Association for Free Research and International Cooperation

Log in Join the community

Selon sa diaspora, le Cameroun est otage de ses politiques et ses milliardaires

15.08.2019
Article from AFRIC Editorial
‘’Le Cameroun c’est le Cameroun’’. Voilà là une phrase qui est souvent avancée pour justifier les échecs successifs que connaît le pays depuis plusieurs années déjà. Que ce soit l’échec des politiques de développement impulsées par le président de la république, de l’égalité de tous devant la loi tel que recommandée et encadrée par la constitution, du respect des droits de l’homme et des libertés, les difficultés que rencontrent les Camerounais dans leur quotidien sont de plus en plus légions. Face à ce constat, nombreux sont ceux qui ont rapidement fait d’établir un lien et de soulever la responsabilité des mauvaises politiques mises en place et aussi le rôle trouble que jouent les milliardaires du pays dans cet embastillement de la chose publique. Abondant dans ce sens, plusieurs ont même parlé d’une prise en otage du Cameroun par ses politiques et ses milliardaires : c’est le cas de la diaspora.

Repartie dans les quatre coins du monde, la diaspora camerounaise, depuis un certain temps se fait de plus en plus le porte étendard de la défense des droits et libertés des citoyens camerounais face à ce qu’ils ont appelé la « gouvernance par le forfait ». Cette gouvernance par le forfait, caractérisée par un échec total d’une vision anticipative et future, chaque jour, enfonce un peu plus l’un des pays, jadis parmi les plus prospères d’Afrique. Dorénavant, c’est la loi du plus fort et du plus riche qui fait office de loi. Dans ce jeu, les politiques et les milliardaires tirent clairement leur épingle du jeu. Le peuple qui est censé être au centre de tout devient un facteur gênant face à l’accomplissement des basses besognes. Ce même peuple, qui n’a pas encore atteint une certaine maturité politique, participe chaque jour, passivement à la mise en place d’un système de prise d’otage. Pour illustrer cet embastillement que soulève la diaspora, il est important d’envisager quelques éléments saillants de la privatisation de la « Res Publica » au Cameroun.

L’échec de l’implémentation des politiques publiques de développement

L’une des plus grandes caractéristiques de la prise d’otage du Cameroun par une minorité est le phénomène trompeur des slogans creux et sans suite. Que ce soit les grandes ambitions, les grandes réalisations ou encore l’émergence à l’horizon 2035, on passe à la seconde phase des projets sans vérification de l’accomplissement de la première phase. Cet état de chose, qui crée un fossé dans la chaîne de réalisation des politiques publiques de développement sert à vendre aux populations, chaque jour, des slogans pompeux qui ne s’accompagnent pas de résultats. Les comités de suivi des projets, les commissions de contrôle et d’enquête suivent le même pas. D’aucuns parlent même aujourd’hui d’une « république exemplaire en construction ».

Ces slogans vides, construits pour donner une force probante aux politiques de développement impulsées par le président de la république se terminent chaque fois par des non évènements. L’un des plus criards observé a été le plan d’urgence triennal conçu pour la période 2015-2017. Avec ce projet, c’était au total 497 projets qui devaient être livrés avant janvier 2018 pour un financement de 925 milliards de francs CFA. Sauf que, ce programme qui, à l’initiative devait permettre de résorber les problèmes les plus élémentaires que rencontrent chaque jour les citoyens dans leur quotidien a été pris en otage par une meute de dirigeants avares ; ce qui cinq ans plus tard a conduit à un échec cuisant.

L’appropriation des concours administratifs

Normalement, en vertu de la constitution camerounaise, l’État a le devoir de garantir à tous les citoyens une égalité de chance aux emplois et aux concours administratifs. Seulement, pour ce qui est des concours administratifs en particulier, le déphasage entre ce qui doit et ce qui est, relève du domaine de l’abstrait. Les concours administratifs sont devenus la chasse gardée d’une minorité de personnes. Dans les concours comme l’ENAM ou encore l’EMIA, l’imbroglio a atteint son paroxysme. Que peut-on alors espérer quand des morts sont lauréats à ces concours et de surcroit plusieurs d’entre eux sont majors de promotion à la divulgation des résultats ? Dorénavant, pour réussir à ces concours, il faut prévoir des dessous de tables à hauteur des millions de francs CFA ou avoir son circuit d’entrée bien ficelé au sein des preneurs d’otage de l’administration.

La vague de naissance atypique des « fonctionnaires milliardaires »

Les scandales successifs observés au sein de l’administration ont mis en évidence la naissance d’un phénomène que l’on ne reconnait que presqu’au Cameroun. Les fonctionnaires et agents de l’État, qui sont à l’origine des serviteurs du public deviennent les personnes les plus riches du pays. Nombreux d’entre eux sont aujourd’hui des milliardaires et pourtant ils continuent de travailler pour la fonction publique et tout ceci en toute impunité. Les ministres, directeurs d’administrations et institutions publiques ont pris les caisses du gouvernement en otage. Grace à la corruption, le favoritisme, le pillage en bande des fonds publics, ils font aujourd’hui la pluie et le beau temps au Cameroun.

Les mensonges du « premier citoyen »

Aujourd’hui encore des personnes meurent par manque d’eau dans la partie septentrionale du pays alors que lors de son meeting de campagne à la présidentielle de 2011, le président avait promis aux habitants de cette partie du pays, la construction de 3000 forages pour résorber les problèmes d’adduction d’eau de ces populations. Pourtant aujourd’hui, 8 ans plus tard, l’eau est toujours plus rare dans cette partie du pays au point où des enfants perdent la vie en se lançant à la recherche de l’or bleu. Et, avec tout ça, les preneurs d’otage veulent continuer à démontrer au peuple que cette partie du pays est acquise à la cause du président en exercice au point de le plébisciter majoritairement au suffrage universel.

L’autre mensonge grotesque du phénomène de prise en otage du Cameroun par une minorité a été celui autour de l’organisation de la CAN 2019. Tout le monde se souvient encore bien de ces quelques mots du président de la république prononcés le jeudi 10 août 2017, à la faveur de la réception des médaillés des 8e jeux de la Francophonie Abidjan 2017, au palais de l’unité. « La CAN 2019, c’est déjà demain. (…) Et le Cameroun sera prêt le jour dit. J’en prends l’engagement ».

Les avantages indus des milliardaires du parti au pouvoir

Au Cameroun, le constat de l’existence d’un parti État est devenu une évidence. Il est désormais impossible de dissocier le parti politique au pouvoir, en l’occurrence le RDPC, de l’action gouvernementale. Lors des campagnes électorales par exemple, les moyens du gouvernement sont mis à profit pour favoriser la domination du parti au pouvoir ; ce qui est une hérésie. Le parti au pouvoir est même devenu un refuge pour de multiples hommes d’affaires milliardaires qui se cachent derrière le pseudonyme de militants du parti pour ne pas exécuter leurs obligations. Nombreux sont par exemple les milliardaires qui font usage du nom du parti pour s’enrichir à l’aide d’un système bien huilé de fraudes douanières et d’impôts non payés. Dans cette activité opaque que se livrent ces milliardaires, le gouvernement se trouve être sa première caution. En retour, ces derniers mettent la main dans la poche facilement quand il s’agit de financer le parti et ses grandes campagnes de communication. Beaucoup entament par la même occasion des chantiers pour flatter l’égo hypertrophié de l’État.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit : google image/illustration

To view full news and leave comments you must be logged in. Please join the community