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Cameroun : Des mutineries qui révèlent des conditions carcérales catastrophiques

01.08.2019
Article de la rédaction AFRIC
Les prisons centrales de Yaoundé et de Buea ont été la semaine dernière au Cameroun le théâtre de mutineries orchestrées par des détenus. A Buea, chef-lieu de la région du sud-ouest en crise, où l’on parle d’un bilan de 45 blessées, les auteurs des troubles seraient une vingtaine d’insurgés arrêtés dans le cadre de la crise anglophone. A la prison centrale de Yaoundé où l’autre mutinerie a éclatée dans la nuit de lundi à mardi, la fronde est attribuée aux militants du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) et à quelques séparatistes anglophones. Ces émeutes qui ont été maitrisées grâce à des coups de feu tirés par les forces de l’ordres mettent en lumière les conditions inhumaines dans lesquelles vivent de nombreux prisonniers dans les établissements pénitenciers du Cameroun.

Les détenus qui réclament de meilleurs conditions

A la prison centrale de Buea où certaines installations ont été saccagées, les auteurs des mutineries à en croire certaines sources bien introduites réclamaient de meilleurs conditions d’incarcérations et leur jugement.  Depuis l’éclatement il y a deux ans de la crise anglophones qui s’est transformée en affrontements violents entre séparatistes et forces de l’ordre camerounaises, de nombreux cessionistes ont été arrêtés et placés en détention provisoire à la prison centrale de Buea. Si plusieurs sont encore dans l’attente de leur jugement, bon nombre déjà condamnés purgent de lourdes peines à la prison centrale Yaoundé.

Là-bas, opposants politiques et séparatistes anglophones tous solidaires ont laissé éclater au grand jour leur ras le bol. Ces détenus dont plusieurs ont fait des publications ces derniers temps sur les réseaux sociaux pour décrire l’enfer dans lequel ils vivent désirent retrouver leur liberté et déplorent les mauvaises conditions d’hygiène, d’accommodation et alimentaires qui sont leur lot au quotidien. Selon les témoignages de certains militants du MRC libérés le mois dernier, les conditions de détention à la prison centrale de Yaoundé sont déplorables voire inhumaines. Les animaux à en croire ces derniers ont un meilleur traitement comparé à ces hommes et femmes qui croupissent dans les geôles de ce centre pénitencier dormant à même le sol, parfois à la belle étoile en dépit des intempéries.

Les crises qui secouent le Cameroun ont augmenté le nombre de détenus dans les prisons. Outre la menace que représente Boko Haram dans le septentrion, la crise anglophone qui a éclaté en 2016 dans les régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest et les contestations post électorales menées par les militants du MRC ont donné lieu à une série d’arrestations. Ces prévenus dont certains sont encore en attentes de jugement, sont venus gonfler les rangs des prisons déjà en surnombre.

L’enfer sur terre

Les frondes dirigées par les prisonniers politiques et les séparatistes anglophones qui ont secouées les prisons centrales de Buea et de Yaoundé résultent d’un ras-le bol des conditions abominables dans lesquelles vivent les prisonniers en milieu carcéral. Parmi les facteurs qui font des prisons camerounaises de véritables enfers sur terre, on a la surpopulation. Construite pour abriter 1500 détenus, la prison centrale de Yaoundé à aujourd’hui en son sein près de 5000 prisonniers. Cette surpopulation est également une réalité dans d’autres prisons comme celles de Douala, de Bafoussam et de Maroua. A cause de cette hausse constante de l’effectif carcéral, l’espace fait défaut. Des rapports publiés font état d’une vingtaine de prisonniers pour uniquement 4m2. Des conditions qui rendent le sommeil difficile voire impossible dans ces milieux. La promiscuité qui en découle expose les prisonniers à de nombreuse maladies. Le réseau des avocats camerounais dans un ressent rapport s’alarme de ces conditions de détentions inhumaines qui selon lui favorise le développement de plusieurs maladies telles que la diphtérie, le paludisme, la tuberculose, le choléra, le VIH SIDA ainsi que des maladies de peau telle que la gale. Faute de personnel médical et de prise en charge, les détenus qui ne bénéficient pas du soutien de leurs familles succombent.

Une alimentation insuffisante

Outre la carence en eau potable, la mauvaise alimentation est une autre défaillance que l’on note dans les établissements pénitenciers du Cameroun. Le menu non équilibré et souvent inconsistant ne varie pratiquement pas. Dans la majeure partie des cas il n’est est constitué que de sauce d’arachide, du haricot, de légumes avec pour accompagnement du riz ou encore du couscous de maïs. Les détenus qui n’ont droit qu’à un seul repas par jour, ne peuvent consommer de la viande et du poisson que pendant les jours de fête. Pour résoudre ce problème lié à l’insuffisance alimentaire, la commission nationale des droits de l’homme et des libertés (Cndhl) avait recommandé au ministère camerounais de la justice de faire usage de la main d’œuvre carcérale sur des espaces agricoles appropriées pour la production autonome d’aliments destinés à l’alimentation des prisonniers. Dans un rapport publié sur l’état des droits de l’homme au Cameroun en 2017, elle soulignait que le budget de la ration alimentaire destinée aux 30 700 détenus du Cameroun est de 3,070 millions de FCFA. Ce qui équivaut à 273 FCFA par prisonnier au quotidien.

Des prisonniers en attentes de procès

Dans un pays où la justice brille par un laxisme extrême dans les procédures, la surpopulation carcérale a également pour facteur majeur, le manque de procès à l’endroit de ceux qui ont été interpelés et écroués pour divers crimes. Faute de jugements de nombreux détenus dont la culpabilité n’est pas encore prouvée accumulent des années d’incarcérations dans les geôles camerounaises. Renvoyées à plusieurs reprises des affaires judiciaires sont à mesure de retenir derrière les barreaux et ce durant de nombreuse années des personnes en attente de jugement. C’est le cas de Jules Omer Tchuenkam, un sous-traitant de produits de télécommunication dont le cas été récemment médiatisé. Arrêté pour complicité à la suite d’un braquage, il cumule une dizaine d’année à la prison centrale de Yaoundé en attendant que son affaire qui a été renvoyée 129 fois soit finalement examinée par un juge. Son cas n’est malheureusement qu’un parmi tant d’autres.

Les Nation Unis ont adopté en 1955 une série de règles minima à respecter dans les centres pénitenciers pour garantir aux prisonniers des conditions d’incarcération décentes. On compte parmi ces mesures, l’installation de centres de santé, de salles de bain, de douches et la mise en disponibilité d’un médecin qualifié. Certaines de ces mesures ne sont malheureusement pas respectées au Cameroun. Les multiples actions entreprises par certaines ONG pour voler au secours des prisonniers bien que louables restent insuffisantes. Les pouvoirs publics plus que jamais sont interpellés pour garantir à ces citoyens camerounais bien qu’incarcérés une certaine dignité.

Article de la rédaction AFRIC

Crédit image : Google images/illustration

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