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Mali : Une plainte contre 8.000 fonctionnaires

09.08.2019
Article de la rédaction AFRIC
L’ampleur du fardeau que représente la corruption dans plus des deux-tiers des pays du monde montre à suffisance la nuisance qu’un tel fléau peut causer. Telle une épidémie, une fois que la corruption commence à faire son lit dans un pays ou un territoire, la solution d’y mettre un terme doit devenir un sacrifice permanent. Entre les secteurs de la justice, des finances publiques, des services sociaux, de la politique, du climat et de l’environnement, tout y passe et rien n’y échappe.

Les causes de ce phénomène n’étant pas exhaustives, on remarque généralement, dans les pays africains en particulier, que les instabilités socio politiques participent gravement à son aggravation. D’après les données de l’Indice de Perception de la Corruption (IPC), une classification fondée sur une échelle chiffrée de 0 à 100 fait des pays proches de 0 ceux extrêmement corrompus et les pays proches de 100, des pays à faible propension corruptive.

D’après ce classement 2017 de l’IPC, le Mali apparaît à la 122e position avec une note de 31. Ce chiffre a été grandement en baisse puisque le pays a perdu 4 points en l’espace de deux ans, affichant une note de 32 en 2016 et une note de 35 en 2015.

En dépit d’un engagement de longue date en faveur d’un système démocratique, les fondements clientélistes de la politique malienne et l’utilisation des ressources étatiques pour entretenir des réseaux de parrainage ont inhibé toutes les actions positives de lutte entreprises par le gouvernement. Le gouvernement malien n’étant plus alors capable d’assurer ses missions, plusieurs organismes dont la plateforme contre la corruption et le chômage au Mali ont dû passer à l’offensive. À l’initiative, le vendredi 14 juin 2019, elle a commencé ses actions par la tenue d’un sit-in, devant l’OCLEI à la place de CAN, Hamdallaye ACI pour dénoncer tout enrichissement illicite venant des agents de l’État. Sous la conduite des leaders Mamadou Sinsi Coulibaly et le Pr Clément Dembélé, la plateforme a mobilisé une foule importante pour son premier évènement d’envergure. L’objectif de ce sit-in ayant été atteint, les responsables de la plateforme avaient alors envisagé un deuxième du genre à la place de l’indépendance le vendredi 21 juin. Par la suite, en lieu et place d’un troisième sit-in la, plateforme a plutôt envisagé de passer à la vitesse supérieure en décidant une bonne fois pour toutes, le vendredi 5 juillet, de porter plainte contre 8.000 agents de l’État listés « corrompus ».

Les faits reprochés aux 8.000 agents de l’État « corrompus »

Devant l’indifférence des pouvoirs publics à pouvoir véritablement s’attaquer à la corruption au Mali, la plainte avait été formulée auprès du procureur général de la cour d’appel de Bamako au nom de la plateforme contre la corruption et le chômage et au nom de l’ensemble du peuple malien. Elle reproche plusieurs manquements aux fonctionnaires, aux élus et même présidents d’institutions dont, le plus illustre est le manque de déclaration et de justification de leurs biens devant le vagabondage, le banditisme organisé et le crime contre l’économie malienne. Par un tel manquement et devant l’enrichissement illicite de plus en plus grandissant de plusieurs de ces responsables, la plate-forme estime que tous ces élus n’ont pas respecté la loi ; la majeure partie d’entre eux faisant désormais primer leur intérêt privé sur l’intérêt social et général de la nation.

Pour mener à bien ce combat fort manifeste, la plateforme a mis sur pied une thématique baptisée « croisade contre la mauvaise gouvernance » au Mali. Cette croisade qui a reçu l’adhésion et le soutien d’une masse de citoyen à fait parler son premier fait d’arme : poursuivre, à la fois, 8.000 fonctionnaires du pays pour enrichissement illicite. Tout ceci sur le dos d’une population qui souffre grandement et s’enfonce un peu plus chaque jour dans la misère alors que ces fonds détournés pouvaient servir à satisfaire l’intérêt commun. Dans ce sillage, le président Clément dira à ce titre qu’ils n’accepteront plus jamais qu’un dirigeant malien ou une personnalité politique quelconque puisse avoir la main dans les sous de la nation et puisse les utiliser comme il veut sans craindre en aucun cas la justice.

Des statistiques alarmantes au vu des pertes enregistrées 

Les rapports statistiques des organes internationaux sur la situation de corruption au Mali présentent des chiffres de perte vertigineux. Là où le pays manque d’eau, d’électricité, d’écoles, de bibliothèques ou encore de structures sanitaires conformes, des sommes astronomiques sont prélevées illégalement des caisses de l’État. Les techniques utilisées par ces agents aux mœurs répréhensibles sont multiformes.

La Banque mondiale, le fonds monétaire international, le vérificateur général ou encore Agency Transparency sont en totales adéquation avec leurs rapports sur les pertes estimées par le Mali dues à la corruption. De l’ordre de 250 milliards de FCFA détournées chaque année avec la complicité où la participation active des agents de l’État maliens, ces fonds distraits auraient pu servir à financer et implémenter plusieurs projets pour le bien de toute la communauté.

Selon ces différents rapports, sans la toxicité de ce fléau, on aurait par exemple pu assister à la construction de 1.250 écoles pouvant accueillir jusqu’à 900.000 enfants non scolarisés du pays. Quand on pense au taux d’alphabétisation du pays, il est alors inéluctable de constater que l’État a failli à ses missions régaliennes de protection, de civilisation et d’instruction de la population. L’autre aspect qu’il faut relever est que cette somme aurait pu servir à la construction de 1.785 centres de santé dans un pays où plus de 20.000 personnes meurent encore chaque année du fait du paludisme.

 Les chances d’aboutissements d’une telle plainte 

Combattre la corruption dans un pays où toutes les couches du système de gouvernance sont impliquées peut apparaître pour plusieurs comme un combat long et fastidieux. Cette difficulté résultant du fait que la justice, qui doit pouvoir user de son pouvoir pour sanctionner de tels comportements est aussi un grand entrepreneur et bénéficiaire des fruits abjects de la corruption. Aussi bien en termes des problèmes de corruption administrative qu’en termes de l’insuffisante indépendance de la justice pour instruire des dossiers politisés, la corruption apparaît comme un défi majeur dans le secteur judiciaire au Mali. Et même, parmi les membres du corps de la justice malienne, figure en première ligne dans la liste de la plateforme, Nouhoum Tapily, le président de la cour suprême, la plus haute institution judiciaire du pays.

Le fait que la justice figure parmi les cinq administrations les plus corrompues du pays laisse penser qu’une telle action devant les juridictions de la république a de très faibles chances de pouvoir prospérer. Seulement, la plateforme s’est décidée, au vue du soutien qu’elle reçoit chaque jour, à ne pas laisser prospérer davantage une telle situation. Pour ce faire, elle est prête à utiliser tous les moyens de droit à sa disposition, aussi bien nationaux qu’internationaux, afin de rétablir l’équilibre et mettre fin au phénomène.  Dans ce sillage, par la voix de son président, la plateforme annonçait alors, dans une sortie accueillie avec beaucoup d’enthousiasme par la société civile que, si la justice malienne ne se prononce pas rapidement, la croisade anticorruption se poursuivra devant les juridictions étrangères.

Article de la rédaction AFRIC

Credit image :google image/illustration

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