Association for Free Research and International Cooperation

La démocratie est-elle en souffrance sur le continent ?

01.08.2019
Article de la rédaction AFRIC
Invention de la Grèce antique au milieu du Ve siècle avant J. C., la démocratie s’est rapidement imposée et exportée dans plusieurs continents comme étant le modèle de gouvernance par excellence. Avec ses grands principes qui garantissent l’égalité civique, la séparation des pouvoirs et le pluralisme politique, la démocratie devait permettre que toutes les voix au sein de la société soient prises en compte. Dans son expansion, elle a fait plusieurs heureux et même l’Afrique, avec toutes ces monarchies d’autrefois n’a pu échapper. Définie comme le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple selon Abraham Lincoln, la démocratie pour sa bonne expression devrait s’appliquer exclusivement comme le suggère sa définition c’est-à-dire que le peuple devrait être au centre de tout. Seulement, en Afrique, les gouvernements en place font très souvent fi de la volonté du peuple et ne semble pas servir pour l’expression des intérêts sociaux au détriment des ambitions politiques de quelques-uns d’entre eux. Pour un modèle de gouvernance qui continue de faire ses preuves sous d’autres cieux, elle rencontre de nombreuses difficultés dans plusieurs pays de la région ; ce qui dégrade considérablement sa perception et ses résultats

Le dernier rapport de Freedom House indiquant que la démocratie est en déclin dans le monde depuis treize ans mettait déjà les pays africains en pole position dans ce constat de dégradation. Plusieurs années après son implémentation sur le continent et un bilan mitigé, la démocratie est considérée par certains comme étant devenue le simulacre de la consultation du peuple. Dans ces conditions, plusieurs questions étaient alors en droit de se poser. Celle de savoir si la démocratie était un succès sur le continent et si elle devait continuer à s’y appliquer. Face à cette préoccupation, Afro baromètre, un réseau africain de recherche sur la démocratie et la gouvernance a effectué un sondage, par la suite rendu public, selon lequel au moins 68% des africains préfèrent vivre dans des sociétés ouvertes et plus libres que seule une démocratie peut garantir. Même si la majorité lui est favorable, les faiblesses du système démocratique du continent africain sont encore très nombreuses, d’où la nécessité de mettre sur la table les pistes de solution émises par les uns et les autres avant de tirer des conclusions.

Les difficultés d’implémentation complète comme signe d’échec ?

Dire de la démocratie qu’elle a complètement échouée sur le continent africain serait peut-être une contre vérité.  Les maux existants ne doivent pas tout aussi être minimisés.

  • Le manque d’égalité devant la loi : l’égalité de tous les citoyens devant la loi est connue pour être l’une des plus grandes valeurs de la démocratie. Sur le continent, plusieurs entorses sont encore visibles quant à son respect avec l’existence de supers citoyens qui eux, contournent les lois selon leur seule volonté.
  • L’absence de séparation des pouvoirs : pour éviter toute dérive dans une démocratie, les pouvoirs doivent être divisées en trois. Le pouvoir de faire les lois (législatif) doit être séparé du pouvoir de les appliquer (l’exécutif) qui lui aussi doit être séparé du pouvoir de les faire respecter (le judiciaire) pour que l’expression soit complète. Mais sur le continent africain, le constat est que la plus part des pays ont un pouvoir exécutif trop fort qui, empiète tout le temps sur les autres pouvoirs. Ce qui favorise la promulgation des lois en faveur des systèmes en place et aussi parfois une justice aux ordres qui est généralement utilisée pour mater l’opposition et l’empêcher de s’exprimer normalement.

  • Non-respect du pluralisme juridique : c’est l’un des obstacles majeurs du développement d’une démocratie plus efficace sur le continent. Avec plusieurs présidents qui rêvent de s’éterniser au pouvoir, l’alternance au pouvoir devient une utopie dans plusieurs pays. Le cas du président ougandais, Yoweri Museveni, qui envisage briguer un sixième mandat en 2021 est assez parlant. Cette longévité au pouvoir met à mal les transitions politiques qui, apparaissent comme l’un des critères permettant de dire si un pays est démocratique ou pas. Un autre problème est qu’il y’a des pays qui organisent des élections légales mais illégitimes. Le trouble fait le plus visible à ce propos est le cas de l’élection présidentielle en RDC, organisé par le très contesté Joseph Kabila, qui a connu la consécration très controversée de Félix Tshisekedi.

Une constate évolution de la démocratie sur le continent ?

Bien que le rythme ne soit pas celui escompté, la démocratie est néanmoins en perpétuelle évolution sur le continent africain. En ce qui concerne les élections, on a pu remarquer que les partis d’opposition pouvaient également gagner des élections organisées par le pouvoir en place. Le Benin et la Zambie ont par exemple été, en 1991, les premiers ex-États à parti unique à organiser des élections multipartites en Afrique qui ont été remportées par les partis d’oppositions. Ces élections ont ainsi marqué le début d’une décennie de progrès démocratiques sur le continent, après la fin de la guerre froide.

L’autre évolution ressort de la classification du niveau de démocratisation des 54 pays du continent. Cette classification triptyque a été l’œuvre d’une ONG, chargée de la promotion de la démocratie et de la défense des droits de l’homme.

Les premiers sont les pays pratiquant une véritable démocratie et ils sont au nombre de neuf d’après ce classement. Leur désignation intervient sous le vocable de « pays libres ». Parmi ceux-ci on peut citer le Benin, le Sénégal, le Ghana, la Namibie, le Botswana, l’île Maurice ou encore l’Afrique du Sud. Le deuxième groupe, qui est celui des « pays partiellement libres », recense les pays comme la Tunisie qui ont consentis beaucoup d’efforts durant ces dernières années pour atteindre une pleine démocratisation. Occupant la première place de ce groupe, la Zambie devrait bientôt basculer dans la première catégorie des pays libres. La troisième catégorie est celle des « pays non libres ». C’est ceux qui sont encore très loin des attentes mais qui, avec un peu d’efforts devraient contribuer à redorer le blason de la démocratie africaine. On peut notamment citer dans ce groupe des pays comme le Lesotho ou encore le Swaziland. L’Angola et l’Éthiopie  bien que figurant dans cette dernière catégorie ont connu des améliorations surprenantes après l’arrivée au pouvoir de nouveaux dirigeants.

L’autocratie bienveillante comme alternative ?

À la place de la démocratie comme système de gouvernance en Afrique, plusieurs acteurs sont intervenus pour proposer des solutions qu’ils considèrent comme des alternatives à ce système. Pour la légende de la musique malienne, Salif Keïta, le continent africain a plus besoin d’une dictature bienveillante comme modèle de gouvernance, la démocratie ayant échouée sur le continent. Pour avoir une démocratie, les gens doivent comprendre ce que c’est la démocratie d’abord. Il se demande alors comment les gens peuvent comprendre cela lorsque plus de 60% de la population du continent ne sait ni lire ni écrire. Il faudrait alors calquer notre système de gouvernance sur un exemple comme celui de la Chine. À titre d’exemple, on peut citer le Rwanda du président Paul Kagamé qui, à la tête d’un gouvernement efficace, mais peu soucieux des considérations démocratique, a fait du développement du Rwanda le seul objectif qui doit réunir les citoyens. Toutefois, il faut faire attention aux perversions de l’autocratie bienveillante. Certains caciques du parti au pouvoir dans ce genre de pays auront parfois tendance à confondre les paniers de recettes du pays à leur porte-monnaie ; phénomène qui sera favorable à la montée en puissance progressive des fléaux comme la corruption et le gaspillage.

Certes le modèle rwandais connait du succès dans une certaine propension, cela ne signifie pas pour autant que si d’autres pays du continent essaient de le mettre en œuvre, il connaîtra la même réussite. La démocratie alors, loin d’être un échec total sur le continent africain malgré ses multiples imperfections, doit juste avoir des normes propres à elle permettant l’expression de la volonté de tous les citoyens.

Article de la rédaction AFRIC

Crédit image : Google images/illustration

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