs en retard sur leur programme.

La malgachisation de l’enseignement, un système aux multiples failles

Le concept de malgachisation apparu dans les années 70 avec l’arrivée au pouvoir du président Didier Ratsiraka émane d’un désire de retourner aux sources et de se défaire de l’emprise de l’ancienne puissance coloniale qui est la France. S’étendant dans le système éducatif, il a abouti à l’adoption du malgache comme langue de l’enseignement. Autour de ce concept va se construire un vaste programme de société visant à adapter les méthodes d’enseignement et les programmes scolaires aux réalités socio-économiques de la grande île. En malagachisant l’enseignement les concepteurs espéraient ainsi détacher Madagascar d’un système éducatif copié à la lettre de celui de la France.

Cette politique linguistique éducative qui s’assimile aux impératifs de la construction d’un Etat socialiste et véritablement malgache, adopta comme langue officielle un malgache commun tenant compte des spécificités de toutes les variétés régionales du pays. Après la mise en œuvre de ce projet dans le secteur éducatif, le bilinguisme malgache/ français instauré auparavant est dès lors devenu circonstanciel et considéré pour ceux qui s’y intéresse comme une ouverture sur le monde de la civilisation technique. Si le primaire s’est aisément adapté à l’utilisation du malgache, au secondaire les choses ne se sont pas avéré simple. La traduction des matières scientifiques telles que les mathématiques, l’informatique, les sciences humaines et la technologie se sont vite heurtées aux insuffisances du vocabulaire de ce malgache commun mettant à mal l’étymologie des leçons. Les insuffisances linguistiques nées de la malgachisation de l’éducation, ont également abouti à des résultats scolaires catastrophiques, une baisse de niveau des élèves, un taux de redoublement et d’abandon scolaire élevé.

Cette situation qui témoigne de l’incapacité du malgache à devenir une langue d’enseignement a poussé de nombreux parents à inscrire leurs enfants dans des établissements privés ayant pour langue d’enseignement le français. Mais le coût des écoles privés n’est pas à la portée de tous les parents ce qui condamne de nombreux malgaches à poursuivre un système éducatif qui outre les insuffisances qu’il présente limite leurs opportunités de s’ouvrir dans un monde où la maitrise des langues d’influence tels que le français où l’anglais est un impératif pour une meilleure intégration et réussite professionnelle. Le bilan du système éducatif malgache qui change au gré des régimes politiques est loin d’être glorieux. Repenser ce système et revoir le budget attribué à l’éducation s’avère donc important car l’éducation reste un concept noble inséparable de l’évolution sociale.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit ; google image/illustration

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