Association for Free Research and International Cooperation

Frontière Cameroun-Guinée équatoriale : construction du « mur de l’intégration » à l’avènement de la ZLEC

06.08.2019
Article from AFRIC Editorial
Matérialiser les limites de son territoire, défendre son territoire contre des attaques extérieures, réguler la vague de migrants extérieurs, font généralement partie des éléments amenant certains pays à ériger des barrières de protection et de séparation avec leurs voisins. Dans l’histoire récente de notre humanité, on a observé un tel phénomène dans plusieurs pays frontaliers. Jusqu’à aujourd’hui encore, le président américain Donald Trump menace toujours de construire un mur de séparation tout au long de la frontière que les États unis partagent avec le voisin Mexicain. Véritable promesse de campagne du magnat de l’immobilier, le mur de séparation long de 455 km, doit à terme, d’après le président américain, servir à stopper le flux massif de migrants mexicains et latino-américains qui débarquent chaque jour illégalement au pays de l’oncle Sam. Cette menace permanente du président américain est liée, pour ce dernier, à l’augmentation progressive du taux de criminalité aux États-Unis. Le contexte américain n’étant pas le dernier en date, un autre cas de figure, n’étant pourtant pas du même acabit à germer dans l’esprit d’un pays de l’Afrique centrale, entraînant avec lui plusieurs interrogations.

Le « Pared de integracion », du nom espagnol du mur en construction à la frontière entre le Cameroun et la Guinée équatoriale, est en réalité le mur de la honte, de la discorde et de la séparation. Integracion, mot espagnol qui signifie littéralement intégration en français, n’est utilisé ici que comme le nom de baptême donné à ce mur par les autorités de Malabo. Le contraste avec les nouvelles idéales dont veut se doter le continent africain, à l’heure où l’on parle de plus en plus d’un marché commun est alors devenu une préoccupation majeure. Plusieurs voix se sont élevées pour crier leur indignation face à une telle construction qui met clairement à mal le projet de développement d’une zone de libre-échange continentale. Néanmoins, face aux enjeux sécuritaires et aux prises de paroles des autorités de Malabo qui laissaient présager une telle construction, il y’a lieu de relever l’impact que le pared de integracion pourrait avoir sur la Zone de Libre Échange Continentale africaine (ZLEC).

Les signes avant-coureurs de l’érection du mur polémique

Avec la succession de faits négatifs qui a été observée à la frontière entre le Cameroun et la Guinée-équatoriale en 2017, nombreux sont ceux qui déjà, avaient pensé qu’on se dirigeait vers la construction d’une barrière de séparation entre les deux pays. Les enjeux à peine voilés d’une telle construction étaient alors implicitement, d’après les autorités équato-guinéennes, liés à la la tentative de coup d’État déjouée au Cameroun contre le gouvernement équato-guinéen. Comme indice du coup d’État manqué, le 27 décembre 2017, des hommes lourdement armés avaient été interpelés à Kyé Ossi dans la vallée du Ntem, région du Sud du Cameroun. Ces individus, une trentaine environ, composés de mercenaires tchadiens, centrafricains et  sud soudanais avaient pour projet de s’attaquer au pouvoir de Malabo. Toute situation qui avait alors conduit, à la fermeture de la frontière entre le Cameroun et la Guinée équatoriale décidée unilatéralement par Malabo. Par la suite, comme pour justifier cette fermeture sous fond de conflits sécuritaires, les autorités équato-guinéennes avaient fortement militarisé tout le nord de la partie continentale du pays avec le lancement de l’ « Operacion Seguiriadad ». Face aux critiques de plus en plus nombreuses, puisque une telle fermeture perturbait fortement les échanges commerciaux entre les deux pays, les autorités avaient alors aménagé une solution temporaire avec la réouverture partielle de la frontière.

Devant les pertes économiques estimées par la fermeture de la frontière et la grogne qui avait envahir l’atmosphère, la solution trouvée était de rouvrir même temporairement la frontière pour permettre le transit et les échanges qui passent chaque jour par Kyé Ossi. La réouverture de la frontière avait été décidée le mardi 17 avril 2018. Seulement, une restriction avait été imposée à cette réouverture, ne permettant qu’une réouverture partielle et non plus à plein temps comme dans le passé. Quatre mois après l’interruption des échanges par voie terrestre entre les deux pays, la frontière n’est désormais ouverte que les mardis et les vendredis.

 Les objectifs inavoués d’une telle construction

La raison officielle invoquée par les autorités de Malabo pour justifier la construction du mur de l’intégration est d’ordre sécuritaire. Les autorités veulent limiter les incursions des pilleurs qui chaque jour traversent la frontière par Kyé Ossi pour venir mener leurs actions en Guinée équatoriale. Chose que réfutent plusieurs observateurs désabusés dont le camerounais Gidéon Mba qui relèvent cette évolution de la Cemac vers un tout sécuritaire jugé déplorable. Pour lui, c’est un triste constat de voir que les africains ne font que subir les causes du frein à une intégration complète et ne prennent pas le temps de traiter les problèmes jusqu’au fond.

En dehors de lui, plusieurs autres personnes qui ne voient pas cette infrastructure d’un très bon œil, sont peu convaincues par l’idée de sécurisation des frontières brandie par les autorités équato-guinéennes. C’est même un chantier dont la vocation contraste avec la vie normale, souffle François-Xavier Ndong Oba’a, notable du village « Petit Bonanjo », dernier quartier proche de la frontière avant la Guinée équatoriale. Il utilise même des propos tels que « séparation, honte et mépris » pour qualifier une telle construction. Pour Dieudonné Feuzeu enfin, professeur de philosophie au lycée bilingue de Kyé Ossi, ce mur est éminemment politique : il sert à montrer que Malabo agit sur la base d’une perception d’insécurité, parfois instrumentalisée par les extrêmes. Alors la tentation est grande pour les autorités en place de répondre de manière visible et tangible par l’érection d’un mur en mettent en avant le putsch manqué de décembre 2017.

 Son impact sur les échanges de la ZLEC

Traduisant pour plusieurs l’allégorie de l’incapacité de l’Afrique à se mettre d’accord sur un idéal communautaire, la construction du mur de l’intégration, initiée par la Guinée équatoriale est en désaccord total avec les grands principes de la zone de libre-échange continentale. Rendue opérationnelle avec le dernier sommet de l’UA à Niamey les 7 et 8 juillet dernier, la ZLEC doit permettre une libre circulation complète et totale des personnes et des biens dans tous les pays de l’espace africain. Alors avec la construction du mur de l’intégration à la frontière, le principe fondamental de la ZLEC va se trouver grandement affaibli dans ce sens où ce genre de pratique protectionniste va diminuer la compétitivité du marché commun et unique de biens et services qui est mis en place pour la première fois à l’échelle continental.  Toute situation qui fait dire à la gabonaise Blanche Makunzè qu’il est bien triste qu’on réduise l’espace public communautaire à cause de la peur.

Article from AFRIC Editorial

Photos credit : google image/illustration

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