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La crise hydraulique en Afrique : la négligence d’un effet boule de neige

14.08.2019
Article de la rédaction AFRIC
Le contraste entre la quantité d’eau disponible sur la surface de la terre et la quantité d’eau consommable n’est pas une utopie, il est réel. Si la répartition de l’eau sur la surface de la terre fait montre de ce que l’ « or bleu » couvre environ 78% de la surface de la terre, seulement 2,5% de ce total constitue une eau douce consommable. Même s’il est de notoriété certaine que l’eau c’est la vie, il faut également relever que dans le contexte ambiant, celle-ci devient plutôt une source de mort au vue de sa rareté. Aujourd’hui, on estime que 700 à 800 millions de personnes n’ont pas d’eau potable en quantité suffisante. Cette situation ubuesque qui affecte quotidiennement la qualité de vie des populations s’explique en partie par le fait que la population humaine n’a cessé de se multiplier alors que la quantité d’eau sur terre n’a pas connu une évolution certaine ; provoquant ainsi une crise à grande échelle. Dans toute cette précarité, le continent africain reste l’un des plus touché avec des chiffres qui frôlent la catastrophe.

En Afrique, l’eau représente un enjeu vital dont on peine à apprécier l’ampleur. Sur le continent, il coule deux fois moins d’eau que sur la moyenne des autres continents. Entre les causes inhérentes à la volonté de l’homme, les disparités internes majeures et les problèmes liés à la mauvaise planification, la crise de l’eau en Afrique est vouée à une dimension particulière dans la mesure où le continent devrait accueillir dans les vingt prochaines années une population supplémentaire égale à celle de l’Europe aujourd’hui. Le second forum mondial de l’eau de la Haye de mars 2000, organisé autour de la thématique « l’eau : l’affaire de tous », mettait déjà en garde contre un tel phénomène de rareté. Dans sa démonstration, ses membres soulevaient le fait que neuf des vingt pays dans le monde ne disposant pas de 1000 m3 d’eau par habitant se trouvent sur le continent africain. Face à une telle absence, nombreux sont les acteurs qui, se posant en analystes préventifs, assimilaient cette situation à un effet boule de neige. Cette boule de neige qui, au départ, cataloguée de petite boule, va progressivement en roulant, se mettre à grossir au point de tout entraîner sur son passage.

Un impact sur l’agriculture des pays africains

L’effet boule de neige décrit, qui représente au mieux la crise hydraulique qui affecte le continent africain emporte en premier sur son passage, une valeur sûre du développement durable : l’agriculture. Le problème de l’irrigation des terres agricoles dans un tel contexte se pose alors. Utilisée à des fins très diverses, l’eau, qui est devenu très rare enveloppe les politiques de développement construites par les pays africains d’une récession criarde. Un tel rapport incestueux entre l’eau et l’agriculture fait alors état de ce que 70% de l’eau est ponctionnée pour arroser les champs.

La gestion intégrée des ressources en eau est devenue très étroitement liée à l’avenir de l’agriculture en Afrique. À l’heure où de nombreux États africains sont passés à l’agriculture irriguée pour répondre aux besoins de croissance et de densification démographiques qui sont vécus, la conclusion devient évidente.  Sans eau, il n’est pas possible de produire des aliments. Toute situation qui, somme toute, va considérablement participer à l’aggravation du taux de famine et de sous-alimentation sur le continent. Le FAO estime que, dans 30 ans, il faudra 60% d’aliments de plus pour nourrir la population mondiale. Cette augmentation sera obtenue essentiellement grâce à une agriculture intensive faisant appel à une irrigation de masse alors que l’eau est déjà rare.

Pour entrevoir l’enjeu qui se dégage à ce niveau, les experts mettent en avant l’importance que représente l’agriculture sur le PIB des pays africains. 40% de ce PIB des pays africains, avec une plus forte proportion aux alentours de 60% observée dans certains pays à réputation aride (Éthiopie et Somalie), est à imputer en toute vraisemblance au secteur agricole, qui emploie 60% de la main d’œuvre. Personne n’est alors étonné d’apprendre que les grandes famines survenues à une certaine époque, en Éthiopie par exemple, ont pour la plupart été causées par des sécheresses qui ont compromis les récoltes. Toute situation qui a contribué à la conversion de la pénurie d’eau en pénurie alimentaire.

Un entraînement spectaculaire des maladies endémiques

La crise de l’eau en Afrique, outre son impact sur l’agriculture, emporte également avec elle un empiètement énorme des conditions sanitaires sur le continent. La communauté internationale a même fortement interpellé les pouvoirs publics africains en leur rappelant qu’une meilleure gestion des ressources en eau et de développement des services publics d’eau serait favorable à de meilleures conditions d’assainissement. La sécurité et la santé doivent alors ici faire figure de priorité absolue même si depuis 1970, on a constaté sur le continent africain une reprise spectaculaire des maladies endémiques. Au rang de celles-ci, on note prioritairement comme maladies endémiques liées à l’eau la malaria à qui est imputée environ 1,5 million de morts par an pour défaut d’assainissement, le choléra qui est responsable d’environ cent mille morts chaque année sur le continent ou encore la dysenterie.

Un changement radical des habitudes sociales

La crise hydraulique qui secoue le continent africain impacte grandement sur les habitudes quotidiennes des citoyens. Dans plusieurs pays du continent, l’alerte est donnée. En Afrique du Sud, dans la ville de Keptown, les autorités affirment même que le niveau d’eau est si bas que le « jour zéro », c’est-à-dire le jour où il y aura plus d’eau qui coulera des robinets, arrive. Toujours en Afrique du Sud, au Cap, il ne pleut plus depuis 3 ans ; ce qui fragilise les habitudes sociales des citoyens qui doivent désormais se rendre disponible pour attendre les livraisons d’eau. Chaque habitant qui consommait en moyenne 300 litres d’eau par jour en 2000, 200 litres en 2014, 87 litres en 2017, doit désormais se contenter d’un peu moins de 50 litres d’eau par jour depuis le 1er février 2018. D’après les recommandations de survie de l’OMS, ce chiffre passera à 25 litres par jour par habitant dès lors que le niveau des réservoirs aux alentours de la ville, aujourd’hui de 15% atteindra le chiffre critique de 13,5%.

Les mœurs sont aussi profondément perturbées au Maroc et au Niger. Premièrement, au Niger par exemple, dû à la forte pénurie, des gens peuvent passer 9 mois de l’année sans se laver parce que l’eau est réservée à la survie. D’aucuns affirment même dans ce pays qu’ils n’ont jamais bu d’eau potable de leur vie. Au Maroc, la situation est tout aussi critique. À Marrakech, l’une des plus grandes destinations touristiques prisée par les golfeurs, les greens sont pourtant arrosés chaque jour avec une quantité importante d’eau qui pourrait desservir 55 mille marocains. Face à tous ceci, il serait prémonitoire de mettre sur pied des politiques préventives visant à ne pas se retrouver dans la situation de la ville « poussière » qui a caractérisé le cœur géographique du film Rango.

Article de la rédaction AFRIC

Photos Credit : google image/illustration

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