Association for Free Research and International Cooperation

Le politiquement correct disparaît-il des scènes politiques sauf en Afrique ?

04.08.2019
Article de la rédaction AFRIC
À l’aune du tout planétaire et de la mondialisation, la politique occupe une place de choix dans le monde de la liberté d’expression dans ce sens que les discours et les sorties des hommes politiques sont scrutés et analysés à tous les niveaux. Les scènes politiques deviennent même des dangers où tout écart exprès ou non est désormais sujet à moultes interprétations. Il faut faire attention à ne pas heurter des sensibilités et à rester dans les clous de ce qui est admis. Dans un tel sillage, se faire une place dans le monde de la politique nécessite une lutte permanente avec soi-même et ses idées. Pour chaque prise de parole ou chaque sortie médiatique, les hommes politiques doivent désormais faire doublement attention au message qu’ils veulent véhiculer. Alors face à un tel contexte de médiatisation et, au vue de leur grande exposition, les hommes politiques doivent se garder de faire usage des mots et expressions qui choquent, qui sont « politiquement incorrects », au risque de subir la fureur et le tapage médiatique de certains personnes et mouvements adeptes du petit écart.

L’expression « politiquement correct », issue de l’anglicisme politically correct ou political correctness est apparue premièrement dans les universités américaines dans les années 70-80 pour qualifier la rectitude diplomatique, c’est-à-dire une façon acceptable de s’exprimer en société, en public. Traduite plus tard en français par l’expression rectitude politique, le politiquement correct désigne principalement une attitude qui consiste à policer excessivement ou modifier des formulaires parce qu’ils pourraient heurter  certaines catégories de personnes, notamment en matière d’ethnie, de culture, de religion, de sexe ou de classe sociale. Il se dit alors qu’il est utilisé pour parler d’un discours, d’un comportement d’où est exclu tout ce qui pourrait desservir socialement ou politiquement un groupe minoritaire. Seulement avec les multiples emprunts et colorations qui ont été donné à cette expression, beaucoup ont vite fait de commencer à regretter sa forte expansion qui, apparaît presque aujourd’hui comme une limitation de la liberté d’expression.

Une Afrique trop politiquement correct

L’Afrique est réputée pour être un continent aux valeurs traditionnelles de respect et d’humilité. Même si cette tradition n’a pas toujours servi le continent dans le domaine de la politique, avec tout ce que l’on a pu observer, elle a néanmoins eu le mérite de lui éviter la montée en puissance de phénomènes comme les insultes, stigmatisations ou passes d’armes publiques sur la scène politique. Très souvent, cette situation s’est apparentée à une faiblesse pour un continent où tous les hommes politiques ou presque, sont amorphes devant certaines situations qui mettent à mal le continent. Nombreux sont alors ceux qui le font pour plaire ou pour complaire en matière de relation internationale ou de politique intérieure. Les « grandes bouches » n’existent plus sur le continent ; ce depuis le décès du guide libyen, le colonel Mouammar Kadhafi. Si cette disparition, pour celui qui représentait l’archétype de la provocation sur la scène politique, avec des sorties comme celle où il traitait publiquement, lors d’une visite à Alger en 2005 les palestiniens d’ « idiots », a eu pour effet de stopper la vague négative du discours politique, elle a également pris à l’Afrique l’un de ses dirigeants capable de dire leurs vérités aux occidentaux.

Adepte des phrases chocs et ambiguës où il cataloguait parfois ouvertement les occidentaux à des pilleurs de l’Afrique, le guide libyen était peut-être le dernier d’une race de dirigeants capable de transgresser le politiquement correct pour la protection des biens, de la richesse et du développement du continent.

 Le recul du politiquement correct

Contrairement au contexte africain qui est un peu plus amorphe depuis la disparition du guide libyen, le politiquement correct a connu un recul sous d’autres scènes politiques avec des hommes politiques nouveaux en leur genre. Avec la recrudescence des populistes comme l’israélien Netanyahu, le philippin Duterte, le brésilien Bolsonaro, l’italien Salvini, le hongrois Orbán ou encore le tout récemment le Britannique Boris Johnson, le politiquement correct est passé de sa version simplifiée pour laisser place à ce qu’on peut dorénavant appeler le politiquement incorrect et même le politiquement abject. Dans cette grande représentation, son plus grand ambassadeur n’est personne d’autres que le très énigmatique président Américain Donald Trump, reconnu pour ses déclarations fracassantes et incendiaires. Certains ont même affirmé que Trump a gagné les élections parce qu’il a détruit le politiquement correct, le qualifiant ainsi comme l’icône de la résistance blasphématoire au politiquement correct.

Dans un contexte où il devient presque impossible d’affirmer sa pensée haut et fort  sans en contrôler la forme sous peine d’un abattage ou d’un lynchage médiatique en règle infligé par la société qui contrôle toute la recevabilité des propos des hommes politiques, ces derniers ont décidé de ramer à contre-courant du formalisme politique. Nombreux deviennent alors des adeptes du politiquement incorrect pour conserver leur base électorale car, une bonne frange des électeurs se disent lassés par des déclarations politiquement correctes qui selon eux limitent la liberté d’expression. Même si leurs interventions participent à revigorer une scène politique de plus en plus enclin aux excuses d’après discours, il est important de savoir où se situe la limite afin d’éviter des incidents diplomatiques.

Les effets pervers de la disparition du politiquement correct

Si dans certaines situations il s’agit simplement des écarts de langage, dans d’autres cas, ces errements sont commis à dessein, afin de servir la cause des mouvements progressifs qu’ils soutiennent et défendent. Opposant déclaré au politiquement correct, Donald Trump affuble régulièrement de sobriquets ses contradicteurs, allant même parfois jusqu’à l’insulte. Toute chose qui n’est pas admissible dans les relations diplomatiques. Il est même accusé par ses plusieurs d’avoir libéré la parole raciste par sa complaisance envers l’extrême droite et ses déclarations sur l’immigration.

Il a notamment dans l’une de ses multiples interventions fracassantes qualifié les immigrés mexicains de « violeurs ». Dans une autre de ses frasques, il a par exemple traité Haïti, le Salvador et plusieurs nations africaines de « pays de merde ». Il n’hésite pas aussi de se moquer ouvertement d’un journaliste handicapé et sous-entend même qu’une journaliste lui a mal parlé parce qu’elle avait ses règles. Depuis son accession au pouvoir, beaucoup estiment que le niveau de politesse dans les cercles du pouvoir de Washington a considérablement baissé

Beaucoup de sermonnaires les détestent et les assimilent à des blasphémateurs du politiquement correct. D’aucuns arrive jusqu’à taxer leur politiquement incorrect de milice du langage ou encore de puritanisme verbal, car avec de tels sortie, ils peuvent  provoquer des escalades aux effets dévastateurs comme lorsque le milliardaire menaçait de détruire totalement la Corée du Nord, à qui il promettait le « feu et la furie ». Si le politiquement correct peut être contesté, il ne doit jamais conduire à une incompétence en matière de relations internationales dont les répercussions peuvent provoquer des réactions aussi épidermiques qu’impensées.

 Article de la rédaction AFRIC

Credit Photo : google images/illustration

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