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Mort de BEJI CAID ESSEBSI : Le monde pleure un leader exceptionnel

25.07.2019
Article de la rédaction AFRIC
Son règne à la tête de la Tunisie aura été de courte durée, pourtant l’homme qui a tiré sa révérence mercredi 25 Juillet à l’âge de 92 ans a fait une entrée définitive dans l’histoire de la jeune démocratie tunisienne aujourd’hui orpheline de celui qui l’a conduit vers une transition historique et pacifique. C’est désormais sans lui qu’elle devra continuer son chemin vers sa liberté arrachée au prix d’une révolution qui a conduit au départ de Ben Ali. Alors que le pays a entamé un deuil national de sept jours pour pleurer son leader, de nombreux dirigeants et personnalités politiques du monde à l’exemple du Secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, se sont joint à sa profonde douleur pour saluer la mémoire d’un leader exceptionnel, d’un homme qui aura marqué les esprits par son audace à défendre les valeurs démocratiques en Tunisie et les droits de ses citoyens.

Pionnière du printemps arabe, la Tunisie par la  révolution de jasmin  a ouvert la voie à un vaste mouvement de révolte qui a occasionné les départs du pouvoir de leaders présentés jusque-là comme indéboulonnables. Ces contestations populaires, ont également permis l’entrée sur scène de nouveaux dirigeants.  Homme d’Etat au savoir-faire politique incontestable, Caïd Beji Essebsi en fait partie. Leader à la personnalité attachante et qui ne laissait personne indifférent, il incarnait pour de nombreux tunisiens, la voix de la sagesse, l’image d’un bâtisseur, d’un patriote pour qui l’Etat passait au premier plan.

Un vieux renard de la politique tunisienne

Avocat de formation, C’est sous la bannière de Neo- Destour le parti fondé par Bourguiba qu’il entamera sa carrière politique. Il occupera plusieurs postes ministériels dès 1965 dont celui de ministre de l’intérieur, de la défense et des affaires étrangères. C’est grâce à sa fibre diplomatique que la Tunisie pendant son mandat, signera son retour sur la scène internationale. Très actif malgré son âge avancé, ses quatre années de règne à la tête du pays seront marquées par de nombreuses visites d’Etat effectuées à l’extérieur et des réunions internationales auxquelles il prit part.

Ennemi des islamistes, il se décrit de la mouvance de Bourguiba, le premier président de la Tunisie indépendante qui chérissait la vision d’un pays avec des institutions fortes, garantissant le progrès social. Retiré de la vie politique depuis une vingtaine d’années, Beji Caïd Essebssi fait son comeback en 2011. En effet, le président par intérim Moncef Marzouki fait appel à lui pour occuper le poste de premier ministre. Une fonction qui fera de lui l’un des acteurs majeurs de la petite transition et lui permettra également d’apporter de son expertise dans la mise sur pied de l’assemblée constituante chargée de rédiger la nouvelle constitution du pays et de designer un gouvernement de transition.

En 2012 alors que l’opinion publique annonce l’arrivée au pouvoir des islamistes d’Ennhadha, il fonde son propre parti baptisé Nidaa Tounes et s’allie aux progressistes en quête d’alliance pour faire face à la monté en puissance des islamo conservateurs. La victoire des législatives de 2014 de Nidaa Tounes lui donnent accès au fauteuil présidentiel. Cependant, dans le souci d’élaborer une politique de consensus, il se trouve dans l’obligation de faire avec Ennahdha pour la formation d’un gouvernement. Malgré les critiques suscitées par cette décision, pour Beji Caïd Essebsi, la collaboration avec l’ennemi juré s’avère nécessaire dans un souci de garantir la stabilité gouvernementale.

Les Tunisiens et les tunisiennes en particulier se souviendront également du président Essebsi comme d’un fervent défenseur de la liberté de la femme. En 2017, une commission des libertés individuelles et de l’égalité initiée par ce dernier, est chargé de présenter dans son rapport final la parité entre les hommes et les femmes dans l’héritage. Alors que les droits de succession étaient jusque-là régis par une loi coranique prévoyant que l’homme devait hériter du double d’une femme, le texte proposé par le président Essebssi est une première dans le monde arabe. Au commande du pays après la victoire de son parti aux législatives, c’est avec une équipe gouvernementale comptant moins de 20 personnes et ayant une moyenne d’âge autour de 30 ans qu’il va s’entourer.

Un pays politiquement stable

Tout n’est pourtant pas rose dans le pays qui après la révolution de 2011, a continué à faire face à un certain nombre de problèmes dont le chômage des jeunes, la disparité régionale et les injustices sociales faites aux démunies. Cependant sur le plan politique, la Tunisie jouit d’une stabilité que peuvent lui envier ses voisins. Les trois transitions qui ont eu lieu depuis le départ de Ben Ali se sont tous passées en respect des lois démocratiques. La désignation de Mohamed Ennaceur comme président par intérim en respect de la constitution dans les heures qui ont suivi le décès d’Essebsi ainsi que l’annonce de la date des prochaines élections anticipées forcent le respect et donne à la Tunisie l’image d’un peuple mature qui respecte ses institutions même en période de crise. Et l’on ne saurait nier que le leader disparu y est pour beaucoup. Lui qui aura mené la Tunisie grâce à sa sagesse dans la paix à un moment où elle passait par une période délicate de son histoire.

Le doyen en âge des chefs d’Etat africains décédé après 4 ans de règne à la tête de la Tunisie laisse derrière lui un héritage politique exceptionnel. Sa présidence de courte durée dans un continent où la longévité au pouvoir semble être la chose la mieux partagée et la plus convoitée prouve que le cumul d’années au sommet de l’Etat, n’est pas la garantie d’un travail louable et d’une œuvre pérenne.  Essebsi par sa grandeur d’esprit et sa conviction à faire respecter dans son pays la liberté, l’état de droit et la démocratie, va continuer d’inspirer au-delà des frontières tunisiennes, des hommes et des femmes qui peuvent apprendre de son combat, de sa ténacité et de son engagement pour contribuer à leur manière aux destinés de leur pays et du continent.

Article de la rédaction AFRIC

Crédit image : Google images/illustration

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